Après plus de trente ans de barre, Joël Grangé se dit toujours autant fasciné par la chose juridique et le procès. Redoutable avocat, il met désormais sa ténacité au service de la profession et de l’évolution du droit avec un grand D. Une figure aux multiples facettes, pour qui “influence” rime avec “humilité”… et “efficacité”.

Le nom de Joël Grangé est associé à affaires de premier plan et jurisprudences majeures. Patron du cabinet spécialisé en droit du travail Flichy Grangé, il intervient lui-même dans les dossiers les plus sensibles et reste un avocat “de terrain”. Mais des terrains d’envergure tout de même. Comme lorsqu’il plaide dans une salle de spectacle du parc des expositions d’Amiens dans l’affaire Goodyear ou défend Véolia qui voit son projet d’acquisition des parts de Suez entravé par des enjeux de consultation des partenaires sociaux… Pourtant, il n’est pas un habitué des médias. “Ma règle, c’est la discrétion, confirme-t-il. Je considère que mon rôle est de rester en retrait… surtout si le dossier devient médiatique. Peut-être que les clients me choisissent aussi pour cela.” Sans doute. Quand on lui demande si l’agitation de ces “grandes” affaires use les nerfs, il répond que son atout pour y faire face, outre sa passion pour la dialectique judiciaire, reste une très grande pugnacité. “C’est rare que je lâche le morceau”, dit-il dans un demi-sourire.

Redorer le blason

Il lui arrive régulièrement d’intervenir auprès de conseillers, de ministres ou de la direction générale du travail pour apporter son éclairage sur les réformes du droit du travail en construction. Une démarche d’influence qu’il veut à sa juste place. Pas de lobbying déguisé ou de promotion d’une dérégulation à l’extrême en faveur de ses clients grandes entreprises. “Je ne suis mandaté par personne, explique-t-il, je suis un praticien qui constate les difficultés.” Ses contributions ont augmenté ces dernières années dans le cadre des réformes sociales portées par la loi El Khomri et les ordonnances Macron. L’un de ses chevaux de bataille fut alors la modification du cadre juridique du licenciement économique et notamment la suppression de l’extension de l’obligation de reclassement aux filiales étrangères. Cette règle “décalée de la réalité dans ses effets comme dans sa mise en œuvre”, constituait bien trop souvent un “motif d’annulation ‘facile’ des plans sociaux dans les groupes internationaux.” À ses yeux, il est indispensable que la législation soit “praticable” si l’on veut qu’elle soit respectée. Lorsqu’elle parait irréaliste aux employeurs, ils renoncent à l’appliquer. Un seul remède à cela, œuvrer pour “éviter le grand écart entre la réalité et les textes”. “On constate chaque jour que les législations sont en compétition, et combien leur contenu a une incidence sur le choix des pays d’implantation”, signale l’avocat. Son engagement pour un droit positif réaliste permet aussi d’éviter de décourager les investisseurs étrangers, et ainsi de “redorer le blason du droit du travail français”.

Résistance

Membre du Conseil de l’ordre des avocats de Paris, il figure parmi cette minorité du barreau d’affaires à intégrer les organes de représentation. “C’est important que cette partie du barreau soit représentée à l’ordre, explique-t-il. Il s’agit d’une communauté dynamique, qui recrute.” Il explique également qu’être proche des entreprises conduit à une vision différente de la relation client, ou des modes de travail, qu’il est nécessaire de prendre en compte dans les réflexions sur l’évolution du métier.

Et c’est aujourd’hui à la profession entière qu’il fait profiter de sa force de caractère et de conviction. Le sujet sur lequel il s’est le plus engagé reste bien sûr celui de la réforme des retraites. “Notre régime autonome fonctionne bien, il n’y a absolument aucune raison de l’abandonner”, répète-t-il, avec autant d’énergie qu’aux premiers temps de la contestation. Peut-être plus d’énergie même. “Dans la façon dont il a traité la question de l’indemnisation des professions libérales face à la crise du Covid-19, le gouvernement a bien montré que dans son esprit, il existe des statuts différents, réagit-il. Il n’y a pas de raison que nous subissions ces inconvénients sans bénéficier d’avantages.” Pour convaincre ceux qui l’écoutent de cette injustice, Joël Grangé puise là encore dans la rigueur et la combattivité où, petit, il semble être tombé. “Cette réforme manque de précision”, affirme-t-il. Le sujet est assez technique, financier, il est important d’entrer dans les détails. Je suis persuadé que la résistance que nous avons menée a permis d’éclairer des données qui n’étaient pas perçues par tous.Optimiste pour la suite de ce combat ? “Prudent…”, répond-il. Il avait annoncé qu’il ne lâcherait pas le morceau.

Marie-Hélène Brissot

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