Les mesures de confinement et la mise en sommeil artificiel de nombreux secteurs économiques auront des conséquences majeures sur la croissance. Les analystes s’interrogent cependant sur l’ampleur des dégâts et la forme que prendra la courbe de reprise économique, une fois la crise du Covid-19 derrière nous.

L'épidémie de Covid-19 a émergé en Chine dans la ville de Wuhan en décembre 2019. Il n’a dès lors fallu que quelques semaines pour que le virus se répande aux quatre coins du monde. Pour protéger les populations, la plupart des gouvernements ont pris des mesures de confinement très strictes, n’hésitant pas à plonger leur économie dans un coma artificiel. Des choix politiques compréhensibles dont les déflagrations sont d’une extrême violence pour la croissance – au premier trimestre 2020 le PIB français s’est déjà effondré de 6  % –, mais aussi pour l’emploi. Plus de 10 millions de salariés sont en chômage partiel dans l’Hexagone. Aux États-Unis, la situation est également difficile puisque 25 millions d’Américains ont perdu leur emploi depuis le début de la crise sanitaire.

Gouvernements et banques centrales à la manoeuvre 

Du côté des pouvoirs publics, tout est mis en œuvre pour que les conséquences du choc soient limitées. Contrairement à la crise de 2008, les banques centrales ont réagi très rapidement. "Christine Lagarde, en reprenant à sa façon le "quoi qu’il en coûte" d’Emmanuel Macron, s’est placée en héritière directe de Mario Draghi et de son "Whatever it takes"  ", relève Wilfrid Galand, directeur stratégique chez Montpensier Finance. Pour leur part, "la Fed et le trésor américain agissent de façon coordonnée. La Réserve fédérale américaine achète ainsi les 
titres émis par le département du trésor des États-Unis sur les marchés." 
 En ce moment, elle en acquiert 75 milliards de dollars par jour. Des montants qui sont très nettement supérieurs à ceux qui étaient appliqués lors des précédentes opérations de quantitative easing (QE).

"Entre l’Europe et les États-Unis, pas moins de 8 000 milliards d’euros ont été injectés dans l’aide aux entreprises et aux ménages" Jean-Jacques Friedman

Les gouvernements ne sont pas en reste. En France, l’exécutif a mis en œuvre des mesures d’urgence pour un total de 110 milliards d’euros. En Allemagne, 350 milliards ont été consacrés à cet effet. Aux États-Unis, les montants sont stratosphériques avec un plan de 2 000 milliards de dollars. "Entre l’Europe et les États-Unis, pas moins de 8 000 milliards d’euros ont été injectés dans l’aide aux entreprises et aux ménages à travers un ensemble de mesures budgétaires et monétaires", précise Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Natixis Wealth Management.

Si ces dispositions sont d’une envergure exceptionnelle, nombreux sont ceux qui regrettent l’absence de concertation internationale. Un reproche dont Wilfrid Galand se fait l’écho : "Le G7 et le G20 n’ont jusqu’ici pas joué leur rôle. À l’instar de la politique menée par Donald Trump, la tendance est au bilatéralisme. Les frontières se sont durcies. Le coronavirus favorise le repli sur soi. Même s’il y a eu récemment de vraies avancées, l’Europe n’échappe pas à cette tendance." On ne peut pas non plus s’attendre à ce que les gouvernements et les banques centrales résolvent à elle seules cette crise. Ils ne pourront pas créer une demande qui n’existe plus. "Tant que le virus ne meurt pas, l’économie ne redémarrera pas", prédit Alain Guélennoc, directeur général chez Federal Finance Gestion. 

Effet rattrapage 

Une fois les mesures de confinement levées, peut-on espérer un "effet rattrapage" sur la croissance ? La réversibilité du choc économique provoqué par les mesures de confinement dépendra de l’efficacité des plans d’urgence et des dispositifs de relance qui seront instaurés une fois la crise passée. Il faudra également veiller à ce que la reprise de l’activité économique ne favorise pas une deuxième vague de contagion. Wilfrid Galand se montre prudent : "L’effet rattrapage aura lieu mais demeurera incomplet. Il se concrétisera probablement en deux ou trois temps. Un premier assez lent au moment du déconfinement, puis un second, plus dynamique, lorsque le virus va se retirer." Didier Saint-Georges de Carmignac met également en garde : "Les chocs violents sont en général suivis d’hystérésis, comme le fut celui de 2008, sous la forme d’effets durables sur la confiance, la propension à épargner, l’emploi, les chaînes d’approvisionnement."

"Le scénario d’une reprise en V me paraît quand même difficile à imaginer" Alexandre Baradez

Le rôle des gouvernements sera donc essentiel. À eux de donner les impulsions nécessaires à la reprise de la consommation et des investissements. Christophe Barraud, économiste et stratégiste chez Market Securities ne dit pas autre chose : "Sans stimulus fiscal, il est très difficile d’imaginer une reprise du  secteur de l’automobile et de l’immobilier. Les plans de relance tenteront d’orienter les dépenses vers les secteurs qui ont le plus souffert."

Capacité de rebond ?

Le scénario central présenté par les économistes prend une forme située entre le U et le V où le redémarrage de l’économie serait lent. La vitesse de réaction des banques centrales et des gouvernements peut alimenter l’idée d’une reprise plus rapide de l’économie. "Mais, face à l’ampleur du choc, le scénario d’une reprise en V me paraît quand même difficile à imaginer", souligne cependant Alexandre Baradez d’IG Markets. Philippe Waechter, Directeur de la recherche économique chez Ostrum AM, rappelle d’ailleurs qu’avant la crise les économies occidentales n’avaient pas une croissance très importante. "La dynamique économique sous jacente est donc limitée. La capacité de rebond est par conséquent réduite. Selon nos prévisions, en France, c’est entre 2023 et 2026 que le PIB retrouvera son niveau moyen de 2019." 

Le scénario présenté par Montpensier Finance résume l’esprit des acteurs de la place. "La reprise pourrait prendre une forme située entre un U et une racine carrée inversée. Le redémarrage sera lent, puis nous aurons une phase d’accélération suivie d’une période de progression plus poussive."

Les chiffres varient très fortement selon les études. Pour 2020, la zone Euro devrait voir son PIB fondre entre 3,4 % (JP Morgan) et 7,5 % (FMI) avant de connaître un rebond significatif. Même son de cloche aux États-Unis. Foyer originel de l’épidémie, la Chine devrait éviter la récession cette année. Les anticipations font état d’une croissance de 1,2 % de son PIB en 2020 avant d’accélérer fortement à plus de 9 % en 2021.

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Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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