Les comptes d’avocats fleurissent sur Instagram. Leur ambition ? Communiquer, prospecter, informer ou militer : toutes les raisons sont bonnes pour poster sur le réseau social. Certains pensent qu'il faut s’emparer de cet outil quand d’autres n’y voient qu’un gadget, dispensable pour la profession.

Avec plus de 26 millions d’utilisateurs mensuels actifs en 2023, Instagram est le troisième média le plus utilisé en France, derrière YouTube et Facebook. Soit 26 millions de citoyens à informer sur le droit et leurs droits, et parmi eux, peut-être, quelques clients. Certains des 74 000 avocats français misent sur le potentiel de l’application créée par l’Américain Kevin Systrom. Pour Agathe Klein, collaboratrice chez Edgar Avocats, “il ne faut pas louper le train”. C’est elle qui a suggéré à l’associé de son cabinet de créer le compte d’Edgar. La jeune avocate voit dans le réseau social un moyen de “créer une proximité“ avec les abonnés-justiciables, de “montrer les coulisses du métier” et de “sortir un peu de l’image de l’avocat classique”. Même état d’esprit chez Bouchara Avocats qui a lancé son compte en septembre 2022 pour transmettre à ses “followers” la passion de sa fondatrice et de son équipe pour le droit de la propriété intellectuelle. “On s’est dit que ce serait sympa de communiquer sur notre métier, explique Vanessa Bouchara, inspirée par ses clients issus des industries de la mode, du luxe, des cosmétiques, aguerris aux techniques de communication sur le réseau social.

Une grande partie des avocats seniors choisissent de déserter ou d’éviter ces lieux virtuels

Les cabinets d’avocats instagrammeurs cherchent aussi à créer de la “visibilité”, sans parler pour autant de publicité. “C’est le choix de Bouchara que celui de rester sur une démarche naturelle qui ne soit surtout pas publicitaire.” La visibilité d’un cabinet sur Instagram se gagne notamment par le partage de publications sur sa vie, ses moments forts. Pour Agathe Klein, il faut “mettre en scène le cabinet de façon attrayante”. Celle qui précise n’en être encore qu’au “stade expérimental” de l’utilisation du réseau poste de façon “spontanée”, comme elle l’a fait avec cette courte vidéo du séminaire de son cabinet en juin. Pour Ludovic de La Monneraye, associé chez Vaughan, l’objet des posts varie : “Actualité du département IT IP dans lequel je travaille, focus rapide sur des actualités, présence sur salon, interventions du cabinet dans des conférences, interviews…” Le compte du cabinet date du 4 mars 2020, soit quelques jours avant la période du Covid, une période “intéressante” pour lancer cette activité. Membre du conseil de l’Ordre du barreau de Rennes, de ses commissions communication et numérique, et avocat en IT/IP et droit du numérique, il encourage ses confrères à utiliser les réseaux sociaux. Selon lui, un dixième seulement des avocats du barreau rennais utilisent les réseaux sociaux. “On dit que les avocats se modernisent, mais la profession est quand même assez réfractaire.” Une grande partie des avocats seniors choisissent de déserter ou d’éviter ces lieux virtuels. “Certains avocats sont plus enclins à s’opposer à la diffusion de leur image sur les réseaux sociaux”, observe Agathe Klein au sein de son cabinet Edgar Avocats, qui utilise elle-même quotidiennement Instagram à titre personnel.

“Outil politique

À l’opposé, il y a Élise Fabing, qui a trouvé en Instagram un “outil puissant” pour informer et militer. “Je suis visible parce que je veux rendre visibles mes sujets, et j’en suis fière”, affirme l’avocate qui veut dénoncer le mal-être au travail grâce aux réseaux. C’est une amie féministe qui a créé son compte Instagram parce qu’il “s’y passait des choses” en matière de féminisme. Au début, c’était juste un compte personnel avec “cinq followers et deux photos d’apéro”. Puis, au détour d’un commentaire sur un autre réseau, Facebook, rediffusé sur le compte devenu emblématique @balancetonagency, Élise Fabing a gagné des followers. Et vite, d’autres – des milliers – s’abonnent pour venir voir les réels qu’elle se commence à co-produire avec Anne Boistard – la fondatrice du compte @balancetonagency – pour parler droit du travail. Avec son Instagram “home made” comme le décrivent ses clients communicants qui l’incitent pour certains à partager davantage son quotidien pour incarner, Élise Fabing milite. Instagram est un “outil politique” pour celle à qui “l’idée de mettre une image pour parler de quelque chose semblait saugrenu”.

“S’exposer c’est prendre des risques”

L’outil politique reste un réseau social – un lieu de détente selon les mots de Agathe Klein. Et un lieu d’influence. Les 28 000 followers d’Élise Fabing lui ont valu d’être identifiée comme influenceuse et de recevoir des demandes de partenariats de la part de marques. Elle est pourtant loin derrière les 78K followers et 177 K followers respectifs des avocates-influenceuses Laure Alice Bouvier et Julie Rebollo. Ludovic de La Monneraye indique par ailleurs qu’il fait bien attention à rester neutre dans son contenu. Pour ne tendre aucune perche aux haters. L’avocat a déjà eu l’occasion de s’y frotter lorsqu’il a félicité une consœur victorieuse sur Instagram, s’attirant alors les foudres des haters de celle-ci. Élise Fabing a pour sa part porté plainte à plusieurs reprises. “J’imagine l’effet que peut avoir ce raz de marée de violence sur une jeune femme pas sûre d’elle. J’ai vraiment compris le mal que pouvaient faire les réseaux. S’exposer c’est prendre des risques.” Publier sur les réseaux, même sans s’exhiber, ouvre la porte aux commentaires. Certains d’entre eux se fondent sur la déontologie de la profession. Agathe Klein préfère ne pas parler de dossiers “au regard de [leur] principe déontologique, à savoir celui du secret professionnel”. Élise Fabing, elle, aime poster des vidéos de “cas clients passés au crible”, en prenant soin d’anonymiser toutes les informations personnelles. Il y a aussi la robe, qu’il faut respecter. L’avocat rennais Ludovic de la Monneraye évoque l’obligation de délicatesse qui interdit à un avocat de “dévaloriser la robe ou la rendre comique”. C’est notamment ce qu’il enseigne dans les cours qu’il donne à des confrères sur l’usage des réseaux sociaux. Il leur enseigne également qu’on ne discute pas avec un client par “DM” (message privé sur Instagram) et qu’il faut basculer vers une messagerie sécurisée.

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Les avocats présents sur Instagram sont parfois destinataires de demandes plus ou moins précises sur leur situation. Élise Fabing essaie d’y répondre ou renvoie à des réels qu’elle aurait réalisés sur le sujet. Pour Ludovic de la Monneraye, “Instragram est une première approche”. Et d’affirmer : “Les clients sont là sur les réseaux sociaux. Si on veut capter cette clientèle, il faut être présent.” Les clients ou les collaborateurs. Une belle vitrine du cabinet sur Instagram permet d’attirer des talents selon Agathe Klein. Elle identifierait des cabinets sur le réseau si elle était elle-même à la recherche d’une collaboration. Vanessa Bouchara confirme la tendance. Lorsque son cabinet s’est rendu à Assas pour une formation, la plupart des étudiants connaissaient le cabinet et son compte Instagram. En France, environ 75 % des utilisateurs ont moins de 35 ans. Pour l’avocate engagée qu’est Élise Fabing – “mes combats personnels sont mes combats professionnels” –, Instagram est un “bon moyen pour les jeunes générations de s’intéresser à des faits sociétaux, car ils lisent moins”. Instagram a la vie devant lui.

Anne-Laure Blouin

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