Edmond de Rothschild Corporate Finance continue d’accélérer son développement. Arnaud Petit, nommé en juin 2021 à la tête de l’équipe, présente la nouvelle organisation et les ambitions d’une équipe remodelée, qui ne cesse de monter en puissance. Entretien avec le président de la banque d’affaires.

Décideurs. Vous avez été nommé président de la banque d’affaires en juin 2021. Comment la passation de pouvoir s’est-elle déroulée ?

Arnaud Petit. La passation s’inscrit dans la continuité. Philippe Duval a assuré la transition entre la précédente et la nouvelle génération. Nous bâtissons aujourd’hui l’équipe qui devrait nous permettre de passer un nouveau palier. C’est un fonctionnement très consensuel avec les directeurs associés du comité de direction composé de Julien Beraud, Jean-Charles Bernard, Nicolas ­Durieux, Philippe Flament, Vanessa Guyot-Sionnest et Thomas Hamelin.

Vous avez accueilli de nouveaux membres dans l’équipe. Cela traduit-il une évolution de la stratégie d’EdRCF ?

Depuis le mois de septembre, douze banquiers nous ont rejoints et nous devrions ainsi constituer une équipe de 44 banquiers fin 2021. Cette augmentation des effectifs est avant tout une conséquence, d’une part, de la hausse d’activité, avec plus de 60 transactions clôturées cette année – un record pour l’équipe – et, d’autre part, de l’ambition du groupe pour cette activité.

Du point de vue transactionnel, votre palette d’intervention s’est-elle élargie ?

Si notre positionnement reste très sell-side, qui représente 80 % des mandats, le buy-side a pris de l’ampleur à hauteur de 10 % des missions, notamment grâce à des équipes étoffées. Nous intervenons sur ces missions quand nous avons des angles sérieux en la matière. Le reste de notre travail est réparti équitablement entre des levées de fonds et du conseil en financement. Nous restons très sélectifs sur les mandats car nous ne souhaitons pas déployer une stratégie de volume. Nous avons confirmé cette année notre dynamisme sur les processus LBO concurrentiels de toute taille, avec des opérations comme Serb, Lagarrigue, ACA ou Climater.

Notre zone d’intervention s’avère assez large en termes de valeur, c’est d’ailleurs une stratégie que nous assumons. En 2021, nous avons réalisé quatre transactions à plus de 1,5 milliard d’euros de valeur tout en réalisant la majorité de nos transactions entre 30 et 600 millions d’euros. Nous sommes une équipe généraliste qui tend à devenir multispécialiste avec le développement de verticales fortes.

"Nous ne souhaitons pas déployer une stratégie de volume"

Historiquement, l’équipe a démontré son expertise dans les secteurs de la santé, de l’immobilier et de l’éducation. S’agit-il toujours de vos domaines phares ?

La santé représente une part importante de notre activité, à hauteur de 40 % des opérations. Avec Nicolas Durieux et Pierre Boscher, nous couvrons une partie importante des sous-segments. La concrétisation de transactions supérieures à 1,5 milliard d’euros comme Serb, avec l’entrée de Partners Group et Mérieux Equity Partners au capital, Inovie pour Ardian ou encore Vivalto Santé dans les cliniques marque ce positionnement. L’année 2021 s’est avérée encore meilleure que les précédentes sur la santé. Nous avons également accompagné la vente, par MBO & Co et Fincap Invest, de l’acteur de référence des essais pré-cliniques de dispositifs médicaux IMMR à l’américain Veranex. Sans oublier les opérations significatives dans le monde des Ehpad et de la médecine, chirurgie, obstétrique (MCO) comme Medeos avec DomusVi, la Clinique du Sport à Bordeaux et la Clinique Sarrus à Toulouse.

Dans l’éducation et la formation, Thomas Hamelin a bouclé six opérations depuis son arrivée l’année dernière, dont la cession d’Edukea à 21 Invest France, la prise de participation de Capital Croissance dans Gaming Campus, la cession de Doranco à Eureka Education, ou encore l’acquisition du groupe SFP Expansion par Naxicap.

Quant à l’immobilier, Julien Béraud a gagné de manière spectaculaire des parts de marché en promotion immobilière pour devenir un des leaders sur le secteur. Il a notamment mené la cession de GreenCity Immobilier, basé à Toulouse, entré dans le giron de Lone Star Real Estate. La vente de purs actifs immobiliers, portée par notre nouvelle associée, Vanessa Guyot-Sionnest, présente de nombreuses synergies avec les clients de la banque privée, nombreux à faire tourner leur portefeuille d’actifs immobiliers. Enfin, Jonathan Jacquin accélère admirablement le développement de l’hospitality et des loisirs avec déjà six opérations en 2021.

Qu’en est-il de vos autres verticales ?

Le tech & digital poursuit sa montée en puissance grâce à Raphaël Compagnion. Conseil de Synacktiv, une des pépites de la cybersécurité francaise, dans le cadre de son ouverture de capital à Andera Acto, nous avons également accompagné la cession de l’éditeur de logiciels ACA à Cegid et levé 16 millions d’euros de la série B de YesWeHack, après avoir conseillé la série A. En outre, Jean-Charles Bernard a été recruté pour renforcer notre positionnement sur les deals mid-cap tech & digital.

Par ailleurs, le transport et la logistique, animés par Julien Donarier, continuent de générer de l’activité avec trois opérations significatives en 2021 dont Mesotrans et Sterne.

Quant au vinicole, mené par Philippe ­Flament, le secteur a été également dynamique en 2021. C’est notamment une activité qui nous permet de nous rapprocher des personnes physiques et des family offices.

"L’augmentation des effectifs est avant tout une conséquence de la hausse d’activité"

Où en est votre réflexion sur la constitution d’une équipe small-cap ?

C’est désormais chose faite. Une équipe small-cap baptisée EdRCF Croissance a été créée. Celle-ci jouera sur le terrain des valeurs d’entreprises comprises entre 10 et 50 millions d’euros. Guillaume Jaureguiberry à Paris et Axel Riquet à Lyon sont à la manœuvre. Ils ont eu des débuts très encourageants avec cinq deals réalisés en 2021 sur cette fourchette de valeur.

L’équipe s’est également renouvelée en conseil en financement. Quelle est la feuille de route ?

Nous continuons la structuration de l’équipe financement avec l’arrivée à sa tête de Paul Assaël en septembre 2021. L’objectif est d’accompagner les transactions M&A et de développer le pur conseil en financement, aussi bien sur des refinancements que des financements d’acquisition dans le cadre de processus intermédiés. Il peut ­ainsi s’appuyer sur la dynamique M&A. Nous regardons tout type de financement, de la dette senior bancaire au deal sponsorless en passant par les dettes privées. Pour le moment, nous ciblons des sociétés small et mid-cap aussi bien pour des sociétés familiales que pour des fonds de private equity.

"Les relations entre le corporate finance et la banque privée offrent des synergies intéressantes"

Comment le conseil en financement s’articule-t-il avec le M&A ?

L’idée consiste à s’appuyer sur le conseil en financement afin de préparer les transactions M&A. En effet, nous sommes plus légitimes pour obtenir un mandat à la vente après avoir effectué le refinancement. Le conseil en financement permet également de rester proche des sociétés sous LBO et de répondre à leurs problématiques de financement tout au long de la vie de la société. L’opération Blanchon est une bonne illustration. Nous avons travaillé sur le refinancement avant d’accélérer la cession à la suite d’appels entrants non sollicités.

En pratique, dans le cadre d’une mission de vente le financement peut intervenir dans le cadre d’un "lender education" (Eos ­Corrugated) ou d’un "hard staple" ­(Synacktiv). Lors d’un mandat à l’achat, l’équipe prend la main sur la levée de la dette en adéquation avec le cahier des charges de notre client et du management (Dossier Transport en cours) tout en respectant le timing fixé.

Vos liens avec la banque privée peuvent-ils encore évoluer ?

Les relations sont excellentes et offrent des synergies intéressantes entre nos deux activités. Nous arrivons mutuellement à nous présenter des prospects ou des dossiers. Les opérations réalisées via la banque privée et les liquidités apportées via le M&A ont beaucoup augmenté. Un vrai cercle ­vertueux s’est instauré.

Comment vous projetez-vous en 2022 ?

Plusieurs bons signaux nous rendent très confiants. Nous avons rarement eu autant de visibilité. La dynamique de marché ainsi que le gain de parts de marché permettent de construire un carnet de ­commandes très prometteur pour 2022. Tout d’abord, les fonds continuent d’alimenter la dynamique de marché, notre part d’opérations secondaires a significativement augmenté. Ensuite, l’équipe a réussi à se positionner sur des secteurs porteurs comme la santé, la tech, l’immobilier, le transport/logistique et l’éducation. Le premier trimestre 2022 ­s’annonce déjà très actif.

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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