L’exode des classes moyennes hors de la capitale n’est pas une fatalité pour le député LREM. Rôle de la Foncière de Paris, lutte contre les dérives d’Airbnb, logements sociaux… De nombreuses pistes pourraient, selon lui, permettre à la ville de garder ses forces vives.

Décideurs Magazine. 100 000 logements sont vacants à Paris. Le programme de Benjamin Griveaux prévoit de diminuer le nombre de 20%. Comment ?

Sylvain Maillard. Paris est si dense qu’il n’est pas possible de lutter contre la crise du logement en construisant plus d’immeubles. Il est toutefois envisageable d’optimiser la surface disponible en se penchant sur le cas des logements vacants. Ils le sont pour plusieurs raisons : spéculation, pied-à-terre, Airbnb… Certains propriétaires, pour des raisons administratives ou financières, rechignent à mettre leurs biens en location permanente. Nous proposons que la Foncière de la Ville de Paris loue directement les logements au prix du marché et s’occupe de leur gestion. Elle se portera caution et promettra au propriétaire de rendre le bien dans un état impeccable. Cette mesure permet de sécuriser les propriétaires et d’augmenter l’offre privée. Notre liste reprend également l'idée de Pierre-Yves Bournazel de transformer un maximum d'immeubles de bureaux vides en logement.

Vous mentionnez Airbnb. Que faire face à cette plateforme ?

Un gros travail législatif a été mené à l’Assemblée nationale pour lutter contre les abus d’Airbnb. Depuis la loi Elan, il est ainsi interdit de louer un logement plus de 120 nuits par an et les réfractaires s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à 10 000 euros. C’est un bon compromis qui permet de lutter contre les hôtels clandestins, sans pénaliser les propriétaires qui cherchent simplement à arrondir leurs fins de mois.

"Seuls 30 agents luttent contre les abus d'Airbnb, ce n'est pas suffisant"

Pour faire appliquer la loi à l’échelle de Paris, il faut une véritable volonté politique. Qui n’est pas suffisante pour le moment. Concrètement, sur le terrain, la majorité en place n’a déployé que trente agents. Nous prévoyons d’en augmenter le nombre. Il y a urgence car des quartiers entiers de Paris se transforment très rapidement.

Benjamin Griveaux a proposé que la Foncière de Paris verse 100 000 euros d’apport pour que les classes moyennes parisiennes puissent accéder à la propriété. Certains craignent que cette mesure ne fasse encore augmenter les prix. Une crainte justifiée ?

Les prix s’envolent déjà ! À tel point que les classes moyennes ne peuvent plus se loger dans Paris (le prix du mètre carré est passé de 8 000 euros à 10 000 euros entre 2014 et 2019 ndlr) sauf si elles ont la chance de bénéficier d’un apport familial. Le risque inflationniste est déjà là, il est temps d’essayer de nouvelles pistes.

J’observe que les principaux détracteurs de la mesure sont Ian Brossat, opposant politique, et surtout Laurent Vimont, PDG de Century 21. Celui-ci a tout intérêt à ce que les prix continuent à augmenter. Le voir condamner la mesure est donc un bon signe… J’ajoute qu’il est également militant LR et soutien de Rachida Dati !

Concernant le logement social, vous souhaitez réformer les conditions d’attribution…

Pour le moment, seuls les critères sociaux (revenus, nombre d’enfants…) sont examinés ; il nous semble opportun de prendre en compte le profil professionnel des demandeurs. Cela permettrait, par exemple, à des puéricultrices, des policiers, des artisans, des aides-soignants… de rester vivre dans la ville. Ce qui aurait des conséquences positives pour tous les Parisiens. Prenons le cas des crèches. Beaucoup d’entre elles doivent fermer leurs portes à 18h30 au lieu de 19h30 car les employés ont parfois une heure de transports pour rentrer chez eux en banlieue. Pour le moment, ils ne peuvent que difficilement avoir accès à un logement social à Paris… La mixité doit se mesurer à l’aide de plusieurs prismes. Évidemment, nous avons également l’intention de respecter l’obligation de 25% de logement social dans la ville à l’horizon 2025.

Paris se vide de ses habitants. Quelles seraient les conséquences pour la ville si cette hémorragie démographique continuait ?

La ville perd entre 12 000 et 15 000 habitants par an, l’équivalent d’une petite ville ! Les partants sont les classes moyennes qui font la vie et l’identité d’une ville. Paris risque de se transformer en ville musée. Moins d’habitants, c’est moins de commerces de proximité, moins de services publics. Cela a commencé puisque dans le troisième arrondissement, une école a fermé faute d’élèves. Moins d’habitants c’est aussi une ville moins attractive pour les entreprises qui ne peuvent plus trouver de collaborateurs à proximité. Cette situation, si elle perdure sur plusieurs années, risque de devenir irréversible. Mais avec de la volonté politique, il est encore possible d’agir.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

Droit de réponse de Laurent Vimont : "C'est avec stupéfaction que Laurent Vimont, Président de Century 21 France, a pris connaissance des propos de Monsieur Maillard dans Décideurs Magazine. Il n'est militant d'aucun parti politique et ne soutient aucun candidat à aucune élection municipale en France, pas plus à Paris qu'ailleurs". (6 mars 2020).

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