Avec plus de 130 start-up regroupées sous le pavillon France, dans l’Eureka Park du CES à Las Vegas, la France a confirmé sa position de "start-up Nation" en tant que délégation internationale la plus représentée. Retour sur les grandes tendances actuelles et à venir avec Clara Chappaz, la nouvelle directrice de la mission French Tech.

Décideurs. Quel bilan faites-vous de votre première participation au CES en tant que nouvelle directrice de la mission French Tech ? Quelles grandes tendances avez-vous identifiées ? 

Clara Chappaz. Ce fut une très belle édition ! Le fait que les grands groupes soient moins présents cette année à cause du Covid a permis de recentrer l’attention sur les start-up. 

Nous avions choisi cette année de mettre en avant les start-up de la GreenTech. Sur les 130 start-up du pavillon France, une trentaine étaient issues de ce secteur porteur et un grand nombre d’entre elles ont reçu des Awards. C’est le cas d’Agrove, une start-up aixoise qui conçoit des jardins verticaux, de BeFC, qui fabrique des piles biodégradables, ou encore, de Cearitis, qui a inventé une solution innovante et naturelle pour protéger les oliviers des insectes. Sur les seize Awards du CES, neuf ont récompensé des start-up de la GreenTech.  

"Nous avions choisi cette année de mettre en avant les start-up de la GreenTech"

Contrairement à d’autres secteurs, il n’y a pas encore de grands gagnants à l’échelle internationale et la France est très bien positionnée. Aujourd’hui ce marché très dynamique représente 12% du FrenchTech 120 et est soutenu par de nombreux acteurs convaincus que la France peut s’installer en tant que leader sur la GreenTech. Vingt-sept incubateurs sont ainsi membres du "GreenTech Innovation", initiative lancée par le ministère de la Transition écologique. La mission FrenchTech a également lancé le "Green20", un programme qui sélectionne vingt start-up qui accélèrent la transition écologique, tels que Lhyfe, spécialisée dans la production d'hydrogène vert ou encore Kayrros, qui a développé une technologie permettant de repérer les émissions de méthane grâce aux satellites de l'Agence spatiale européenne. 

Les autres grandes thématiques du CES sont basées sur la healthtech, l’IA et la robotique. Dans la healthtech, la medtech grenobloise Grapheal a fait parler d’elle, car elle a remporté l’Award le plus prestigieux du CES, celui de la meilleure innovation, pour ses tests anti-Covid salivaires connectés ou encore la start-up Barracuda, qui a inventé un thermomètre intelligent fonctionnant sans batterie ni charge électrique. 

Quelle est la spécificité des start-up françaises ?  

Nous avons constaté que les start-up françaises accélèrent énormément en matière de numérique. La majorité des 26 licornes sont d’ailleurs issues du numérique, qu’il s’agisse de Fintech, de marketplace, ou encore de plateforme,  mais peu ont choisi le créneau industriel. Exotec est la première licorne industrielle ! Une partie des entreprises de la GreenTech sont aussi sur des enjeux d’innovations de rupture qui nécessitent une logique d’industrialisation. Pour devenir les licornes de demain, elles vont avoir besoin de passer la vitesse supérieure. Ÿnsect et Innovafeed qui ont levé plus de 100 millions d’euros sont un signal très encourageant pour nos futures licornes industrielles. 

Quelle est la valeur ajoutée de la France en matière d’innovation ?  

Indéniablement ses talents ! Quand on se rend à l’international et notamment au CES, on nous envie à la fois la technicité de nos ingénieurs en France, la diversité des profils, et ce, de la robotique à la santé en passant par les marketplaces. Notre autre grande force est l’engagement fort de l’écosystème français pour le "Tech for good" avec beaucoup de start-up positionnées sur le secteur de la GreenTech. 

Nous en sommes à 26 licornes aujourd’hui. Si l’objectif de 25 licornes d’ici 2025 fixé par Cédric O est d’ores et déjà dépassé, la France rattrape en réalité un retard important… 

L’année 2021 a été la preuve que la politique d’attractivité de la marque French Tech à l’étranger a fonctionné avec des levées de fonds beaucoup plus importantes qu’auparavant. Mais il est vrai que nous rattrapons un retard. Les 10 milliards d’euros levés en 2021 en France doivent être mis en perspective avec les 30 milliards d’euros levés au Royaume-Uni et les plus de 300 milliards d’euros aux États-Unis. Il ne faut donc pas s’arrêter là.  

"Avec la présidence française de l’Union européenne, l’ambition est forte d’avancer sur quatre grands chantiers : le financement, les talents, l’innovation de rupture et les relations avec les grands groupes"

Il faut aussi se poser la question de la création de fonds européens qui puisse se positionner sur des levées plus importantes. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’initiative "Scale-Up Europe", lancée en mars 2021 par Emmanuel Macron. Avec la présidence française de l’Union européenne [de janvier à juin 2022, Ndlr], l’ambition est forte d’avancer sur quatre grands chantiers : le financement, les talents, l’innovation de rupture et les relations avec les grands groupes. L’Europe est une vraie force pour nos start-up car le marché français a une taille relativement modeste.   

Quels sont votre rôle et votre feuille de route en tant que nouvelle directrice de la French Tech ? 

Les enjeux principaux de cette mission de trois ans que m’a confiée Cédric O, consistent en une mise à l’échelle de cette FrenchTech lancée en 2013 en accompagnant davantage d’entreprises en direct et de passer de 200 à 1 000 par an. Et avec la croissance fulgurante de cet écosystème, les start-up prometteuses ne manquent pas ! 

Qu'en est-il de votre parcours et des apports de vos différentes expériences professionnelles ? 

J’ai commencé ma carrière dans les start-up et à l’international, en Asie du Sud-Est pendant cinq ans à Hong Kong, Bangkok, et Singapour, puis aux États-Unis et en Angleterre. J’ai travaillé en Asie pour Zalora, (Global Fashion Group), le Zalando asiatique. Une expérience structurante puisque l'e-commerce était embryonnaire à l’époque et en trois ans, cet écosystème a presque sauté une génération en termes d’innovation et de technologie puisque 80% des achats se sont retrouvés sur le mobile où l’e-commerce a atteint des taux de pénétration plus élevés qu’en Europe.

J’ai ainsi pu identifier un certain nombre de "bonnes pratiques" qui favorisent la création et l’innovation. J’ai ensuite travaillé pour Vestiaire Collective, une marketplace de vêtements d’occasion devenue depuis une licorne. Ce parcours m’a permis de bien comprendre et cerner les enjeux concrets des entrepreneurs pour aujourd’hui les accompagner au mieux. 

Propos recueillis par Anne-Sophie David 

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