Alors qu’un certain consensus devrait embrasser l’idée d’un dérèglement climatique, nous assistons en réalité à une incessante prise de conscience de sa réalité. Militants et phénomènes naturels nous alertent, mais l’engagement peine à surmonter le stade de simple constat.  

Le 2 septembre 2002, en ouverture du quatrième Sommet de la Terre, Jacques Chirac prononce un discours ambitieux dont on retiendra la célèbre formule : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs." Le 31 décembre 2022, Emmanuel Macron adresse ses vœux aux Français et s’inquiète : "Qui aurait pu prédire la vague d'inflation ainsi déclenchée ? Ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?" Vingt ans séparent la métaphore de Jacques Chirac de l'épiphanie d’Emmanuel Macron. De quoi légitimement se demander où en serons-nous dans vingt ans ?

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Pronostic

Le 25 avril 2042, au terme d’une interminable canicule "jugée" anachronique et d’une élection poussive, où Kylian MBappé et Cyril Hanouna se sont livré une impitoyable bataille d’idées, l’ex-numéro 10 du PSG l’emporte face au producteur de télévision, dont le programme économique jugé trop rigoureux se voit sanctionné par les électeurs. Dans son discours victorieux, le nouveau Président tempête : "Les scientifiques sont formels… S’il a fait si chaud ces derniers mois c’est à cause du réchauffement climatique. Nous devons commencer à consentir quelques efforts pour le limiter." Et dès les premières semaines de sa mandature, le couperet tombe. Coiffé de sa casquette de candidat "vert", consécutive et constitutive d’une alliance avec Europe Écologie-Les Verts (EELV), Kylian MBappé annonce la mise en œuvre de la mesure phare de son programme, qualifiée par ses opposants de "véritable stratégie d’écologie punitive" : la fin des affichages publicitaires lumineux la nuit. Passée la stupéfaction, les gens s’y font, bien que, selon un sondage, pour une majorité d’entre eux ces panneaux lumineux "n’ont de sens et d’intérêt que la nuit".

Emprise inconsciente

Il y a ceux qui savent et qui ne s’en émeuvent pas parce que c’est dans longtemps et ceux qui savent mais qui font un calcul simple et humain en partant du principe que quatre-vingts ans sur terre c’est trop peu pour s’astreindre à ne prendre que des douches froides. Si l’exécutif a trouvé le courage d’interdire aux chasseurs de pratiquer leur passion ivres, peut-être pourrait-il profiter de ce culot, que l’on imagine passager,  pour légiférer en faveur de l’environnement. Plus sérieusement et jusque-là, les seules incantations se sont révélées parfaitement inefficaces de même que dire "il faut faire ça", peu importe le sérieux et la gravité du ton ne revient pas à "faire ça". De la même manière, commencer un discours par "je vais être très clair" ne certifie pas qu’il le sera et autorise même bien souvent à ce qu’il se révèle parfaitement confus. Il y a donc la prise de conscience, puis moi et seulement après moi le déluge. Puis le déluge, la prise de conscience, moi, et ainsi de suite.

L’ignorance demeure un bon prétexte à l’inaction. La pleine conscience de la situation mérite plus que des promesses et sa résolution plus que des excuses

Militants partiels

S’ils sont parfois considérés comme faisant prendre du retard à la cause qu’ils prétendent incarner, les militants écologistes poursuivent un objectif supérieur au choc de conscience : l’étalage de l’hypocrisie de nos dirigeants, principal artisan de l’inaction générale. Si certains s’asseyent en tailleur au beau milieu de la route alors qu’ils ne sont pas des plots, que d’autres vernissent des œuvres d’art à la soupe sans être aquarellistes et que les derniers repeignent la façade du ministère de la Transition écologique en orange cependant qu’ils ne sont pas peintres, ce n’est pas tant pour alerter que pour éveiller l’amorce d’une réaction. Ils ne s’émeuvent pas de notre ignorance mais de notre légèreté. Pas plus efficace mais plus bruyant que de dire "ça va mal", que tout le monde en convienne puis sorte de la pièce sans que rien d’autre ne se passe.

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L’ignorance demeure un bon prétexte à l’inaction. La pleine conscience de la situation mérite plus que des promesses et sa résolution plus que des excuses.

Alban Castres
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