Malgré un retour des investisseurs institutionnels et des fonds étrangers sur le segment résidentiel, la classe d’actifs reste, plus que jamais, soumise à des contraintes de production conditionnées par les permis de construire. Pascal Boulanger, nouveau président de la Fédération des promoteurs Immobiliers, détaille les problématiques et les axes directeurs de son mandat.

Décideurs. Comment appréhendez-vous ces nouvelles fonctions et quels vont être les sujets directeurs de votre présidence ? 

Pascal Boulanger. Avant de démarrer la campagne, j’avais six ou sept idées maîtresses pour lesquelles j’avais envie d’échanger avec les adhérents de la FPI. Mais une question principale les préoccupait : pourquoi les maires refusent-ils de signer autant de permis de construire ? Nos autres sujets d’inquiétude n’ont pas disparu pour autant : les recours contre les permis de construire, la faiblesse des prix de vente aux bailleurs sociaux, la rareté des matières premières et l’augmentation de leur coût. Mais tous ces sujets passent au second plan comparativement à celui de la délivrance des permis de construire. Dans nos échanges, chaque président de chambre régionale de la FPI et chaque adhérent pensaient que cette problématique était une spécificité de sa région, mais nous avons pris la mesure d’un phénomène qui, en réalité, est national.

On peut facilement supposer que certains maires sont plus réticents que d’autres en matière de construction. Certains acteurs sont-ils plus pénalisés que d’autres ?

Ce n’est pas un sujet d’étiquette, c’est véritablement devenu la norme. Les maires savent qu’à chaque fois qu’ils vont accepter un permis de construire, des électeurs vont s’y opposer. Certains maires annoncent même, dès leur élection, qu’ils ne délivreront aucun permis de construire durant leur mandat. C’est inadmissible parce qu’il y a un réel besoin de logements. Par ailleurs, l’acte de construire est noble et vertueux : il répond à une nécessité, du fait de l’augmentation de la population et de son vieillissement, il crée des emplois, rapporte de la TVA. Nos réalisations sont de plus en plus performantes sur le plan environnemental, et esthétiques. Nous comprenons bien que les maires souhaitent écouter les habitants, mais il ne faut pas non plus oublier l’intérêt général. En réalité, la construction de logements met chacun devant ses contradictions : comme ceux qui veulent habiter près de l’hôpital par commodité sans entendre les sirènes d’ambulance, beaucoup de gens voudraient que leurs proches puissent se loger à un prix raisonnable, mais refusent la construction.

"L’acte de construire est noble et vertueux"

La solution ne serait-elle pas dans l’allongement des mandats de maire pour que cette pression liée à sa réélection se fasse moins forte ?

Ça peut-être une solution mais je pense qu’il faudrait plutôt sensibiliser la population aux qualités de l’immobilier neuf. J’ai envie, par exemple, de faire un livre très simple qui montrerait, avec un « avant/après », tout ce que nos programmes apportent à la ville, en matière d’embellissement ou de service. Encore une fois, notre métier est noble : nous réhabilitons des friches urbaines, nous laissons un décor plus beau et plus vertueux que celui qui existait auparavant. Nos réalisations sont souvent primées, nous voulons nous appuyer sur cette qualité pour aider les maires à dépasser les blocages collectifs. Dans le fond, nous avons les mêmes sujets qu’eux : nous voulons construire des logements à forte valeur environnementale, pour les générations futures, mais pour cela il faut convaincre. Or, comme sur beaucoup d’autres sujets sociétaux, on entend plus distinctement les gens qui s’opposent que ceux qui soutiennent.

Qu’attendez-vous de la Commission Rebsamen pour la relance du logement neuf ?

D’abord je remercie le Premier ministre d’avoir lancé cette commission. C’est la preuve qu’il a pris la mesure de l’enjeu, et que face à la pénurie qui se profile, nous avons besoin d’une relance. Pour autant, il ne faut pas oublier que ce sont les maires qui délivrent les permis de construire, et que l’État est loin d’avoir tous les leviers. Nous, promoteurs, respectons les Plans locaux d’urbanisme (PLU) établis par les élus locaux, mais ce sont ces mêmes élus qui peuvent nous refuser les permis, même si nos demandes sont conformes à ces PLU. L’État apparaît impuissant parce que c’est le maire qui signe. Depuis les élections municipales, quelques maires bâtisseurs ont été remplacés, ce qui a renforcé notre incertitude. Quand c’était l’exception, nous les promoteurs, essayions de travailler au cas par cas, mais aujourd’hui c’est presque devenu la norme. Espérons que la contribution de la Commission sera fructueuse.

Il a beaucoup été question d’exode urbain ? Quel est votre sentiment sur le sujet ?

Il est encore trop tôt pour répondre, mais je crois peu à un exode urbain, des métropoles vers les villes moyennes ou la ruralité. Le vrai sujet c’est l’attractivité des villes, pas leur taille. Les Français sont attentifs à des critères incontournables : le travail, la qualité des écoles, l’offre culturelle, la santé... Plus la ville est grande, plus elle est en mesure de regrouper ces atouts. Si mouvement il devait y avoir, il ne se généraliserait pas à toutes les villes moyennes, mais au petit nombre d’entre elles qui sont réellement attractives.  

"Il est encore trop tôt pour répondre, mais je crois peu à un exode urbain"

Un phénomène semble répondre à la problématique du manque d’offre résidentielle, la transformation de bureaux en logements. Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit d’un phénomène principalement francilien, et peu développé jusqu’à présent, car les opérations sont coûteuses et complexes. Il est possible que l’épidémie change la donne et qu’elle provoque une désaffection du marché de bureaux, du fait de l’essor du télétravail, mais il est encore trop tôt pour l’affirmer.

Quelle est votre vision de la ville de demain ?

La ville de demain devra être écologique et efficiente. Nous avons tous rapidement compris que les citoyens prendront de moins en moins les transports pour se rendre à leur bureau. Plus tard peut-être y aura-t-il des immeubles mixtes, intégrant des espaces de bureaux partagés. En tout état de cause, nous, promoteurs, avons un rôle à jouer dans la construction de cette ville du futur et nous voulons en être parties prenantes.

Propos recueillis par Alban Castres

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