Créateurs de produits et d’histoires, artisans du luxe et artistes ont plus d’un point commun. Mis ensemble, ces collaborations peuvent même servir le monde des dirigeants. Rencontre avec Laurent Boillot, PDG des cognacs Hennessy, et Christine Cayol, philosophe et écrivaine.
Décideurs. Christine Cayol, pouvez-vous présenter brièvement votre métier ?
Christine Cayol. Philosophe de formation, je me suis spécialisée sur les liens entre l’art et l’entreprise et l’accompagnement des jeunes artistes. J’ai fondé la maison des arts de Pékin, la maison Yishu 8, établie à la fois en Chine et en France. L’histoire de cette maison repose sur la force de certaines rencontres. Mon métier consiste à créer de "l’entre", entre l’art et l’entreprise, entre la France et la Chine, entre les artistes, les mécènes, les collectionneurs. Les entreprises qui nous accompagnent sur ce projet grâce au mécénat se rejoignent sur une conviction commune : la relation culturelle est la clef de toute autre relation, qu’elles soient financières, économiques, diplomatiques… En commençant par l’art, la culture et les jeunes talents, nous facilitons des projets, ouvrant des portes en France en Chine, et entre ces deux pays.
 
Expliquez-nous le projet Yishu 8.
C. C. Sa mission repose sur l’accompagnement de jeunes artistes dans la durée. Mais aussi l’accompagnement de nos partenaires dans des projets concrets en augmentant la compréhension réciproque entre les civilisations chinoise et occidentale. Cela se fait au travers de programmes d’art contemporain où les lauréats viennent visiter les pays portés par Yishu 8. Ces actions s’échelonnent sur une certaine durée, nous accompagnons les artistes sur un temps long.
 
Comment vous est venue l’idée de concilier l’art et le luxe ?
C. C. Il existe des points communs fondamentaux entre les artistes et les artisans du luxe que sont la valeur temps, la sensibilité et l’émotion. C’est donc assez naturel que ces personnes travaillent ensemble à la recherche d’authenticité. L’innovation et la création se retrouvent lorsque ces deux mondes fusionnent.
 
Laurent Boillot, pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Christine Cayol ?
Laurent Boillot. J’ai rencontré Christine Cayol à l’époque où je travaillais au sein de la maison Guerlain. Dans notre domaine, nous avons tous en commun cette quête du beau et la culture du beau. La création et la durée sont deux points essentiels dans le monde du luxe. Christine est l’auteure du livre À quoi pensent les Chinois en regardant Mona Lisa, qui m’a intrigué alors que j’avais un intérêt professionnel particulier pour la Chine chez Guerlain, qui s’est poursuivi chez Hennessy. C’est avant tout un sujet d’intégration culturelle. Ensemble, cela nous a amenés à ouvrir une ambassade du cognac Hennessy en Chine via Yishu 8.
C. C. Ce partenariat a débuté à l’époque du de la pandémie mais, malgré cela, nous avons réussi à faire venir un artiste designer chinois en 2022 pour l’inviter à passer trois mois en France, entre Paris et Cognac, afin qu’il s’imprègne des paysages, du terroir et du savoir-faire de la maison Hennessy. Aujourd’hui, le monde est polarisé sur des différences, ce qui crée des conflits et de la violence. Je pense qu’à notre échelle nous misons avant tout sur la dimension du "avec" : l’artiste travaille avec l’entrepreneur. De là, certains projets naissent et créent de la valeur.
 
Qu’est-ce que cela apporte à l’image de marque de Hennessy ?
L. B. La maison Hennessy a intégré le marché chinois autour de l’art culinaire. L’essentiel selon moi est la quête de la chose juste et de la compréhension permanente, notamment au sein du monde de l’entreprise. Il s’agit de se rapprocher les uns des autres. Le retour client est simplement la séduction par les produits et l’émotion ressentie à travers leurs histoires.  
 
De quelle façon l’entrepreneuriat et l’art se conjuguent-ils ?
C. C. Nous ne pouvons pas rester dans notre bulle. De nombreuses personnes en France travaillent avec la Chine mais ne la connaissent pas de l’intérieur. Yishu 8 fait gagner énormément de temps dans le monde des affaires car nous résolvons certaines incompréhensions sur les différences culturelles entre les deux pays.
L. B. L’art et l’entreprise reposent sur la création. Le rapport au beau, au produit, est conjugué pour raconter une nouvelle histoire. La synthèse réside dans le temps long et l’échange.
 
Propos recueillis par Marine Fleury

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