Au cours des différentes époques, la raison d’être du bureau s’est pluralisée et les exigences des travailleurs se sont renforcées. Aux côtés du rendement et de la quête de performances chiffrables, de nouveaux KPI sont apparus et ont complexifié les critères de ces espaces de travail.

 

Le bureau au fil du temps
 
Au cœur de la révolution industrielle et sous l’influence du taylorisme, les bureaux se sont délocalisés en masse de leurs sites de production tout en bénéficiant d’inventions, comme le télégraphe ou le téléphone, visant à optimiser les activités administratives. Dans les années 1930, l’émergence des buildings a permis d’assoir la notoriété des entreprises auprès de leurs salariés. Au-delà de ses seuls murs, le bureau revêt une dimension sociale. Le siège social, vitrine de l’entreprise, renforce le sentiment d’appartenance du salarié et, dans le même temps, sa productivité. Dans la même lignée, les firmes d’après-guerre ont intégré les facteurs médicaux et psychologiques de leurs employés à la configuration de leurs locaux notamment via des postes de travail plus ergonomiques et confortables. Quant au bureau des années 1960, il se conçoit comme un véritable lieu d’échanges. L’open space américain des années 50 s’est alors démocratisé dans l’Europe d’après-guerre. L’idée étant de casser les codes du fordisme pour des structures moins rigides et cloisonnées. Le combi-office des années 1980 a perpétué cet esprit en juxtaposant bureaux individuels, salles de réunion, voire espaces de détente. D’ailleurs, l’implantation des Gafam dans les années 2000 a dynamisé les espaces de travail. Le babyfoot, totem des start-ups et garantie d’une certaine cohésion sociale, trône à présent dans les halls. Quid du bureau de demain et de la conciliation des besoins de l’entreprise et de ses travailleurs ?
 
Hybridation et rationalisation, nouveau combo
 
Depuis quelques mois, l’hybridation, point d’équilibre entre présentéisme formel et télétravail total, fait son chemin. D’après une étude de JLL, 53% des entreprises à travers le monde ont opté pour cette organisation interne de manière pérenne. Les reliquats des habitudes de la crise sanitaire – le taux d’occupation passé de 80% en 2019 à 40% post-crise – ont déclenché des arbitrages de portefeuilles immobiliers des sociétés et une rationalisation de mètres carrés sous-occupés. L’immobilier représentant le second poste de dépenses, toutes entreprises confondues, devancé par les salaires. Extravagant dans certaines zones d’implantation, le taux de vacance inverse le rapport de force bailleur/utilisateur au profit de ce dernier. La Défense en est une illustration tangible avec une vacance avoisinant les 16,5%, comparativement au Quartier central des affaires (QCA) qui se maintient à 3,5%. De fait, les propriétaires qui assistent à la désertification de leurs tours doivent faire preuve d’agilité et de souplesse pour rester dans la course. Certains revoient leurs loyers à la baisse, un actif occupé étant préférable à un actif vacant, ne serait-ce que pour le transfert du poids des charges imputables au locataire. D’autres étendent leurs mesures d’accompagnement par une hausse des franchises de loyers de 30 %, toujours à La Défense. À finalité opposée, les utilisateurs se prévalent de cette valeur marché baissière pour résorber ce poste dispendieux lors des négociations de prise à bail ou de renouvellement. En outre, la réduction des besoins métriques des sociétés s’explique par la diversification des usages des lieux de travail.
 
L’avenir en tiers
 
Cette nouvelle flexibilité multiplie les lieux de travail et concurrence le bureau traditionnel. Tantôt en présentiel, au coffee shop de quartier, tantôt dans un coworking ou encore à leur domicile, les nomades jonglent entre ces liquid workplaces qui offrent un panel d’avantages : confort "comme à la maison", proximité géographique, réduction des temps de trajet et flexibilité des horaires. Ces conditions de travail premium exigent du bureau qu’il se renouvelle afin de maintenir son positionnement central dans ce nouvel écosystème. Selon l’étude précitée, il paraît "impératif de mener une réflexion de fond à la fois sur les modes de travail, l’expérience collaborateur, l’environnement de travail, mais aussi sur le portefeuille immobilier". Le bureau n’est dès lors plus la "chose" de la direction immobilière mais suppose l’intervention des ressources humaines, de la direction du système d’information (DSI), ou encore de prestataires externes. Cette diversité d’acteurs crée une synergie pour garantir le parcours de l’employé dans l’univers corporate. Condition sine qua non pour attirer des nouvelles recrues et fidéliser les talents en poste.

 

Il paraît  impératif de mener une réflexion de fond à la fois sur les modes de travail, l’expérience collaborateur, l’environnement de travail, mais aussi sur le portefeuille immobilier

Avec l’avènement du télétravail, le bureau est donc appelé à se renouveler, comme il a su le faire par le passé. Fermé, jadis, pour plus d’intimité et de hauteur, il a laissé place à des espaces ouverts ou vitrés pour un management plus transparent. Est-il pour autant condamné à suivre les tendances plutôt que de les devancer ? Peut-être. Peut-être surtout que la flexibilité ou l’hybridation ne doivent pas se limiter à leur dimension physique sinon à une forme de souplesse managériale.
 
Maureen Nugent

 

Source : Enquête JLL: Future of work 


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