À l’heure où la crise sanitaire bat son plein, les risques psychosociaux sont plus que jamais au cœur des préoccupations des entreprises.

Apparue en France dans les années 2000, la notion des risques psychosociaux (RPS) s’est progressivement imposée dans le monde du travail et n’épargne aucun secteur d’activité. Autrefois réduits au stress, les RPS se manifestent également par des troubles de la concentration, de l’irritabilité constante, de la nervosité ou encore une fatigue importante entraînant sur le long terme des effets délétères sur la santé mentale (burn-out, dépression, pensées suicidaires) et même physique (maladie cardiovasculaire, troubles musculosquelettiques) des salariés. Si ces risques ont connu une forte augmentation durant les dix dernières années, en raison notamment de l’intensification du rythme de travail, la crise sanitaire a exacerbé leur progression.

La recrudescence des RPS en temps de pandémie

Le bilan est inquiétant. Au cours des dix dernières années, les RPS ont progressivement pris de l’ampleur notamment en raison de l’intensité du travail. Et la tendance ne risque pas de s’inverser. Dans son avis du 27 juillet 2020, le Conseil scientifique Covid-19 avait déjà tiré la sonnette d’alarme en invitant les employeurs et les pouvoirs publics à être plus attentifs à l’évolution des RPS pendant la pandémie, et surtout au retour au travail. Plus d’un an plus tard, selon l’étude menée par Opinion Way pour Empreinte humaine, publiée en avril 2021, 36 % des salariés sondés déclarent souffrir de dépression (contre 21 % en avril 2020) dont 21 % souffrent de dépression sévère (contre 10 % en avril 2020). Vivant depuis plus d’un an dans un contexte sanitaire et économique anxiogène, près de la moitié des salariés sondés évoquent l’intensification du travail, l’enchaînement des journées à rallonge en télétravail ou encore la détérioration des relations sociales entre collègues.

Par ailleurs, la crise sanitaire n’a pas non plus inversé la tendance quant aux collaborateurs à risque, mais l’a bien au contraire conforté. Selon la même étude, les moins de 30 ans restent en tête dont 62 % présentent un risque de dépression, car ils vivent dans des appartements étriqués et sont inquiets face à l’insécurité de l’emploi. Ensuite, plus en proie au burn-out et ayant tendance à porter une charge mentale importante, les femmes sont plus exposées aux RPS du fait de la crise sanitaire : 53 % ressentent une détresse psychologique contre 38 % des hommes. Enfin, les managers ne sont pas non plus épargnés : 48 % d’entre eux présentent ces mêmes troubles (contre 44 % pour les non-managers), en raison de leur position dans l’entreprise. Ils doivent avant tout assister les collaborateurs et certains finissent par se retrouver avec une charge de travail trop grande.

"Quatre salariés sur dix saturent, et pour un salarié sur deux, l’absence du lien social affecte considérablement le sens qu’il donne à son travail"

Le télétravail pointé du doigt

L’année a été marquée par un basculement vers le travail à distance complet ou hybride pour beaucoup d’entreprises. Largement plébiscité par les salariés, le travail à distance présente de nombreux atouts. Les plus adeptes vantent un gain d’autonomie, de temps et de productivité, d’autres y voient un moyen efficace pour concilier leur vie professionnelle et leur vie privée. Néanmoins, s’il n’est pas un facteur de risque en lui-même, le télétravail n’est pas fait pour tous les collaborateurs et peut, bien au contraire, déployer des effets néfastes à long terme propices à l’apparition des RPS.  Les principales causes ? La rupture du lien social, l’isolement, ou encore l’allongement des horaires de travail. À ce titre, quatre salariés sur dix saturent, et pour un salarié sur deux, l’absence du lien social affecte considérablement le sens qu’il donne à son travail, d’après un sondage mené par Opinion Way publié en avril 2021 pour Empreinte humaine. Si la majorité des collaborateurs en retiennent une bonne expérience, néanmoins " il est important de garder à l’esprit que le télétravail génère de la monotonie ", a déclaré à Décideurs Jean-François Ode, directeur des ressources humaines d’Aviva France.

Prévention et vigilance de l’employeur

Il ressort du contexte sanitaire actuel que les entreprises qui gèrent les risques sont celles qui s’y sont préparées en amont. Tenus de prendre des mesures de prévention afin d’assurer l’obligation de sécurité et la protection de la santé physique et mentale des travailleurs (Article L.4121-1 Code du travail), les employeurs ont dû redoubler de vigilance pour prévenir les facteurs de RPS susceptibles de nuire à la santé des collaborateurs. Tout en faisant preuve d’adaptabilité, les managers sur le terrain ont dû repenser leurs modalités de communication et leur organisation de travail à l’annonce des restrictions gouvernementales, tout en veillant à répondre aux besoins de chacun. " Nous avons proposé une diminution du temps de travail de 30 % à 50 % sans réduction de salaire pour les collaborateurs ayant la charge d’enfants ou de personnes en besoin d’assistance " explique Jean-François Ode.

Mais au-delà de ses conséquences non négligeables sur la santé des salariés, les RPS coûtent cher à l’entreprise. Selon les études menées par Malakoff Humanis en 2020, ces risques sont devenus le deuxième motif d’arrêt maladie au mois de mai 2020, juste après le virus et dépassant pour la première fois les troubles musculosquelettiques. Et face à la montée en flèche des arrêts longs ( 33 % par rapport à 2019), un quart des dirigeants sondés estiment que le coût de l’absentéisme s’est accru au cours des deux dernières années. Outre ces frais, les résultats et la performance de l’entreprise en pâtissent également en raison à la dégradation de la santé psychologique des salariés, d’où la nécessité de détecter les RPS suffisamment en amont et ne pas négliger les mesures de prévention.

"Les employeurs ont dû redoubler de vigilance pour prévenir les facteurs de RPS susceptibles de nuire à la santé des collaborateurs"

Le travail hybride, une solution efficace ?

La crise sanitaire a été l’occasion de poser les premiers jalons d’une nouvelle organisation du travail. Et l’attention est davantage portée sur la santé et le bien-être des collaborateurs. "Le siège de demain permettrait de baisser la charge mentale", précise Philippe Morel, président et cofondateur de Dynamic Workplace. S’il n’est pas question d’abandonner complètement le bureau, souplesse et flexibilité du temps de travail sont largement demandées par les salariés selon l’étude menée par Malakoff Humanis publiée en novembre 2020. À mi-chemin entre le présentiel et le télétravail, le travail hybride serait ainsi un compromis qui séduirait de plus en plus d’entreprises pour accompagner les salariés dans l’ère post-Covid, l’objectif étant d’éviter la rupture du lien social et de garantir une meilleure qualité de vie au travail au service de la performance de l’entreprise. Quant au flex office, ses partisans y trouvent leur compte puisqu’il encourage le télétravail et favoriserait l’autonomie. Les pourfendeurs de cette organisation, quant à eux, dénoncent le fait qu’elle favorise la diminution du sentiment l’appartenance à l’entreprise qui conforterait ainsi un sentiment de désengagement et de lassitude, des facteurs propices à l’apparition des RPS. Mais en tout état de cause, si les contours du bureau de demain se dessinent encore, le contexte de crise sanitaire a démontré que les RPS ne doivent pas être pris à la légère et qu’ils appellent les entreprises à redoubler de vigilance à l’avenir.

Jessie Razafindrabe

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