Exacerbée par la crise sanitaire et la guerre entre l’Ukraine et la Russie, la nécessité de retrouver une indépendance stratégique dans certains secteurs clés s’impose en Europe, tous bords politiques confondus. Le cloud, auquel toutes les grandes entreprises recourent désormais, en représente un des plus révélateurs. Point d’étape des nouvelles mesures françaises de soutien du secteur.

Les récentes pénuries, des micro-processeurs aux énergies fossiles, montrent une évidence : les économies européennes sont trop dépendantes d’autres pays. La mondialisation à outrance atteint ses limites. Et le besoin de bénéficier d’un cloud souverain revêt une importance particulière. Désormais, ces nuages numériques regroupent toutes les données des entreprises mais aussi des particuliers. Enjeu majeur, ils se caractérisent par trois avantages précieux par rapport aux serveurs internes autrefois d’usage. Celui de la flexibilité a la primauté, les utilisateurs peuvent dimensionner le service à leur convenance mais aussi y accéder en instantané avec une simple connexion internet tout en maintenant un haut niveau de sécurité. Cette technologie bénéficie aussi d’une grande efficacité et l’usager peut rapidement mettre en ligne un produit sans coût supplémentaire. Il ne paye que le stockage utilisé. En outre, son externalisation permet d’économiser les coûts des serveurs et des équipes IT spécialisées. Enfin, le cloud contribue à une plus-value stratégique. En externalisant le stockage de ses données, la société se concentre sur ses avantages concurrentiels et sur ses axes de développement. 

Un besoin de souveraineté demandé par les entreprises elles-mêmes

Un virage vers le cloud qui a été amorcé depuis une dizaine d’années par la majorité des entreprises européennes. Pourtant, faute de solution attractive à l’échelle continentale, entre 70 et 80% d’entre elles externalisent leurs ressources à travers les mastodontes américains dont Amazon ou Microsoft. Ce qui n’est pas sans poser une question peu réjouissante. Comment feraient-elles si les États-Unis entraient dans un conflit contraire aux intérêts européens ? En outre, la sécurité des données sensibles peut être questionnée alors qu’on connaît la propension américaine à espionner ses voisins.

La sécurité des données sensibles peut être questionnée lorsqu’on connaît la propension américaine à espionner ses voisins

Ainsi, certaines entreprises européennes phares comme Airbus prônent un développement de solutions souveraines comme celle incarnée par OVHcloud. Licorne depuis six ans et leader du cloud français, celle-ci a été introduite en Bourse fin 2021. De son côté, l’État français, qui a cerné les enjeux stratégiques que représente cette technologie, dévoile un vaste plan d’aide.

D’ores et déjà, l’écosystème du cloud devrait générer au niveau européen 560 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030 contre 63 milliards en 2021. Parallèlement, 550 000 emplois pourraient être créés à horizon 2027. Preuve de l’enjeu financier qu’il représente en plus de son importance politique. En réponse, l’État prévoit un plan de 1,8 milliard d’euros en 2021 avec des participations partagées entre l’Union européenne et un financement privé dans le cadre de France 2030. Cette stratégie nationale pour le cloud s’articule autour de trois piliers. Tout d’abord avec la mise en place du visa SecNumCloud qui garantit un niveau de protection élevé des données présentes sur un nuage numérique. L’obtention de ce certificat agit tel une garantie de la qualité du service proposé. Le plan vise par ailleurs à développer des offres innovantes mais aussi la recherche numérique sans oublier les espaces de mutualisation de données. Enfin, le dernier volet sera consacré à la formation dédiée à l’utilisation de ces outils et à la reconversion des ressources humaines.

560 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030 et 550 000 emplois créés à horizon 2027 sont attendus pour le cloud européen

La stratégie gouvernementale s’affine

Afin de réaffirmer ces ambitions, Bruno Le Maire et Jean-Noël Barrot respectivement ministre de l’Économie et des Finances depuis 2017 et ministre délégué chargé de la Transition numérique et des Télécommunications, depuis le 4 juillet 2022, se sont rendus en septembre 2022 à l’inauguration du nouveau centre de données d’OVHcloud. L’occasion d’annoncer un nouveau cadre en cinq points afin d’accélérer le développement du cloud tout en déclarant que sept offres qualifiées dont celles de Cloud Temple et OVHcloud ont obtenu leur visa SecNumCloud et ainsi doublé leur volume de marchés passés. Sans compter vingt projets innovants déjà financés à hauteur de 380 millions d’euros. Bruno Le Maire souhaite un accompagnement en vue de l’obtention de la certification de sécurité. L’objectif est de faciliter ce processus long et complexe qui peut parfois décourager les start-up et les PME. La volonté est aussi d’accélérer la transition des administrations publiques vers le cloud, d’harmoniser au niveau européen les certifications de cybersécurité et activer la validation par la Commission européenne du Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) qui fournira une enveloppe de 5 milliards d’euros aux 60 projets impliquant 180 entreprises du Vieux Continent pour le développement du cloud. Enfin, à la demande des acteurs du marché, l’ancien député de l’Eure annonce la création du Comité stratégique de filière « numérique de confiance ». C’est Michel Paulin, directeur général d’OVHcloud, qui sera chargé de présenter aux ministres la gouvernance et les desseins de ce conseil dans les 5 mois.

Si les crises sanitaires et géopolitiques contribuent à resserrer les liens entre les membres de l’Union européenne, reste à voir si les gouvernements européens continueront de prendre à bras le corps la problématique du stockage des données. Et pour, dans la foulée, retrouver une forme de souveraineté.

Tom Laufenburger


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