Le chiffre d’affaires d’Oracle pour 2023 a atteint 49,95 milliards de dollars, en hausse de 18 % sur un an porté par les ventes d’application et les services cloud. En France, le groupe américain, qui commercialise son offre de cloud souverain européen, compte 1 200 salariés. Christophe Negrier, directeur général d'Oracle France, nous en dit plus sur les ambitions de la firme de Larry Ellison.

Décideurs. Quelle est la stratégie d’Oracle en matière de cloud ?

Christophe Negrier. Oracle est parti un peu après les autres acteurs sur les infrastructures cloud. L’avantage à cela, c’est que nous avons eu la chance de pouvoir faire un peu différemment des hyperscalers (grands fournisseurs de cloud) historiques. L’approche "one size fits all" (taille unique, NDRL) n’a jamais fonctionné à l’épreuve de la réalité des grands groupes ou pour les applications digitales. Nous proposons une large gamme de stratégies de déploiement du cloud, allant du cloud hybride au multi-cloud en passant par le cloud privé ou d’entreprise.

Les Européens appellent à davantage de souveraineté numérique notamment en matière de données. En quoi une offre de cloud souverain européen lancé par Oracle, groupe américain, répond à cette problématique ?

Depuis 37 ans en France, nous nous demandons comment offrir à nos clients des solutions techniques pour gérer leurs applications et leurs données critiques, c’est-à-dire ce qu’ils ont de plus précieux. En juin 2022, nous avons annoncé un cloud souverain européen que nous avons développé en un an. Celui-ci permet aux organisations publiques et privées de bénéficier de l’ensemble des services d’Oracle au même prix que les offres classiques sauf que l’entité est opérée et dirigée par des Européens sur le sol européen, en l’occurrence à Francfort et Madrid. Nous avons également noué un partenariat avec Thales qui permet de chiffrer les données.

Cette offre n’est néanmoins pas compatible avec les exigences du label SecNumCloud de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) en France…

Nous le savions quand nous avons développé l’offre. Ce n’est pas un problème de sécurité qui est soulevé mais l’EU Sovereign Cloud ne répond pas au critère du lien capitalistique entre la société de droit européen qui l’opère et Oracle. Nous sommes transparents sur la sécurité et la façon dont nous travaillons mais nous n’essayons pas de mettre des ronds dans des carrés. Nous sommes Oracle, un groupe américain. Il y a des choses que nous ne pouvons pas changer. Est-ce que l’important réside dans la qualité du service que nous offrons ou dans la couleur de notre passeport ? Nous n’avons aucun problème à promouvoir l’émergence d’un écosystème numérique européen. Nous sommes le quatrième hyperscaler, c’est aux trois premiers d’avoir peur.

"Nous n’avons aucun problème à promouvoir l’émergence d’un écosystème numérique européen"

Le cloud est souvent décrié pour son côté énergivore. Que fait Oracle sur le volet environnemental ?

C’est un sujet au cœur de notre stratégie technologique. En Europe, 100 % de nos data centers sont alimentés par de l’électricité verte et cette proportion sera la même dans le monde d’ici à fin 2025. En 2020, Oracle a réutilisé 99,6 % du matériel employé pour son cloud qui était à remplacer. À Marseille, par exemple, nous nous servons de l’eau polluée par une mine fermée pour refroidir nos centres de données. L’eau chaude sert ensuite à chauffer les bâtiments du quartier d’à côté.

En juin, Oracle annonçait un investissement renforcé dans Cohere, une entreprise dédiée à l’IA générative. Pourquoi ?

Nous faisons de l’IA depuis longtemps. Par exemple, il y a cinq ans nous avons lancé un service de base de données autonome, qui se répare seul, se sécurise seul, se redimensionne seul, se met à jour seul… Nous sommes attachés à la notion d’écosystème. Nous avons annoncé un partenariat avec Cohere afin que nos clients puissent bénéficier de ses services d’IA générative. Pour qu’un modèle soit intelligent, il faut l’entraîner et il faut de la ressource. Nous avons cette capacité à l’entraîner à grande échelle tout en offrant à nos clients la dernière génération de services proposée par Cohere. Évidemment, le résultat des entraînements permis grâce aux données d’une entreprise A n’est pas réutilisé pour une entreprise B. Notre principale préoccupation reste la sécurité.

Vous avez annoncé des résultats en hausse de 18 % à 49,95 milliards de dollars pour 2023. À quoi cette augmentation tient-elle ?

Nos résultats sont avant tout le fruit de la confiance de nos clients. Or la confiance se gagne par goutte et se perd par litre. Pas de confiance, pas de transformation. Oracle a la capacité à délivrer ce qu’elle promet de délivrer et cela se révèle central. Nous allons continuer à accélérer, à innover, afin de proposer plus de numérique au sens mieux de numérique, de manière plus responsable, tout en apportant de la sécurité à nos clients.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

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