Au cœur de l’été, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a mis fin au suspense : il ne compte pas prendre la tête de LR cet automne. Tout indique qu’il se réserve pour la prochaine présidentielle…

En quittant son poste de président de LR le 30 juin, Christian Jacob peut avoir le sentiment du devoir accompli. Certes, l’étoile du grand parti de droite a pâli : sa candidate, Valérie Pécresse, a échoué sous la barre des 5 % lors du premier tour de la présidentielle, son groupe parlementaire ne dispose plus que de 62 sièges au Palais-Bourbon, son plus bas niveau historique. Malgré tout, le mouvement reste intact : peu de responsables ont rallié la macronie depuis 2019 et ils sont encore moins à avoir succombé à l’appel d’Éric Zemmour dont l’aventure, en cette rentrée 2022, ressemble avant tout à un feu de paille. Les municipales et les régionales ont montré que les héritiers du gaullisme bénéficient toujours d’un fort ancrage territorial. À cela s’ajoute une situation de majorité relative qui donne au parti un rôle central.

En somme, les bases pour reconstruire sont là. Seul manque, pour reprendre un terme cher à Jacques Chirac un "chef sachant cheffer". À droite, depuis plusieurs mois, de nombreux élus et militants poussent Laurent Wauquiez à reprendre du service à la tête du parti dès cet automne lors d’un scrutin interne où il ferait figure de grandissime favori. Mais l’intéressé a dit niet.

Chat échaudé craint l’eau froide

Dans un message publié sur Facebook le 17 juillet, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a mis les choses au clair avant de profiter de ses vacances d’été : "Après avoir beaucoup réfléchi, j’ai décidé de ne pas être candidat à la présidence des républicains (…) Je sens profondément qu’aujourd’hui reprendre les mêmes chemins qu’il y a cinq ans ne peut être le bon choix." D’autant plus que, lorsque Laurent Wauquiez a pris le chemin pour la première fois, il a connu une belle sortie de route.

Laurent Wauquiez ne semble pas être un adepte de la "ligne Baroin" qui consiste à se faire désirer en vain

L’histoire commence pourtant par un plébiscite puisqu’il est élu à la tête de LR avec 74 % des suffrages dès le premier tour en décembre 2017. Elle se termine avec un départ par la petite porte après le fiasco des européennes de 2019 où "son" candidat, François-Xavier Bellamy, a récolté 8,5 %. Entre les deux dates, une hémorragie d’élus le trouvant trop droitier et une image de responsable politique insincère matérialisée, notamment, lors d’une séquence diffusée par l’émission Quotidien en février 2018. On y découvre le président du parti s’exprimant devant des élèves de l’EM Lyon. Se croyant non enregistré, il assume raconter du "bullshit" dans les médias. Pour un homme qui se vante de parler vrai, cela fait désordre.

La traversée du désert

C’est donc avec un bilan plus que contrasté qu’il quitte la présidence de LR pour se replier sur son fief. Commence alors un épisode vécu par tout responsable politique de droite : la traversée du désert. Charles de Gaulle l’a expérimentée entre janvier 1946, date à laquelle il quitte la présidence du gouvernement provisoire de la République française (GPRF), et 1958, moment où il revient sur le devant de la scène. Jacques Chirac, pour sa part, a plusieurs fois été déclaré en état de mort politique. Has been en 1993, il redébarque en force deux ans plus tard. Nicolas Sarkozy, quant à lui, s’est retrouvé tricard dans son camp entre 1995 et 2002 pour avoir misé sur Édouard Balladur.

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Après son échec à la tête de LR, Laurent Wauquiez a entamé une traversée du désert et s'est replié sur son bastion régional.

Laurent Wauquiez, pour sa part, se replie dans son bastion régional qu’il dirige depuis 2015 avec un certain succès électoral. Largement réélu en 2021, il se sert de son mandat pour mener une politique par la preuve. De quoi rassurer sa base qui reproche à ses dirigeants de plus parler qu’agir. Son bord politique s’émeut de la situation de l’IEP de Grenoble où deux enseignants sont victimes d’une cabale ? Les médias s’enflamment, parlent de wokisme ou de cancel culture ? Il coupe les subventions de l’établissement. Le maire de la capitale des Alpes, Éric Piolle autorise le burkini dans les piscines de la ville ? Il ferme le robinet financier. Durant la période estivale, il réduit également le financement public du programme Natura 2000, accusé d’être trop proche de l’écologie politique. Dans les urnes, ça marche puisque, lors des dernières législatives, son parti se maintient dans la région dont provient 19 des 62 députés LR, soit un tiers des effectifs. De quoi redescendre dans l’arène et incarner le Wauquiez nouveau ? Pourquoi pas.

Une déclaration de candidature qui ne dit pas son nom ?

Sur Facebook, Laurent Wauquiez semble clair. Tout indique qu'il passe son tour à la tête du parti pour mieux revenir lors de la présidentielle de 2027 où Emmanuel Macron ne pourra concourir. En somme, il ne semble pas avoir l’intention de "faire une Baroin", c’est-à-dire se faire désirer en vain. Dans son message, l’ancien membre des gouvernements Fillon décrit un pays ingouvernable, en déclin, en proie aux extrêmes. Pour la redresser, il fait appel au "génie français » qui, depuis Du Bellay jusqu’à Houellebecq, sait que la fin de l’histoire n’est jamais écrite, que tout reste possible ». Pour changer la donne, il faut un leader qui, si on lit entre les lignes, pourrait être Laurent Wauquiez lui-même : "Je ne connais pas de plus belle mission que celle de restaurer un espoir quand tout semble condamné." Et la restauration d’un espoir passe plus par une candidature à la reine des élections que par la gestion quotidienne d’un parti…

L’inutilité de présider le parti

Si l’objectif de l’ancien député de Haute-Loire est de porter les couleurs de son camp à la prochaine présidentielle, la présidence de LR pourrait lui apporter plus d’ennuis que d’atouts. Son camp manque à première vue de personnalités présidentiables.

S'il veut apparaître comme un candidat au dessus de la mêlée, il n'a rien à gagner à se plonger dans la cuisine politicienne

Nul besoin pour Laurent Wauquiez de contrôler l’appareil pour installer sa candidature et tuer dans l’œuf l’appétit de rivaux potentiels. S’il veut apparaître comme un candidat au-dessus de la mêlée, il n’a rien à gagner à mettre le nez dans la cuisine partisane.  Cela l’obligerait à s’exprimer et se positionner sur l’attitude du groupe LR à l’Assemblée qui, majorité relative oblige, devra nouer des alliances ponctuelles avec d’autres forces politiques telles que Renaissance. De même, il serait jugé responsable des résultats des élections intermédiaires dont les européennes de 2024 qui pourraient s’avérer périlleuses. Le dernier scrutin européen a d’ailleurs entraîné sa chute. Son intérêt est plutôt de voir le parti géré par un gestionnaire qui lui prépare le terrain.

Mais attention. La voie n’est pas totalement ouverte pour lui. De nombreuses personnalités comme Michel Barnier, Xavier Bertrand voire Valérie Pécresse sont, elles aussi, en pleine traversée du désert. De nombreuses jeunes pousses pourraient se lancer dans la course et incarner la nouveauté. Laurent Wauquiez devra donc descendre de son Aventin qu’est le conseil régional pour montrer qu’il faudra compter avec lui en 2027, année où il fêtera ses 52 ans. Soit l’âge de Nicolas Sarkozy lors de son accession à l’Élysée.

Lucas Jakubowicz

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