En 2016, l’activité Expansion d’Ardian entrait au capital de Lagarrigue, alors leader français de l’appareillage orthopédique externe. Durant leur partenariat, le groupe est devenu un acteur international majeur, notamment grâce à une stratégie de croissance externe dynamique conduisant à près de 25 acquisitions en moins de 5 ans. Son business model a également évolué en intégrant des technologies numériques. Le fonds a cédé sa participation à Naxicap Partners en 2021.

Décideurs. Quelles sont les raisons qui ont motivé votre investissement dans Lagarrigue ?

Marie Arnaud-Battandier. Lagarrigue était une société que nous avions déjà repérée lorsqu’elle était dans le portefeuille d’Azulis Capital, et ce, pour plusieurs raisons concrètes. Tout d’abord par son business dans le secteur de la santé avec pour vocation d’améliorer la vie des patients atteints de handicap en leur permettant de vivre le plus normalement possible mais aussi en tenant compte de son potentiel de développement en France comme à l’international avec une équipe de passionnés possédant de fortes compétences métier. Par ailleurs, Lagarrigue avait son propre logiciel, développé en interne, et le potentiel digital était énorme.

Au-delà de ces marqueurs stratégiques, la rencontre avec le management a été déterminante. Alain Montean, prothésiste de formation et passionné, venait du métier, et Jean-Pierre avait une vision stratégique. Nous partagions cette même énergie et nous nous sommes reconnus dans ce que nous avions envie de construire ensemble pour Lagarrigue.

"Ensemble, nous avons vu aboutir pas moins de 25 acquisitions" Marie Arnaud-Battandier

Que recherchiez-vous dans votre relation avec un fonds d’investissement ?

Jean-Pierre Mahé. J’ai rejoint l’entreprise en 2009 alors que nous étions accompagnés par un fonds régional, iXO Private Equity. Puis Azulis est monté à notre capital. À ce moment de notre histoire, nous nous développions autour de l’appareillage orthopédique sur mesure destiné à des personnes en situation de handicap temporaire ou permanent, ceci notamment au moyen de croissances externes dans l’Hexagone. Cette volonté stratégique a été couronnée de succès. Lorsqu’il a fallu trouver un nouveau fonds d’investissement, nous avons cherché à aller au-delà avec une structure capable de nous accompagner dans notre croissance à l’international et ouverte aux évolutions potentielles de notre business plan. Par ailleurs, nous avions le désir de nous adosser à une belle image pour cette nouvelle étape.

"Aujourd’hui notre objectif n’est pas d’être le numéro un mondial mais de toujours positionner le patient au cœur de nos préoccupations" Jean-Pierre Mahé

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur Ardian ?

J.-P. M. Pour être honnête, compte tenu de la taille du groupe en 2016, cela me semblait presque irréel d’être accompagnés par Ardian. Pour autant, le courant est passé très vite entre nous ce qui a permis de bâtir facilement une relation de confiance. Nous avons été rassurés par leur capacité à nous conseiller dans nos premiers pas à l’international et à structurer notre pôle d’innovation. Ce qui nous a fait franchir un cap avec une énergie qui correspondait vraiment à la nôtre.

Pour l’anecdote, dans la dernière ligne droite, il ne restait que trois fonds. Nous avons organisé trois dîners. Je ne garde pas vraiment de souvenir des deux premiers, alors que le troisième, celui avec Ardian, s’est déroulé pendant la demi-finale du championnat d’Europe de foot que l’équipe de France a gagnée contre l’Allemagne. Sans doute un signe, car il y a aussi une petite part d’irrationnel dans tout cela.

M. A.-B. On en rit ensemble maintenant mais nous avons été bien mis à l’épreuve !

"La force de l’entrepreneuriat est de savoir bien s’entourer pour aller plus vite et plus loin" Marie Arnaud-Battandier

Comment s’est mis en place ce partenariat et se sont répartis les rôles ?

M. A.-B. L’image du fonds d’investissement intrusif mais apportant peu de valeur persiste. Pourtant chez Expansion - Ardian, nous travaillons toujours avec une logique « management friendly », en collaborant avec les dirigeants et en leur mettant à disposition notre « boite à outils » sans jamais nous impliquer dans la gestion au quotidien.

L’équipe de Lagarrigue a été tout de suite à l’écoute et nous avons beaucoup échangé sur les sujets de consolidation en France pour bénéficier d’un contexte de marché favorable, puis sur la stratégie d’internationalisation. Jean-Pierre a d’abord beaucoup voyagé pour se permettre une période de réflexion avant de se lancer. La croissance a ensuite démarré dans des pays limitrophes et francophones comme la Suisse et la Belgique puis s’est accéléré, notamment en Amérique du Nord. Ensemble, nous avons finalement vu aboutir pas moins de 25 acquisitions.

Le travail sur la digitalisation, avec une belle pépite déjà présente au sein du groupe, s’est poursuivi. De même sur la question de l’intégration de la production qui a été débattue, tout comme le sujet de la RSE qui était déjà une valeur forte chez Lagarrigue. Tous ces sujets vont bien au-delà du financement.

J.-P. M. Nous ne voulions pas embarquer avec un fonds d’investissement qui aurait voulu tenir le volant en même temps que nous. Nous connaissons très bien notre métier mais nous avons besoin de soutien pour la structuration de notre business et pour partager notre stratégie. Nous cherchions donc plutôt un co-pilote.

Ardian nous a offert l’opportunité d’être entourés de conseils pertinents pour notre croissance qui nous ont accompagnés dans la réalisation de notre plan de développement. Par exemple, Rodin, notre logiciel, partageait sa place de leader avec une société canadienne, Vorum. Nous l’avons acquise en 2020, et sommes ainsi devenu le leader mondial en matière de digitalisation orthopédique non invasif. De même pour notre internationalisation qui n’a pu se faire qu’après avoir atteint la place de leader en France.

Enfin, l’équipe nous a accompagnés pour nous placer sur la rampe de lancement des sujets d’impact. Nous avons mis un gros focus sur la formation, ainsi que la RSE afin d’étudier nos marges de progression et bien sûr améliorer notre empreinte tant sur le monde que sur la compensation du handicap.

Je voudrais ajouter que je trouve courageux pour un fonds de s’engager aux côtés d’une société, de voir au-delà de la performance financière et de poser les jalons de projets qui porteront leurs fruits après sa sortie. Et je dirai la même chose si Marie ne partageait pas cette interview avec moi.

M. A.-B. Si on arrive à créer cette relation de confiance, le partenariat devient vraiment beaucoup plus fort. Par ailleurs, nous investissons dans d’autres sociétés ce qui nous permet d’anticiper des facteurs de risques ou d’opportunités. La force de l’entrepreneuriat est de savoir bien s’entourer pour aller plus vite et plus loin.

"Le groupe Lagarrigue est devenu Eqwal durant l’été 2022" Jean-Pierre Mahé

Quelles sont vos prochaines étapes de développement ?

M. A.-B. Même s’ils sont entre de très bonnes mains, j’espère que nous leur manquons un peu ! Mais je suis parfaitement confiante sur les prochains développements du groupe avec Jean-Pierre et ses équipes.

J.-P. M. De plus, nous n’avons pas complètement perdu le lien avec Ardian puisque notre financeur privé est aujourd’hui l’activité Private Credit d’Ardian.

Quant à l’avenir ? Il se présente sous les meilleurs augures. Nous avons changé complètement de dimension au cours des dernières années. Nous comptons près de 200 agences dans le monde, et la volonté de faire progresser ce maillage international.

Durant l’été 2022, le groupe Lagarrigue est devenu Eqwal, avec un « W » signifiant « Worldwide », afin d’être représentatif de notre ADN : s’engager pour l’égalité et l’équité des chances.

En situation de handicap, la vie n'est pas vraiment égale partout dans le monde. Aussi nous souhaitons agir au travers de la Fondation Eqwal dans des pays plus défavorisés et dont l’accès aux soins est problématique. Elle soutient ces personnes notamment à travers les loisirs, le sport et la culture et a vocation à intervenir plus particulièrement dans des pays en voie de développement ou en situation de guerre, comme récemment avec la mission humanitaire que nous avons organisée en Birmanie. Sans oublier notre soutien à des projets associatifs en faveur de l'environnement.

🔎 À la loupe 

  • Entrée d’Ardian : 2016
  • Sortie d’Ardian : 2021 au profit de Naxicap Partners
  • Chiffre d’affaires : plus de 300 millions d’euros
  • Effectif : 2500 personnes
  • Implantation : France, Suisse, Belgique, Allemagne, Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Italie

Propos recueillis par Béatrice Constans