Premier exportateur d'électricité en Europe avec 92 TWh vendus en 2025, la France valorise son mix décarboné à 95%. Mais cette compétitivité ne profite pas encore à l'électrification de l'économie nationale, regrette le gestionnaire du réseau.
Production électrique abondante, consommation stagnante : le paradoxe français persiste en 2025
La France dispose d’une production électrique abondante et parmi les plus décarbonées d’Europe, mais peine toujours à enclencher la conversion de son usage des énergies fossiles en consommation d’électricité. C’est le constat du bilan électrique 2025 publié par RTE, qui dresse un état des lieux contrasté du système électrique français et confirme sans surprise les enseignements du bilan prévisionnel publié en décembre dernier.
En 2025, la consommation électrique française est restée stable à 451 térawattheures (TWh) – +0,4 % par rapport à 2024 –, soit environ 6 % de moins qu’entre 2014 et 2019, avant les crises sanitaire et énergétique. Cette atonie reflète “la persistance des répercussions de la crise énergétique et du contexte géopolitique incertain, en particulier sur l’activité industrielle”, explique RTE. La consommation des grands sites industriels a même reculé de 1,7 % en 2025, et reste 13 % plus faible qu’avant la crise.
Le gestionnaire constate que “l’électrification des usages apparaît en retard par rapport aux trajectoires nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques”. Thomas Veyrenc, directeur général Économie, Stratégie et Finances de RTE, souligne toutefois qu’il existe “un réel potentiel d’inversion de la courbe du fait du nombre conséquent de nouveaux projets”.
Une production décarbonée record
La production française a atteint 547,5 TWh en 2025 (+1,5 %). Le nucléaire a progressé de 11,3 TWh pour atteindre 373 TWh, tandis que le solaire a connu la plus forte croissance (+8,1 TWh) et que l’éolien a gagné 2,8 TWh. Le parc solaire a même dépassé la capacité hydraulique, avec 30,4 GW installés.
“La production thermique fossile a atteint son plus bas niveau depuis 75 ans (18,7 TWh)”, précise Thomas Veyrenc. “En France comme dans le reste de l’Europe, les renouvelables se substituent donc essentiellement à la production fossile.”
Le volume de production bas-carbone a atteint un maximum historique de 521,1 TWh, représentant 95,2 % de l’électricité produite. Les émissions de CO2 liées à la production électrique ont chuté à 10,9 millions de tonnes, leur plus bas niveau depuis 1945.
Les exportations en forme olympique
Cette abondance s’est traduite par un nouveau record d’exportations : 92,3 TWh nets en 2025. La France est restée le premier exportateur net d’électricité d’Europe, exportant l’équivalent de 17 % de sa production vers l’Italie (26,2 TWh), l’Allemagne et la Belgique (23,1 TWh), le Royaume-Uni (22,6 TWh) et la Suisse (20,1 TWh).
Leur valorisation s’est élevée à 5,4 milliards d’euros, “400 millions d’euros de plus qu’en 2024”, souligne Thomas Veyrenc, qui balaie l’idée selon laquelle la France “braderait” son électricité : les exports sont valorisés à 59 €/MWh au prix français, mais “101 €/MWh en moyenne pondérée” au prix des pays importateurs. Ces exportations ont permis d’éviter 27 millions de tonnes de CO2 chez nos voisins européens, principalement en Italie et en Allemagne.
30 GW de projets en attente
RTE dresse pour la première fois un inventaire des projets ayant sécurisé leur accès au réseau : environ 30 gigawatts (GW) fin novembre 2025, dont 14 pour des centres de données, 9,5 pour l’hydrogène et 6,5 pour l’industrie. La moitié concerne des projets dont la mise en service est prévue entre 2025 et 2029.
L’enjeu est considérable : les énergies fossiles représentent encore 56 % de la consommation énergétique française, contre seulement 27 % pour l’électricité. Dans les transports, cette dépendance atteint 90 %. “Ces volumes abondants sont une réserve stratégique pour alimenter les projets d’électrification – la priorité est de les faire aboutir, et nous avons la chance de pouvoir les alimenter sans craindre les conflits d’usage”, conclut Thomas Veyrenc.
Des signaux positifs émergent : la part de marché des voitures électriques neuves a atteint près de 20 % en 2025, et la consommation des data centers raccordés au réseau a progressé à près de 1 TWh.
Un contexte européen similaire
À l’échelle européenne, la consommation est restée stable (+0,7 %) et demeure 3,4 % inférieure au niveau de 2015-2019. La production solaire a progressé de 19 % dans l’UE, portant la part de l’éolien et du solaire à 31 % du mix. Pour la deuxième année consécutive, leur production cumulée a dépassé la production fossile.
Ce bilan intervient alors que RTE traverse une période de transition : Xavier Piechaczyk, président du directoire, a été nommé fin janvier à la présidence de la RATP. Selon Les Échos, il devrait être remplacé par Émilie Piette, l’actuelle secrétaire générale adjointe de l’Élysée.
Alexandre Hervaud
