Bras armé de l’État dans l’aide aux entreprises de plus de 400 salariés, le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) voit sa mission prendre encore plus d’importance. Son secrétaire général, Louis Margueritte, revient sur les conséquences de la crise, actuelles et à venir.

Décideurs. Quel bilan tirez-vous des trois premiers trimestres de l’année 2020 ?

Louis Margueritte. Le bilan est forcément teinté par la crise de Covid-19. Nous n’avons pas encore le recul nécessaire sur les mois qui viennent de s’écouler. Après la phase de sidération, des mesures d’urgence comme le chômage partiel ou le prêt garanti par l’État ont immédiatement été mises en place. L’injection de liquidités a fonctionné, puisque jusqu’en septembre, les tendances de chiffres de défaillances étaient plus faibles que l’année dernière.

Je retiens deux caractéristiques de cette crise historique. La première tient à la diversité des conséquences selon les secteurs ; certains très affectés comme les transports, l’hôtellerie ou la restauration, et d’autres très peu touchés. La seconde est l’incertitude. Or la France n’a pas la culture d’acceptation d’une prise de risque plus forte sur les business plans.

Quelles différences observez-vous par rapport aux années précédentes ?

Près de 50 nouveaux dossiers ont été ouverts, contre moins de 40 en temps normal. Le pic est arrivé entre mars et juin. Désormais, le flux se stabilise à deux dossiers par mois. Il s’agit d’entreprises pour lesquelles le PGE n’a pas été versé dans son intégralité, ou que celui-ci ne s’avère pas suffisant, car la reprise se fait attendre.

La nouveauté réside dans la violente chute du chiffre d’affaires et l’incertitude pour élaborer les business plans futurs. La crise accélère la fragilisation d’entreprises déjà en difficulté mais qui ne nécessitaient pas d’intervention. Les sociétés dans des situations plus confortables, quant à elles, s’en sortiront, non sans perte de trésorerie. Le prochain enjeu sera celui de la taille des bilans, lié à des chiffres d’affaires et des P&L qui ne sont plus ceux d’avant la crise.

Dans quelle mesure la façon de travailler du Ciri a-t-elle évolué ?

Le Ciri représente l’État et l’intérêt général, donc il n’y a pas eu de modification sur le fond. Dans son intervention, le travail s’effectue par téléphone ou visioconférence. Ce qui permet de gagner du temps, au prix de l’absence de négociations physiques, ce qui peut renforcer certaines postures. Le travail à distance, sur lequel il n’y a pas de débat, change le mode d’interaction sociale.

Pour répondre aux prochains dossiers, l’équipe a doublé de taille. L’objectif est de passer à huit rapporteurs afin de réagir au plus vite. Nous n’avons aucun tabou sur les possibilités d’accompagnement, qu’elles soient simples à mettre en œuvre ou plus complexes, comme des mesures lourdes de refinancement. La question de la bonne démarche se pose. La procédure collective sert à donner une respiration en cas de sévères difficultés, mais, parfois, les mesures d’urgence suffisent à préserver l’activité de l’entreprise.

"Une bonne restructuration, c’est quand tout le monde prend sa part"

Quelles sont les perspectives à venir ?

Les dossiers traités par le Ciri s’inscrivent dans un temps plus long et affronteront des problèmes d’insolvabilité. Au-delà de l’incertitude se posera le problème d’équilibre entre les fonds propres et la dette, qu’il faudra rééchelonner ou convertir. Une bonne restructuration, c’est quand tout le monde prend sa part. En cas de besoin de restructuration bilantielle, les créanciers doivent participer à l’effort, car la dette se révèle parfois insoutenable. Si les actionnaires ne sont pas d’accord, ils en tireront les conséquences avec un risque de dilution. Nous accompagnons le mouvement de retournement, difficile à classer dans le temps au regard de la situation. La raison d’être du Ciri consiste à soutenir les entreprises et l’activité économique. Il ne faut pas hésiter à nous solliciter, y compris pour des conversations informelles.

Quels sont les autres chantiers du Ciri à venir ?

Nous continuons à travailler, avec la chancellerie, sur la transposition de la directive européenne en matière de restructuration jusqu’en juin 2021. Le redressement judiciaire s’en trouvera modifié, notamment la position des créanciers. Le Ciri participe également à la mission sur la justice économique confiée à Georges Richelme, président de la conférence générale des juges consulaires de France, par le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance. Celle-ci vise à formuler des préconisations en vue d’améliorer et de coordonner la prise en charge des entreprises en difficulté.

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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