Naguère épargnée par la dénatalité, la France rejoint les autres pays du monde. Si tous les départements, sauf Mayotte, voient le nombre de naissances reculer en cinq ans, certains sont plus touchés que d’autres.

Durant des décennies, la France s’est enorgueillie de sa politique familiale qui lui permettait de maintenir une natalité élevée alors qu’elle reculait partout. Désormais, l’exception française appartient au passé et le gouvernement a décrété l’urgence nationale. Lors d’une conférence de presse le 16 janvier 2024, Emmanuel Macron a même annoncé un vaste plan "de réarmement démographique" pour renverser la vapeur.

Statistiquement, il y a peu de chances pour que cela fonctionne. Dans l’ouvrage Les balançoires vides paru aux éditions de L’Observatoire, l’économiste Maxime Sbaihi montre qu’aucune nation n’est parvenue à relancer suffisamment sa natalité grâce au volontarisme politique. Dans le meilleur des cas, la baisse de la natalité s’enraye ou augmente si peu qu’il est impossible de renouer avec la barre de 2,1 enfants par femme nécessaire au renouvellement des générations. Concernant l’Hexagone, un chiffre dit tout : le taux de natalité atteignait les fameux 2,1 en 2014, il est à 1,62 dix ans plus tard.

Quels sont les départements où la chute du nombre de naissance est la plus forte ? En se basant sur les données de l’Insee de 2018 (année sans effet Covid) et de 2023, il est possible de répondre à la question. Première tendance, aucun département de France métropolitaine ne voit son nombre de nouveau-nés augmenter, la baisse moyenne est de 10 %. Et un département atteint même la barre de 20 % : Paris.

Paris, où sont passés les enfants ?

Ce particularisme parisien a poussé le rectorat à fermer 141 classes dans les écoles élémentaires de la capitale l’année dernière. La cause principale de ce manque de bébés est connue : le coût élevé des loyers pousse les familles en dehors de la ville ou incite les parents à se limiter à un seul enfant pour des raisons financières. Pourtant, plus de la moitié des actifs résidant dans la ville sont des cadres. Le manque de places en crèches ou de solutions de garde abordables constitue également un frein à la fondation d’une famille.

À Paris, 141 classes ont fermé en un an et le nombre de nouveaux nés a baissé de 20% entre 2018 et 2023

La situation est identique dans pratiquement toutes les grandes métropoles du globe : difficulté à se loger, à faire garder sa progéniture, nécessité d’avoir deux revenus pour survivre pèsent sur les naissances. Avec 1,53 enfant par femme en 2024, la Turquie est passée sous le seuil de renouvellement de la population. Mais à Istanbul, le taux de natalité est de 1,1 seulement. Un niveau quasi semblable à des villes comme Montréal ou Saint-Pétersbourg (1,2) tandis qu'il est à 0,8 à Hongkong, ou 0,7 à Séoul. Les optimistes peuvent se dire : "Les jeunes familles quittent Paris, mais elles vont vivre en proche couronne." Dans le reste de l’Île-de-France, les chiffres sont encore plus mauvais qu’ailleurs malgré l’immigration. Ainsi, le repli quinquennal est de 14,3 % dans les Hauts-de-Seine, 13,3 % dans le Val-de-Marne ou 12,2 % en Seine-Saint-Denis.

La saignée du Nord-Est

C’est dans le nord-est de l’Hexagone que la dénatalité est la plus prononcée. Huit des douze départements où le recul du nombre de naissances est le plus élevé sont situés dans cette partie du pays : le Territoire de Belfort est deuxième et talonne Paris (-19,8 %), la Meurthe-et-Moselle échoue au pied du podium (-17,2 %), les Vosges sont cinquièmes (-17 %), le Haut-Rhin est septième (-16,3 %), la Haute-Saône neuvième (-15,6 %), la Moselle onzième (-15 %), la Marne et la Meuse sont à égalité à la douzième place avec -14,7 %.

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Les zones catholiques résistent… un peu

Les travaux d’historiens, de démographes ou de sociologues, tels Emmanuel Todd, Hervé Le Bras ou Jérôme Fourquet, montrent que les zones où la pratique du catholicisme est la plus forte sont celles où la natalité demeure la plus élevée. La plupart sont situées dans le grand ouest du pays. Si elles sont touchées par la dénatalité, cela semble un peu moins le cas qu’ailleurs.

Sur les onze "départements catholiques" du grand ouest, huit se démarquent par une baisse moins forte que la moyenne nationale : -5 % en Mayenne, - 6,5 % dans la Sarthe, -6,8 % dans le Morbihan, -7 % dans l’Orne et en Ille-et-Vilaine, -7,4 % en Loire-Atlantique, -8 % dans les Côtes-d’Armor, - 8,5 % dans la Manche et -9,4 % dans le Maine-et-Loire.

Avec respectivement des baisses de 11 % et de 13,7 %, la Vendée et le Finistère sont les deux seules exceptions. Notons que, dans les Pyrénées-Atlantiques et en Lozère, autres départements catholiques, la natalité "sauve les meubles" avec -7 % et -3,1 %, ce qui est le deuxième meilleur résultat de France métropolitaine.

Les meilleurs élèves sont…

Si aucun département ne voit le nombre de naissances augmenter entre 2018 et 2023, certains limitent la casse. Difficile de trouver un point commun entre eux. On remarque tout de même que beaucoup sont ruraux, ont déjà été touchés par la dénatalité ; peut-être sont-ils tombés à un plancher. Citons notamment les Hautes-Pyrénées (-1,1 %), la Creuse (-3,1 %), la Lozère (-3,5 %), les Pyrénées-Orientales (-4,5 %), les Landes (-6,1 %), la Dordogne (-6,6 %). Mais il y a des exceptions, tels le Var (-4,6 %) ou la Seine-et-Marne (-5,5 %).

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Et hors métropole ?

L’Outre-mer n’échappe pas à la tendance, elle aussi est touchée par la dénatalité, même si le phénomène est moins perceptible qu’en métropole. Aux Antilles, la chute est de 10,2 % en Martinique, de 4,5 % en Guadeloupe, de 3,8 % en Guyane. Dans l’océan Pacifique, le nombre de bébés est en repli de 13,8 % en Polynésie, de 7,8 % en Nouvelle-Calédonie. Sur l’île de La Réunion, le chiffre est de 4 %.

Le nombre de naissances à Mayotte est équivalent à un «gros» département, comme les Alpes-Maritimes, le Bas-Rhin ou l’Ille-et-Vilaine

Seul un département échappe à la règle, Mayotte : selon l’Insee, le nombre de naissances était de 9 590 en 2018 contre 10 280 en 2023, soit une augmentation de 7,2 % qui fait de Mayotte une exception française. Pour donner au lecteur un ordre d’idée, le nombre de nouveau-nés à Mayotte est équivalent à celui d’un « gros » département français, comme les Alpes-Maritimes, le Bas-Rhin ou l’Ille-et-Vilaine.

Lucas Jakubowicz

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