Après une longue bataille judiciaire, Gaston Lagaffe débarque à nouveau dans les librairies. À la manœuvre, le Québécois Delaf qui a fait le choix de la continuité. Un travail solide. Plus solide en tout cas que les murs de la rédaction du Journal de Spirou qui explosent encore et toujours. M’enfin !

Si Gaston Lagaffe est un indécrottable pacifiste, son come-back dans les librairies a été sanglant. En cause, un différend entre Isabelle Franquin et les éditions Dupuis. La fille d’André Franquin, "inventeur" du célèbre garçon de bureau, s’opposait "par principe" à cette reprise : "Mon père ne voulait pas que Gaston existe après lui. C’était implicite. Ni moi ni mes enfants ne nous souvenons de l’avoir entendu dire le contraire", a-t-elle déclaré à la presse. Un point de vue contesté par les éditions Dupuis. Après une longue bataille judiciaire, Le retour de Lagaffe est finalement sorti en novembre. L’attente en valait-elle la peine ? Gaston a-t-il été sacrifié sur l’autel de la modernité ?

Moine copiste

Les craintes pouvaient exister. Nombreux sont les personnages historiques du neuvième art à avoir été totalement métamorphosés sur le fond comme sur la forme ou à avoir été imités avec lourdeur (mention spéciale aux immondes Astérix chez les Pictes ou Astérix et le Griffon).

Le Québécois Delaf a, pour sa part, choisi de rester totalement fidèle à l’esprit Franquin. En bon moine copiste, il reprend le style graphique et les mêmes décors que ceux inventés par l’artiste belge. Les éditions Dupuis où travaille le célèbre anti-héros, la ville, le mobilier, les vêtements : rien ne change. On pourrait croire à des planches inédites de Franquin.

En bon moine copiste, Delaf reprend le style graphique et les mêmes décors que ceux inventés par l'artiste belge

On prend les mêmes et on recommence

Les addicts de la série née en 1957 ne seront donc pas bousculés. Les personnages principaux sont tous au rendez-vous et fidèles à eux-mêmes : Fantasio et Prunelle tentent toujours de remettre Gaston au boulot, Monsieur de Mesmaeker essaie toujours (en vain) de signer les fameux contrats, Mademoiselle Jeanne semble toujours aussi amoureuse de "Monsieur Gaston", l’agent Longtarin a toujours la main lourde sur les PV, la mouette et le chat hantent toujours les couloirs… Un personnage secondaire prend un peu d’épaisseur, Bertje, le dessinateur qui propose des planches systématiquement rejetées.

Côté gags et inventions, on retrouve également le classique gaffophone, le bricolage de l’antique voiture, la boîte du petit chimiste, la boule de bowling… De nouvelles inventions voient tout de même le jour et s’avèrent hilarantes. Mention spéciale au mur attrape-mouche ou à la glace façon Gaston.

En choisissant de reprendre la série en l’état, Delaf a fait le choix de ne pas puiser dans le monde du travail de la société contemporaine qui auraient pu servir de source d’inspiration. Pas d’e-mail, pas d’informatique, pas de télétravail, rien sur les questions de "sens au travail". Au vu de la qualité de l’album, du contexte juridique complexe, des ratés des scénaristes voulant "moderniser" des incontournables du neuvième art, on peut donner raison à l’auteur. Par petites touches, il parvient toutefois à apporter quelques changements subtils.

Les maladies professionnelles et les psychiatres font leur apparition. A cause des gaffes de Gaston, managers et salariés ne trouvent plus de sens à travailler

Quelques (petites) nouveautés

Ainsi, comme tout bon salarié du XXIe siècle, Gaston va à la salle de sport après le travail. Pour la première fois, les maladies professionnelles font leur apparition. Prunelle, le manager de Gaston, souffre de burn-out et de brown-out, c’est-à-dire d’une perte de sens se manifestant par un certain désengagement. Blasé par les gaffes à répétition de son subordonné, il se met à boire, ne soigne plus sa tenue et cesse de travailler. Après tout, pourquoi se fouler ? "Lagaffe fera tout foirer quoi qu’on fasse." Pourquoi lui jeter la pierre ? Il n’est pas le seul à voir sa vie professionnelle gâchée par Gaston Lagaffe.

Dans une planche hilarante, de nombreux malades confient leurs déboires à un psychiatre. Le très raide et capitaliste Monsieur de Mesmaeker a compris que les contrats ne seraient jamais signés. Conséquence, il entame une reconversion étonnante : "Je renonce ! J’ai plutôt décidé de me lancer dans la confection de poupées en porcelaine." Même Ducran et Lapoigne, rudes patrons de l’entreprise voisine des bureaux de Gaston semblent perdre courage après une ultime explosion de leurs locaux. "Rien que le dernier mois, il a démoli trois fois le mur séparant nos bureaux, causé une inondation et pratiqué deux expériences pyrotechniques qui ont mis le feu à trois clients. Ça devient très difficile, vous comprenez…"

Autre innovation de taille, les douze dernières planches de l’album constituent un vrai scénario, une première dans la série. Gaston a perdu des originaux de Franquin et le journal risque de sortir avec des pages blanches. Rattrapera-t-il sa boulette ? Réponse dans un album qui vaut le détour et se lit comme une madeleine de Proust.

Lucas Jakubowicz

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