Avec plus de 6 000 langues parlées sur le globe et la mondialisation des échanges, les besoins en traduction ne cessent d’augmenter. Les professionnels du droit peuvent compter sur des services de traduction juridique dont la performance grandit en empruntant au fonctionnement du système neuronal humain. Allers-retours entre langage naturel et intelligence artificielle orchestrés par des professionnels très discrets.

C’est un marché estimé à 45 milliards de dollars en 2020. Les sociétés de traduction, majoritairement réparties en Europe, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, se développent à travers le monde. Leurs objectifs ? Produire des traductions conformes aux documents originaux, en assurer la confidentialité, et tout cela au pied levé si nécessaire. Ces services, dont l’utilité n’est pas évidente pour les professionnels du droit, car éloignés de leur domaine d’expertise, présentent de multiples intérêts. Une traduction totalement conforme au contenu original, quelle que soit la langue, permet de les protéger contre d’éventuels contentieux. C’est la raison pour laquelle de nombreuses agences se sont spécialisées dans le domaine juridique dont les besoins en traduction sont considérables, et ce, pour répondre au mieux aux exigences techniques des juristes.

Les géants américains
Dans le secteur de la traduction professionnelle, plus de 10 000 acteurs se disputent le marché mondial et deux poids lourds le dominent. Créée en 1992, la société américaine TransPerfect Translations rend des services de traduction principalement dans le domaine juridique et le domaine de la santé. Avec un chiffre d’affaires qui dépasse les 750 millions de dollars en 2019, une centaine de bureaux et plus de 4 000 traducteurs dans le monde, elle s’impose comme le leader du marché face à son principal concurrent, Lionbridge Technologies Inc. Ce groupe américain fondé en 1996 a développé de nombreux secteurs d’activité dont ceux de la traduction, de la localisation et de l’interprétation. Basé à Waltham aux États-Unis, Lionbridge est présent dans vingt-six pays à travers le monde, et son chiffre d’affaires frôle les 700 millions de dollars en 2019.

La french touch
Le continent européen a également vu naître ses stars de la traduction professionnelle, aujourd’hui bien implantées sur le marché international. Ces sociétés, qui n’ont rien à envier aux mastodontes américains, sont essentiellement basées au Royaume-Uni et en France. Avec plus de 450 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2019, RWS Holdings est le leader européen du secteur de la traduction, notamment reconnu pour son expertise en propriété intellectuelle. En décembre 2020, l’entreprise britannique crée la surprise en rachetant la société SDL à hauteur de 953 millions d’euros (les actionnaires de RWS détiennent désormais 70,5 % des parts du groupe). Richard Thompson, PDG de RWS, a ainsi déclaré : "C’est un moment formidable pour notre clientèle commune. La création du premier groupe mondial de technologies et de services linguistiques nous permet de proposer une offre plus large et améliorée à un public élargi". Autre fait surprenant suivant cette acquisition, la marque SDL, devenue incontournable sur le marché de la traduction, disparaîtra très prochainement au profit de RWS. Les ambitions du groupe britannique sont fortes. Parviendront-ils à dépasser le leader américain de la traduction, TransPerfect ? Les paris sont ouverts. La société anglaise RWS est suivie de près par le groupe français Acolad fin janvier 2019 et dont le chiffre d’affaires est estimé à près de 150 millions d’euros en 2019. Il se positionne comme un expert des domaines juridiques et financiers depuis maintenant une dizaine d’années, ce que confirme l’acquisition de HLTrad en juillet 2018. Agence exclusivement spécialisée dans les domaines du droit et de la finance, HLTrad connaît une forte croissance depuis sa création en 2006 et compte parmi ses clients de nombreuses entreprises du CAC 40, dont le groupe industriel énergétique français Engie. "Au-delà des traductions elles-mêmes qui nous sont transmises, nous apprécions la réactivité de HLTrad, la qualité du suivi des dossiers, ainsi que celle des conseils qu’ils délivrent en matière de procédure de légalisation", confie Sylvie Blaise, juriste senior au sein de la direction des Organes sociaux et gouvernance d’entreprise d’Engie.

"Initialement basée sur des règles linguistiques ou statistiques, elle s’appuie désormais sur des algorithmes qui reproduisent les systèmes neuronaux."

Avec le rachat de neuf agences depuis 2012, Acolad concentre le marché européen de la traduction, renforce son expertise et s’impose comme un acteur majeur du secteur dans le monde. Lexcelera, quant à elle, est une agence de traduction fondée en 1986 qui, même en étant plus petite que d’autres, dispose également de professionnels avertis en traduction juridique. Pour Lori Thicke, fondatrice et présidente directrice générale, "faire appel à des petites structures spécialisées permet aux professionnels du droit d’avoir un service personnalisé et mieux adapté à leurs exigences".

Un exercice complexe
La traduction juridique professionnelle est un exercice complexe. Les traducteurs doivent posséder une profonde connaissance du droit – au vu, notamment, de la diversité des systèmes juridiques et des différences de terminologies existant dans chaque système –, maîtriser parfaitement les langues et montrer d’excellentes qualités rédactionnelles, l’objectif étant de rendre le texte final équivalent et non identique au texte source. Lori Thicke l’assure : "Chez Lexcelera, les traducteurs sont obligatoirement des professionnels capables de traduire des textes d’une très grande technicité et de produire une traduction de qualité." Néanmoins, la dirigeante reste lucide : "Cette expertise à un coût humain important, c’est pourquoi Lexcelera s’est très vite emparé des nouvelles technologies, essentielles pour gagner en productivité."

La traduction neuronale
Difficile d’imaginer qu’un robot puisse comprendre toutes les subtilités d’une langue et de prendre en compte celles d’un document juridique. Pourtant, la traduction automatique, qui est née dans les années 1950, connaît aujourd’hui une véritable révolution technologique avec l’apparition de l’intelligence artificielle. 
Initialement basée sur des règles linguistiques ou statistiques, elle s’appuie désormais sur des algorithmes qui reproduisent les systèmes neuronaux. Le but ? Imiter l’activité d’un cerveau humain et proposer la meilleure des traductions possibles en un temps record. La conséquence ? L’évolution du business model traditionnel des sociétés. Comme nous le confie Lori Thicke, "l’intelligence artificielle va nous amener à un business model qui ne remplace pas les traducteurs, mais qui les intègre dans le processus de traduction plutôt comme garants de la qualité."
Par exemple, les agences pourraient proposer une facturation forfaitaire à l’heure, et non plus au nombre de mots traduits. Par ailleurs, cette intelligence artificielle est particulièrement intéressante pour les professionnels du droit lors de procédure d’e-discovery : elle permet de procéder à une traduction rapide de milliers de documents, en facilite le tri, donc simplifie la recherche de preuves. Selon Lori Thicke, "la traduction neuronale constitue un vrai bouleversement dans le secteur. Elle promet de révolutionner l’avenir du marché et pourrait être la cause de la disparition d’un tiers des sociétés de traduction d’ici à cinq ans, sans pour autant remplacer entièrement l’humain." De quoi entraîner une concentration du marché.

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