Depuis trois ans, Hervé Estampes pilote la restructuration de l’Afpa, premier organisme de formation français. Division du nombre de centres, développement de l’offre à destination des entreprises… Pour remettre l’association dans le vert, cet ancien commandant de l’armée de l’air n’hésite pas à changer d’itinéraire.

Décideurs. Les organismes de formation prévoient une forte baisse de leur chiffre d'affaires en raison de la loi du 5 mars 2014. Comment envisagez-vous l'évolution du marché ? 

Hervé Estampes. La réforme 2014 n’a produit jusqu’ici que des effets négatifs. Alors que la loi visait les vingt millions, seuls deux millions de comptes personnels de formation ont été activés. Depuis la suppression du 0.9, les 32 000 organismes de formation souffrent, notamment les leaders comme Cegos et Demos, qui affichent tous une baisse du chiffre d’affaires à deux chiffres. Celui de l’Association pour la formation professionnelle des adultes enregistre une diminution de 3% et les finances publiques qui irriguaient la formation des demandeurs d’emploi vont encore se resserrer. Pour conserver une place sur le marché, il faudra avoir la surface financière pour assumer les nouvelles contraintes imposées par le décret qualité et renouveler sa pédagogie grâce aux outils numériques. Avec plus de la moitié des organismes dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 75 000 euros, le marché risque de perdre beaucoup d’acteurs.

 « Arrêtons de penser que le service public doit consubstantiellement perdre de l’argent »

 

Décideurs. La Cour des comptes a exprimé en 2013 des doutes quant à l'équilibre budgétaire de l'Afpa, où en est le redressement de l'organisme ? 

H. E. En 2013, l’Afpa n’avait pas encore fait sa mue et la Cour des comptes interrogeait la capacité de l’association à s’adapter au marché. Elle pointait du doigt le nombre de centres trop importants. Et elle avait raison. Depuis cinq ans, le nombre de sites est passé de 300 à 170 et nous visons les 125 sites d’ici à 2017 en regroupant ceux dont la rentabilité est la plus faible. Il faudra évangéliser les élus locaux qui tiennent à avoir leur centre au plus près de leurs administrés mais cette réorganisation est indispensable. En 2015, le déficit de l’Afpa était de 22 millions d’euros. Cette situation n’est pas satisfaisante. Arrêtons de penser que le service public doit consubstantiellement perdre de l’argent. L’objectif est de revenir dans le vert d’ici quatre ans. Notre rééquilibrage se fera sur le marché privé. Aujourd’hui 60 % de notre chiffre repose sur les régions, qui avec les prochaines élections, risquent de revoir leurs budgets à la baisse. L’objectif est d’inverser la répartition de notre activité. Et nous comptons notamment sur Raphaële Gauducheau, nouvelle directrice du développement international, pour relever ce défi et déployer notre offre auprès des entreprises.

 

Décideurs. « La formation professionnelle change, l'AFPA aussi » : quelle promesse derrière le slogan ?

H. E. À l’origine, la mission de l’Afpa en tant qu’association est de former les demandeurs d’emploi en proposant des formats longs et qualifiants. L’État nous demande aujourd’hui de nous développer sur la cible entreprise. Ainsi, courant 2016, l’Afpa deviendra un établissement public industriel et commercial et une filiale sera créée pour étanchéifier notre activité à destination des chômeurs de celle dédiée aux entreprises et éviter ainsi tout déséquilibre concurrentiel.

 

Décideurs. Ce nouveau positionnement s’accompagne aussi de services numériques ?

H. E. Trois cents ingénieurs sont mobilisés sur la data et le digital. Une directrice du numérique a été nommée afin de rénover le catalogue. Désormais, 70% de nos formations sont en blended learning. Avec le compte personnel de formation, un particulier dispose de 150 heures de formation à gérer. Pour le guider, l’Afpa a construit un CRM B to C qui recense leurs besoins et leur propose des formations qui correspondent à leurs profils. Par ailleurs, dans le cadre de la réponse d’un appel d’offres pour le ministère de la Défense, l’Afpa a investi, en partenariat avec Altedia, dans le développement d’un outil big data destiné à croiser toutes les données publiques pour repérer les emplois cachés que l’on estime à 400 000 en France, notamment dans les TPE/PME. L’exemple type est celui d’un employeur qui souhaite étoffer son équipe, mais s’interrogeant sur le profil précis à recruter, renonce à proposer une offre d’emploi. Or, grâce à cet outil, ces emplois pourront être découverts et donc pourvus. Les données seront également exploitées pour aider les employeurs à anticiper les emplois en pénurie et calibrer leurs efforts de formation. Notre investissement avoisine les cinquante millions d’euros. L’objectif est de construire une machine de guerre.

 

Décideurs. Comment la formation peut être un levier pour lutter contre le chômage persistant en France ?

H. E. La formation est un levier majeur dès lors que celui qui entre en formation sort des statistiques du chômage, c’est arithmétique. Cette année, sur 100 000 chômeurs formés, 60 % ont retrouvé un emploi. Le budget d’une formation, en moyenne de 8 000 euros, est beaucoup plus élevé que le coût global d’un demandeur d’emploi. Le gouvernement l’a bien compris et pose la formation comme une priorité dans la lutte contre le chômage. Pour inverser sa courbe, François Hollande vient d’ailleurs d’annoncer  un plan de formation de 500 000 demandeurs d'emplois afin de les accompagner vers les métiers de demain. 

 

Propos recueillis par Alexandra Cauchard 

 

 

Bio Express :

Diplômé de l’École de l’air de Salon-de-Provence, Hervé Estampes débute en tant que pilote et participe ensuite à toutes les opérations (Tchad, Centrafrique, Guerre du Golfe, Ex-Yougoslavie…) conduites par la France de 1988 à 1995. Il quitte l’armée de l’air en 1996 pour intégrer l’ENA. Magistrat financier à la Cour des comptes jusqu’en 2006, il rejoint ensuite Ernst & Young pour développer le secteur public. En 2008, le cabinet d’optimisation des coûts Lowendalmasaï le recrute en tant que directeur général. Il prend la direction de l’Afpa en novembre 2012 pour restructurer l’association.

 

Son signe particulier : Dans son bureau trône une maquette de Transall, à l’image de celui que le directeur général a posé sur le sol de Kuwait City, lors de la première guerre du Golfe.

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