Durant sa scolarité, un adolescent français aura vu à deux reprises un enseignant assassiné par un islamiste. Ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour notre démocratie à moyen terme.

Que dire, qu’écrire après l’assassinat de Dominique Bernard, poignardé au sein du lycée Gambetta d’Arras vendredi 13 octobre ? Analyser et décrire la situation revient à copier-coller les articles sur la décapitation de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine. Le bourreau du professeur de français du Pas-de-Calais a la même idéologie que celui du professeur d’Histoire des Yvelines : l’islamisme radical. Ils sont tous deux Français d’origine tchétchène et semblent s’être radicalisés en ligne. Du côté de la classe politique, les réactions sont similaires : "appel à l’unité nationale", "soutien au corps enseignant", "cellule psychologique mise en place", "pas d’amalgame", "les valeurs républicaines ne reculeront pas", "la tragédie ne se répétera pas", "des actions fermes seront ordonnées". Bref, il y a un air de déjà-vu pour l’opinion publique et les élèves.

Le calvaire des élèves

Un hommage à Samuel Paty le 2 novembre 2020, un autre en l’honneur de Dominique Bernard le 16 octobre 2023. Un élève français, en sixième en 2020, aura vu sa scolarité au collège perturbée par deux assassinats de professeurs. De facto, ce qui était impensable pour la génération au-dessus de lui fait désormais partie de son quotidien. 

Autre point important, cet élève lambda est probablement entouré de camarades qui cherchent à relativiser la tragédie, à trouver des circonstances atténuantes au meurtrier et des circonstances aggravantes à l’enseignant. Peut-être est-il scolarisé dans un établissement où, pour éviter les heurts, les cérémonies en l’honneur d’enseignants tués par des islamistes n’ont pas lieu. Un sondage Ifop publié en décembre 2022 rappelait que 40 % des enseignants avaient renoncé à rendre hommage à Samuel Paty devant leurs élèves, ce qui n’a pas empêché d’observer 400 non-respects de la minute de silence.

Pour un élève français, l’hommage à un enseignant assassiné par un islamiste fait désormais partie du quotidien

Quel futur ?

Dans quelle France choisiront de vivre les élèves d’aujourd’hui qui seront les citoyens de demain ? Ils sont en train de réaliser qu’ils vivent dans une société où deux groupes à la vision totalement opposée se font face et sont contraints de vivre côte à côte.

En l’état actuel, deux scénarios néfastes peuvent survenir et ne relèvent pas de la science-fiction. Première possibilité, les futurs citoyens choqués par les drames et les tensions vécues durant leur scolarité seront guidés par un mantra "plus jamais ça". Si un régime démocratique et parlementaire est impuissant à faire face à la violence et aux tensions internes, pourquoi ne se tourneraient-ils pas vers un chef providentiel ? Vers un dirigeant qui s’en prendra aux failles de notre démocratie et qui promettra la sécurité en échange de certaines libertés ?

Second scénario, les élèves devenus citoyens prendront acte de la violence et du morcellement de la société. Ils s’accoutumeront aux assassinats, aux menaces, à l’impuissance des pouvoirs publics. Ils ne voteront plus et, au quotidien, chercheront à survivre sans faire de vagues quitte à faire des concessions aux extrémistes dans leur vie de tous les jours.

Si les deux scénarios sont mauvais, le second semble le plus probable. Il a déjà commencé dans les écoles de la République. L’étude Ifop mentionnée plus haut révélait que 56 % des enseignants du secondaire s’étaient déjà autocensurés ou avaient fait des concessions durant leurs cours pour ne froisser personne et éviter un incident au sujet de la religion. Une hausse de 20 points en quatre ans. Reste à savoir comment réagiront leurs élèves une fois qu’ils auront le droit de vote. Quel que soit leur choix, la démocratie peut trembler.

Lucas Jakubowicz

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