Les études se succèdent et se concluent de la même façon : dans toutes les disciplines, les élèves français sont de plus en plus mauvais. Même les têtes de classe et les enfants de milieux aisés voient leur niveau baisser. Un drame pour notre démocratie et notre souveraineté.

Et hop, encore une preuve que notre système scolaire prend l’eau ! En ce mois de novembre, tous les élèves de 4e de l’Hexagone ont été soumis à des tests en français et en mathématiques. Les résultats font froid dans le dos.

Des chiffres et des lettres

La moitié de cette tranche d’âge ne possède pas les compétences requises en lecture. Pire encore, un quart n’a même pas le niveau de lecture attendu par un élève de CM2. En maths, ce n’est guère plus reluisant. La moitié des collégiens testés n’ont pas le niveau demandé. Des résultats jugés "préoccupants" par le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal qui promet un "choc des savoirs". Des pistes concrètes seront proposées en décembre.

Ces résultats s’inscrivent comme la suite d’une longue et tragique litanie. Plusieurs fois par an, des données montrent à quel point le niveau d’éducation de notre jeunesse est en chute libre. Le 20 septembre, le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) avait révélé que seulement la moitié des élèves entrant en sixième répondaient correctement à la question suivante : « Combien y a-t-il de quarts d’heure dans trois quarts d’heure ? ». De même, sur une ligne graduée de 0 à 5, seuls 22 % placent correctement la fraction ½. Point intéressant, il n’existe pas de différence notable entre le public et le privé, les établissements REP+ et les autres.

25% des élèves de quatrième n'ont pas le niveau de lecture attendu en CM2, la moitié des élèves entrant en sixième savent combien il y a de quarts d'heure dans trois quarts d'heure...

En début d’année 2023, le ministère de l’Éducation nationale avait mesuré le niveau d’orthographe des élèves sortant du primaire. La méthode est simple, en 1987, 1991, 2007 et 2015 les élèves de CM2 ont été confrontés à la même dictée. Verdict : un enfant de 10 ans fait deux fois plus de fautes en 2023 qu’en 1987 sur le même texte.

Dernier exemple pour enfoncer le clou : en décembre 2021, l’étude internationale The Trends in International Mathematics and Science Study (TIMSS) rendait un inquiétant verdict. Les collégiens français sont, osons le mot, nuls en mathématiques. Ils sont englués à la dernière place des pays de l’Union européenne et à l’avant-dernière de ceux de l’OCDE, juste devant le Chili. Par rapport aux derniers résultats datant de 1995, le décrochage est vertigineux. Pire encore, si la moyenne nationale est très basse, les têtes de classe dotées de la bosse des sciences sont désormais une espèce en voie de disparition. Seuls 3 % de nos jeunes sont considérés comme avancés contre 45 % en Corée du Sud, 37 % au Japon, 14 % aux États-Unis ou 11 % en Grande-Bretagne.

Sur la même dictée, un enfant de 10 ans fait deux fois plus de fautes en 2023 qu'en 1987 !

Idiocratie ?

Pourtant, chaque année, les gouvernements se félicitent de la proportion de plus en plus élevée de bacheliers. Plus que jamais, le diplôme perd de sa valeur. Les faits sont têtus et confirmés par de nombreuses études : la jeunesse française est de moins en moins instruite et les « premiers de la classe » sont en voie de disparition.

Le nombre de jeunes capables d’incarner les futures élites scientifiques, intellectuelles devrait tendre à la baisse. Et leur qualité pourrait laisser à désirer. D’une certaine manière cela a commencé. Il suffit de jeter un œil sur les résultats des concours du Capes de mathématiques. En 2022 le jury n’a été en mesure de titulariser uniquement 816 professeurs pour 1 186 postes. Les examinateurs ont pourtant été contraints de baisser un peu le niveau et ont averti que les copies des nouveaux enseignants "comportaient beaucoup d’erreurs de logique grossières".

Danger pour notre démocratie

Une baisse globale du niveau d’éducation va se traduire par plusieurs choses : diminution du niveau de vocabulaire, difficulté à s’exprimer, à débattre, à trier et à comparer l’information, retrait du cartésianisme…

Cela aura à moyen terme un impact sur la démocratie. Une société idiocratique sera plus violente. Prime sera donnée aux partis qui promettront de "remettre de l’ordre" à l’aide d’un "leader fort". De même, les foules plus stupides seront plus manipulables et sensibles aux fake news et aux populistes de tout bord qui auront peut-être lu cette phrase de Condorcet : "Plus un peuple est éclairé plus ses suffrages seront difficiles à surprendre (…). Même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est un esclave". Cette situation sera également une aubaine pour les gourous et autres extrémistes religieux. Le tout dans un monde de plus en plus complexe.

Une masse peu instruite sera plus manipulable, sensible aux fake news et aux extrémistes

Danger pour notre souveraineté

Un monde complexe dans lequel un pays puissant et souverain sera capable de maîtriser les innovations de rupture telles que l’IA, les nanotechnologies, les biotechnologies… Pour le moment, la France tient son rang puisqu’elle se repose sur les cerveaux formés dans les années 1990, soit avant la chute catastrophique de notre niveau scolaire. Ces "grosses têtes" s’inscrivent dans la tradition scientifique de notre nation, celle de René Descartes, Nicolas de Condorcet, Henri Poincaré ou plus récemment Cédric Villani et Luc Julia.

Tout indique que la relève ne sera pas forcément au rendez-vous. Conséquence : d’autres pays prendront une avance notable sur toutes les innovations, nous condamnant à un rôle de spectateur. Un gouvernement faisant appel à des techniques de surveillance de la population conçues à l’étranger pour éviter les débordements de violence d’une population devenue stupide est un scénario qui, en l’état actuel, ne relève pas de la science-fiction. Les résultats des tests Pisa qui seront publiés en décembre montreront-ils un redressement de la performance de nos élèves ? C’est peu probable…

Lucas Jakubowicz

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