Année après année, les constats sont les mêmes : il y a trop peu de femmes en politique, au sommet des entreprises, ou associées en cabinets d'avocats...

Dans cet univers que je fréquente depuis plus de vingt ans, les chiffres sont troublants. 20% des femmes quittent les cabinets d'avocats d'affaires au bout de 5 ans, a relevé le rapport de Me Kami Haeri (1). Selon l'association Femmes & Droit (2), les avocates gagnent en moyenne moitié moins que leurs confrères. Reste que même si Marie-Aimée Peyron est aujourd'hui à la tête du Barreau de Paris et Christiane Feral-Schuhl à la présidence du Conseil national des barreaux, rares sont les femmes à occuper des postes à fortes responsabilités.

Faut-il alors reconnaître l'existence d'un plafond de verre ? Et par conséquent plaider pour une politique de quotas ou de discrimination positive ? Cela semble en tout cas être la recommandation de Marlène Schiappa, Secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes, qui a déclaré récemment qu'il fallait porter le quota de femmes à 50% « dans tous les domaines. » (3)

À cette double interrogation, je réponds sans détour par la négative. Je m'oppose à toute instauration d'une politique de discrimination positive, en tout cas dans le domaine que je connais, celui des avocats. Il me semble qu’il s'agit d'une fausse solution à un constat erroné.

Je suis en effet persuadée que le plafond de verre n'existe pas, autrement dit que dans l'univers des avocats, tout est possible à condition d'être volontaire, persévérant... et d'en avoir envie ! Certaines femmes n'ont pas le désir d'être associée, et ne souhaitent pas mener la vie qui va avec ce statut. C'est tout à fait respectable et c'est un choix personnel.

En revanche, d'autres peuvent être freinées par des peurs et des croyances fausses sur le sujet, et donc ne jamais postuler à des postes de responsabilité. J'en croise beaucoup qui ne franchissent pas le pas tant qu'elles ne se sentent pas 150% légitimes. Ou qui, bonnes élèves attendent sagement qu'on vienne leur en faire la proposition, sans se mettre en position de visibilité. C'est le fameux complexe de Cendrillon, un désir inconscient d'être prise en charge, décrit par l'américaine Colette Dowling.

Pour faire sauter ces verrous psychologiques, pourquoi ne pas se faire accompagner ? Les hommes n'hésitent pas à se faire coacher, bien au contraire. Pour tenir la longue route jusqu'au statut d'associé, il faut s'entraîner, comme dans toute discipline ! La vie d'associée est difficile. Les hommes en ont parfaitement conscience, et semblent avoir moins de difficultés à se faire aider. Reconnaître « je n'y arrive pas » pour une femme serait-il synonyme de défaite absolue au lieu de revers provisoire, de faiblesse « féminine » au lieu de fatigue bien compréhensible, d'erreur de parcours, toutes choses qui les angoissent alors qu'elles se sont tellement investies dans leur choix professionnel ?

Durant cet accompagnement, on travaille en particulier sur l'autocensure qui paralyse les femmes les plus compétentes. On se penche aussi sur une description précise des qualités requises pour être associée et sur la posture, notamment la manière d'ancrer ce statut dans une réalité accessible.

Bien sûr, cela demande du savoir, de l'organisation, une gestion de l'énergie : cela, toutes les femmes associées vous le diront. Mais ce n'est pas impossible. Il n'y a pas de plafond de verre qui puisse empêcher une avocate motivée de parvenir à son objectif.

Anne Bassi, présidente-fondatrice, Sachinka 

Notes

1) www.justice.gouv.fr/publication/rapport_kami_haeri.pdf

2) http://www.femmesetdroit.fr/

3) http://madame.lefigaro.fr/societe/parite-egalite-marlene-schiappa-veut-relever-a-50-les-quotas-de-femmes-dans-tous-les-domaines-020619-165396

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