Une étude se penche sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les salariés français, notamment les cadres. Principaux enseignements, elle gagne du terrain même si elle suscite des craintes. Surtout, les employeurs semblent dépassés par leurs employés.
Cadres et IA : entre peur, attirance et autonomie
C’est un poncif qui commence à lasser tant il revient dans les discussions : l’IA change notre manière de travailler. Les articles théoriques et les posts LinkedIn abondent, qu’ils soient positifs, alarmistes, mesurés ou pleins d’emphase. Mais, dans les faits, quelle est la part de salariés français qui recourent à l’IA au travail ? S’agit-il d’un épiphénomène ou d’un mouvement de masse ? Comment est-elle utilisée ? L’étude "Le rapport des Français et des salariés à l’IA", réalisée par l’institut Odoxa pour Saegus, apporte un éclairage inédit.
Un "truc de cadres"
En matière d’âge ou de genre, les différences ne sont pas notables. En revanche, l’étude Odoxa montre une intensité d’utilisation différente selon le statut au sein de l’entreprise. Si 22 % des employés déclarent utiliser l’IA en 2026, le taux monte à 45 % chez les cadres.
Mais pour quoi faire ? Dans le quotidien des cadres, trois tâches dominent nettement, la réponse étant à choix multiples. La « génération de texte, d’images, de vidéos ou de code » arrive largement en tête (65 %), suivie de « l’automatisation des tâches administratives » (43 %) et de « l’analyse de données » (41 %).
Dans le quotidien des cadres, trois tâches dominent nettement, la "génération de texte, d’images, de vidéos ou de code" arrive largement en tête, suivie de "l’automatisation des tâches administratives" et de "l’analyse de données"
Les entreprises restent passives
Notons que les salariés "disruptent" leur façon de travailler sans attendre l’aval, les conseils et les recommandations de leur employeur. 61 % recourent à l’IA sans aucune formation préalable, 13 % se sont formés grâce à des moocs ou des tutoriels, et seul un quart a bénéficié d’actions mises en place par leur entreprise. Cette autonomie s’explique par une volonté d’agilité, de ne pas se laisser dépasser, mais aussi par le fait que 56 % des salariés utilisateurs affirment qu’il n’y a "jamais eu de formation dans leur entreprise". Autre signe d’indépendance, 8 salariés sur 10 utilisant l’IA recourent "à des outils qui ne sont pas ceux fournis par leur société pour réaliser des tâches professionnelles".
Patriotisme européen ?
Les décideurs politiques du Vieux Continent tiennent souvent un discours ambivalent : s’ils font l’éloge de la souveraineté européenne et prônent la fin de la dépendance technologique aux États-Unis, les actes ne suivent pas. Il en est de même pour les salariés français face à l’IA. Ainsi, 62 % estiment qu’il faut "utiliser des données européennes si possible", telles que Mistral AI. Mais, dans les faits, 83 % recourent à des solutions américaines (ChatGPT, Claude, DeepSeek voire Grok ou Meta AI). Quelle que soit l’origine des outils, ils demeurent 84 % à leur faire confiance.
54% des salariés utilisant l'IA estiment qu'elle détruira plus d'emplois qu'elle n'en créera
Peur pour l’emploi ?
Reste une question centrale, les salariés redoutent-ils que l’IA détruise des emplois ? L’idée est souvent avancée que cette crainte concerne surtout ceux qui ne l’utilisent pas. De fait, 61 % des salariés n’y recourant pas au travail estiment qu’elle « détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera ». Toutefois, les utilisateurs de ChatGPT, OpenIA, Claude et autres Le Chat sont également sur la même longueur d’onde, dans une moindre mesure : 54 %. L’étude étant barométrique, les résultats de 2027 sont d’ores et déjà attendus.
Lucas Jakubowicz
