"GP Bullhound Acquisition I SE" c’est le nom de l’entité de 200 millions d’euros lancée la semaine dernière sur Euronext Amsterdam. Une première pour GP Bullhound, qui reflète la tendance favorable aux SPAC en Europe. David Koch, Head of Equity Capital Markets revient sur le contexte et les ambitions du projet de la banque d’affaires et de conseil spécialisée dans les technologies.

Décideurs. Pourquoi avoir choisi de lancer votre SPAC maintenant ?

David Koch. En tant que principale banque d’affaires et de conseil dédiée à la technologie en Europe, le SPAC permet de compléter notre gamme de produits d’investissement pour nos clients. Ensuite, le contexte nous était très favorable. Les entreprises de la tech en Europe sont notre cœur de marché, or nous avons assisté l’an passé à l’explosion de cet écosystème sur le continent, avec une augmentation des valeurs de marché « tech » de plus de 400 milliards de dollars ! Il y a eu plus de licornes ou de décacornes dans ce secteur en un an que jamais auparavant. Ensuite, l’Europe est devenue assez mature : pendant des années nous avons vu les entreprises européennes de la tech ouvrir leur capital sur le marché américain. La tendance s’est inversée l’année dernière et plus de 60% des sociétés tech du continent ont été cotées ici. Enfin, les SPAC, qui sont une alternative à la traditionnelle introduction en Bourse, ont été davantage considérés par les régulateurs européens qui ont adapté la législation, en particulier aux Pays-Bas. C’est pourquoi nous avons choisi de coter notre véhicule sur Euronext Amsterdam : le marché était prêt, avec une demande croissante ; le moment idéal pour nous en tant que sponsor, de lancer notre propre SPAC.

Vous avez reculé l’annonce du lancement, ce dernier était-il risqué ?

Le marché est assez difficile en ce moment, l’afflux de capitaux est anarchique et la volatilité élevée, qui s’est concentrée récemment sur les valeurs tech, s’explique par un environnement macro-économique incertain : l’inflation a bondi à 5,1% dans la zone euro, le Royaume-Uni a augmenté ses taux directeurs ; de même aux États-Unis, ajoutant une pression à laquelle on ne s’attendait pas pour une introduction en Bourse. Le marché des SPAC a aussi été très challenging le mois dernier. Aux États-Unis, l’offre était tellement vaste que beaucoup de SPAC n’ont pas trouvé de cible, augmentant la vigilance des investisseurs en faisant peser une pression supplémentaire sur les nouveaux lancements comme le nôtre. Mais avec nos coordinateurs globaux et teneurs de livres Deutsche Bank AG et Citigroup Global Markets, nous étions prêts, nous avons donc attendu que le marché se stabilise pour lancer GP Bullhound Acquisition I SE.

"Je trouve cela très sain que le marché soit réévalué. De notre point de vue, cette normalisation est assez positive."

Ne craignez-vous pas la récente instabilité qui frappe les actions de Facebook, de Spotify ou encore de Paypal, acteurs majeurs du secteur numérique, votre cœur de cible ?

Je trouve cela très sain que le marché soit réévalué. Après une longue période de taux d’intérêt très bas, associés à un accès facile aux capitaux qui ont produit une surévaluation sur certains marchés. Il est sain d’observer une correction. De notre point de vue, cette normalisation est assez positive. Ensuite, comme nous souhaitons acquérir une entreprise tech, si les valeurs de marché du secteur baissent cette acquisition sera plus accessible pour nous. En revanche, la volatilité des marchés reste un point de vigilance pour tous.

Comment envisagez-vous cette acquisition ? Quelle est votre société cible idéale ?

Nous serons très sélectifs car le SPAC n’est pas une solution pour tous. La cible devra être leader dans son domaine et avoir des indicateurs de croissance forts. Pour être acquise, elle devra être valorisée entre 800 millions et 2 milliards d’euros. Nous regardons de près les acteurs à la pointe de l’intelligence artificielle, ou encore des secteurs comme le software, la cybersécurité, les fintechs, les média digitaux ou les marketplaces. GP Bullhound a un accès très privilégié au marché tech en Europe. Nous entretenons d’étroites relations avec des acteurs majeurs de l’écosystème et notre période d’acquisition s’étend sur 21 mois au total. De la sorte, nous sommes confiants : nous aurons l’expertise, le réseau et le temps nécessaires pour identifier le deal idéal. Et puis, rappelons-le, la configuration du marché est très favorable aujourd’hui en Europe : les investisseurs sont là, avec de plus en plus de licornes dans la tech et moins de concurrence qu’aux États-Unis pour les SPAC.

Propos recueillis par Céline Toni

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