L'emblématique patron de BlackRock a adressé en janvier sa lettre annuelle. L'occasion de défendre un capitalisme nouveau, engagé, responsable et à bénéfices mutuels. Politique honnête ou réponse aux détracteurs ?

La lettre annuelle de Larry Fink de 2021 alertait sur la situation climatique et demandait aux dirigeants des sociétés dont BlackRock est actionnaire de renforcer leur lutte contre les discriminations raciales. Prônant cette année "un capitalisme des parties prenantes", le ton de sa missive s’annonce plus nuancé en 2022.

Des adaptations intéressées

Le monde du travail actuel implique certaines adaptations, voire un renouveau dans la définition du capitalisme. Telle est la position du PDG de BlackRock. Sa perception implique "la prise en compte de l'ensemble des parties prenantes et la nécessité d’être apprécié par ces dernières, afin de générer de la valeur à long terme pour ses actionnaires". Une relation reposant sur l’adaptation aux attentes des salariés ayant émergé avec la pandémie, telles que le télétravail ou la santé mentale, afin d’accéder à de meilleurs bénéfices.

"Si les entreprises ne s’adaptent pas, les profits ne suivront pas"

Larry Fink considère la raison d’être d’une entreprise comme seule source fiable et éthique pour les collaborateurs, s’opposant en cela aux canaux traditionnels (médias, ONG ou pouvoirs publics). Le patron met en garde : si les entreprises ne s’adaptent pas, les profits ne suivront pas. Indirectement, l’homme qui pèse plus de 10 000 milliards de dollars répond aux organisations environnementales et féministes que son capitalisme n’est pas "politiquement correct", mais qu’il repose sur "des relations mutuellement bénéfiques entre vous et vos salariés, clients, fournisseurs et les communautés dont dépendent votre entreprise pour prospérer". Après l’onde de choc qu’avaient provoquée les témoignages d’ex-salariés sur la discrimination raciale et le harcèlement sexuel en interne, le groupe était passé à l’offensive en dévoilant sa politique de diversité.

Véritable démarche ISR ou greenwashing ?

Il y a deux ans, le leader mondial de la gestion d’actifs plaçait les problématiques liées au climat en priorité au coeur de sa stratégie. Misant sur son positionnement et sa puissance financière, et s’engageant sur l’exclusion des principaux émetteurs de CO2 de ses portefeuilles et l’alignement à l’objectif de l’Accord de Paris, les déclarations de Larry Fink avaient réjoui organisations et clients. Réfuté par plusieurs groupes d’activistes écologistes sur son manque d’actions qui contredirait ses beaux discours, le PDG nuance désormais ses propos. Les limites des projets ambitieux du géant de la finance - notamment le décalage entre ses déclarations et la réalité-, n’ont pas échappé aux ONG, qui dénoncent le recours au greenwashing.

"Larry Fink se veut plus réaliste"

Dans sa lettre récemment adressée aux dirigeants d’entreprises, Larry Fink se veut plus réaliste, mettant en avant un rythme de changement différents selon les pays et marchés, des avancées qui prennent du temps et qui "ne se feront pas du jour au lendemain". Il ne fait pas l’impasse sur la décarbonisation de ses portefeuilles et reconnaît qu’un "désengagement complet de ces industries n’engendrera pas un résultat zéro émission nette". Il précise par ailleurs que BlackRock encourage et soutient les entreprises en transition écologique, position justifiée par la présence reprochée de sociétés pétrolières et gazières au sein des investissements. Enfin, le PDG maintient son positionnement sur les votes en assemblée générale en invitant les investisseurs – même particuliers – à demander à leur gestionnaire d’actifs d’être plus impliqués lors des processus de vote. Véritables engagements ou lettre déguisée aux détracteurs, Larry Fink fait passer un message clair : les organisations non gouvernementales ne dicteront pas les politiques adoptées par le groupe.

Marine Fleury

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