Polytechnicien, directeur général de Frichti, directeur marketing de la première licorne africaine, auteur du rapport "Soutenir l’investissement dans les start-up", le député Renaissance de l’Essonne Paul Midy est sans conteste le parlementaire qui connaît le mieux la tech. Il revient sur les atouts et les handicaps de la France.

Décideurs. Pourquoi la création de licornes est-elle si importante pour l’exécutif ?

Paul Midy : La croissance du nombre de licornes n’est pas un objectif en soi, mais c’est un très bon indicateur pour mesurer la santé du secteur de la tech dans le pays. Je dirais même que c’est un étalon pertinent pour prévoir le dynamisme d’une nation. Si elles ne créent pas énormément de postes à elles seules, elles entraînent dans leur sillage tout un écosystème, d’autres start-up qui aident au développement des PME ou des ETI classiques. Elles sont donc utiles pour créer de l’emploi et de l’innovation partout dans le pays. Nos start-ups sont un moteur important de création d’emplois, essentielles pour atteindre le plein emploi.

Elles apportent également de la souveraineté, tout en aidant à réindustrialiser le pays. Deux exemples peuvent être illustratifs : Verkor va ouvrir une giga-usine à Dunkerque qui va fabriquer des batteries bas-carbone et créer 1 200 emplois. Jimmy fabrique des réacteurs nucléaires petit format pour rester indépendant et sobre énergétiquement.

L’année a été difficile pour le financement de la tech tricolore avec une baisse du montant des levées de fonds. Est-ce grave ?

Soyons clairs, l’année n’a pas été bonne puisque les start-up françaises ont levé 9 milliards d’euros en 2023 contre 13,5 milliards en 2022. Mais regardons d’où nous venons, en 2017 nous levions seulement 2 milliards. La conjoncture touche tous les pays et, malgré la baisse, nous restons toujours n°1 en Europe continentale devant l’Allemagne. Mais notre objectif doit être de continuer d’accélérer et de devenir n°1 d’Europe incluant le Royaume-Uni aujourd’hui devant nous.

La tech nécessite de bons cerveaux. Or la France baisse dans tous les classements mesurant les performances éducatives. Est-ce un danger ?

Impossible de le nier, le niveau global se dégrade, et c’est pour cela que Gabriel Attal a lancé un "choc des savoirs". En revanche, les "très très bons" sont toujours là, notamment en sciences. Je peux vous assurer que le niveau de Polytechnique ne baisse pas, Paris-Saclay est classée meilleure université du monde en mathématiques et reste la meilleure université scientifique au monde non-américaine. En informatique quantique ou en IA, le poids de la France est important par rapport à la taille de son pays, elle est dans le peloton de tête mondial. Cela permet à beaucoup de "cerveaux" d’aller travailler dans les Gafa puis de revenir créer en France, je pense notamment aux fondateurs de Mistral AI, dernière licorne en date. La concentration de profils hautement qualifiés attire en France Meta ou Google qui y développent des activités stratégiques.

"En IA ou en informatique quantique, la France est dans le peloton de tête mondial"

La tech française souffre-t-elle encore de handicaps qui entravent son dynamisme ?

Elle n’est pas assez paritaire. Le nombre de femmes est trop bas dans les études en mathématiques, en informatique, en ingénierie qui sont les voies royales pour devenir entrepreneur ou cadre dans la tech. Économiquement, cela revient à se priver de la moitié des cerveaux. Si nous parvenons à plus de féminisation, nous aurons un avantage concurrentiel sur nos concurrents qui sont tous dans la même situation.

Par rapport aux autres pays, la France est en retard sur deux points. Nous avons d’excellents chercheurs, que ce soit au CEA, au CNRS, à l’INRIA ou ailleurs, mais peu franchissent le pas de la création d’entreprise même si les choses changent peu à peu. Des start-ups comme Pasqual, Quandela ou Quobly, leaders dans l’informatique quantique ont été créés par des universitaires. Enfin, la masse de financement privé par habitant est bien moins importante qu’aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. C’est notamment lié au fait que leur système de retraite est basé sur la capitalisation, l’argent des retraités est dans des fonds de pensions qui investissent fortement dans les start-ups. Notre système de retraite est basé sur la répartition, les cotisations des actifs vont directement dans la poche des retraités.

Vous avez travaillé dans la tech avant d’être député, quelle anecdote vous vient à l’esprit pour illustrer la bonne santé de l’écosystème tricolore ?

Je me rappelle qu’il y a quelques années, lorsqu’un expatrié comptait revenir en France, il était pris pour un fou. Désormais, on l’envie, on se renseigne sur ses projets. Mieux encore, des talents étrangers viennent en France. C’est une révolution copernicienne !

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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