Pompes à chaleur « clés en main », leasing social élargi, aides renforcées aux utilitaires : les 22 mesures dévoilées par l'exécutif misent sur le pouvoir d'achat pour accélérer la sortie des fossiles.

Le dossier de presse détaillant le plan d’électrification annoncé par le Premier ministre le rappelle dès l’ouverture : les importations de pétrole et de gaz coûtent à la France plus de 60 milliards d’euros par an. “La sortie des énergies fossiles est un enjeu de souveraineté”, a martelé le gouvernement durant la présentation de ces 22 mesures, alors que le conflit au Moyen-Orient aggrave la crise énergétique. Pour l’exécutif, il s’agit de profiter d’une fenêtre politique pour accélérer un basculement amorcé depuis plusieurs années, mais jugé trop lent.

Les chiffres donnent la mesure du retard à combler. En 2024, les énergies fossiles représentaient encore 58 % de la consommation finale d’énergie en France hexagonale, contre 27 % pour l’électricité. La trajectoire fixée par la Stratégie nationale bas-carbone et la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit de ramener cette part à 40 % en 2030 et sous la barre des 30 % en 2035, tandis que l’électricité devrait atteindre 38 % du mix d’ici là. Le plan s’appuie sur un atout revendiqué : un parc de production électrique déjà excédentaire, décarboné à 95 %, dont les exportations couvrent près de 20 % de la consommation nationale, avec un solde exportateur anticipé d’environ 90 térawattheures par an.

Une concertation préalable, trois axes opérationnels

Les 22 mesures dévoilées sont le fruit d’une concertation lancée après la publication de la PPE3, structurée autour de quatre groupes de travail thématiques : transports (présidé par Luc Marbach), logement (Emmanuelle Cosse), industrie et artisanat (Aymeric Renaud), et numérique (Michaël Reffay et Ombeline Bartin). 

Le plan se déploie autour de trois axes – bâtiments, mobilités, industrie-artisanat-agriculture –, complétés par trois mesures transversales : le lancement de 100 territoires d’électrification pilotes d’ici à l’été 2026, un assouplissement de l’accès au réseau électrique avec la bascule annoncée du “premier arrivé, premier servi” vers le “premier prêt, premier servi” sur la file d’attente des raccordements, et l’application effective de l’interdiction de publicité pour les énergies fossiles votée en 2021.

Bâtiments : la PAC au cœur du dispositif

Pour le secteur résidentiel, dans lequel les fossiles couvrent encore 34 % de la consommation énergétique, le gouvernement mise sur la pompe à chaleur. Une offre commerciale “clés en main” intégrant installation, maintenance, financement et fourniture d’électricité, payée en mensualités sur environ trois ans, sera labellisée dès l’automne, avec un premier objectif de 25 000 ménages modestes bénéficiaires. La cible de long terme reste ambitieuse : 1 million de PAC installées par an en 2030, alors que le marché n’a totalisé que 182 000 installations air-eau en 2025.

La construction neuve sortira définitivement du gaz au 1er janvier 2027, y compris pour les usages d’appoint – interrogées sur ce que la mesure pourrait signifier pour la filière du biogaz, les cabinets des différents ministères concernés ont pour l’instant fait profil bas. Les aides à la rénovation (MaPrimeRénov', éco-PLS) seront fléchées exclusivement vers les projets abandonnant le chauffage fossile, et les nouveaux raccordements au gaz ne seront plus mutualisés sur la facture collective. 

L’État s’engage également à décarboner ses propres bâtiments, en ciblant en priorité les vingt sites les plus consommateurs de gaz. EDF accompagne la dynamique avec 240 millions d’euros d’engagements, dont 80 millions consacrés à une prime forfaitaire de 1 000 euros versée à 80 000 ménages modestes installant une PAC. L’Union sociale pour l’habitat s’engage quant à elle à ne plus installer de nouvelles chaudières gaz en maison individuelle dans le parc social.

Mobilités : ménages modestes et flottes professionnelles

Troisième édition pour le leasing social de voitures électriques : 50 000 nouveaux ménages modestes bénéficieront de loyers plafonnés à 200 euros par mois, dont certains sous les 100 euros, avec ouverture des commandes à partir de mi-juillet 2026. Les actifs « gros rouleurs » appartenant aux classes moyennes – dont le revenu est situé entre la médiane nationale et celui des 20 % des ménages les plus aisés – et parcourant plus de 12 000 kilomètres par an pourront prétendre à une aide à l’achat portée jusqu’à 7 700 euros. L’objectif est d’écouler 50 000 véhicules additionnels d’ici à la fin 2026. 

Côté flottes professionnelles, le soutien à l’achat grimpe jusqu’à 9 500 euros pour les véhicules utilitaires légers et jusqu’à 100 000 euros pour les poids lourds tracteurs, conditionné à une fabrication européenne. L’État s’engage à renouveler 100 % de sa flotte en véhicules électriques dès 2027. Un schéma directeur planifie par ailleurs la multiplication par cinq des points de recharge sur le réseau routier national d’ici à 2035, portant à 22 000 les points pour véhicules légers et à 8 000 ceux du transport lourd.

Industrie, artisanat, agriculture 

L’industrie représente un tiers de l’effort d’électrification à fournir, la part de l’électricité dans sa consommation finale devant passer de 37 % en 2023 à 47 % dès 2030. Les dispositifs existants pour les grands sites, les ETI et les artisans sont relancés avec des enveloppes renforcées. Un total de 16 millions d’euros est fléché vers l’électrification de l’artisanat (fours des boulangers, rôtisseries, cabines de peinture), 50 millions vers les engins de chantier électriques, 10 millions vers les engins agricoles légers, avec des aides bonifiées pour les pompes à chaleur industrielles, les chaudières électriques et les compresseurs mécaniques de vapeur. Le dispositif des Certificats d’économies d’énergie (CEE) sera également mobilisé pour soutenir l’électrification des navires de pêche et l’installation de PAC dans les serres maraîchères et horticoles.

Innovation du plan : la mise en vente de contrats d’électricité de long terme (8 à 10 ans), adossés au parc renouvelable soutenu par l’État, à destination des entreprises en quête de visibilité tarifaire. Les premiers volumes seront commercialisés en 2027, avec à terme un objectif d’un gigawatt.

Un pari budgétaire et politique

Au total, près de 4,5 milliards d’euros par an seront fléchés vers l’électrification d’ici à 2030, en sus des 5,5 milliards déjà existants. Le financement repose principalement sur une réorientation des CEE – 1,1 milliard pour le bâtiment, 2,1 milliards pour les transports, 0,2 milliard pour l’industrie – et sur la redirection de crédits budgétaires et de CEE liés à la rénovation.

“L’électrification n’est pas seulement un choix technique, mais un choix politique”, a revendiqué le gouvernement durant la présentation du plan, en insistant sur le gain de pouvoir d’achat. Une stratégie de communication résumée par la formule lâchée par un directeur de cabinet ministériel : “C’est moins cher et c’est plus vert.”

Alexandre Hervaud

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