Exit les soirées d’anniversaire, de mariage, ou encore les pots de départ. Chez les jeunes urbains chinois, la tendance est à célébrer sa démission. En quête de sens au travail, la nouvelle génération ne veut plus se tuer à la tâche et appelle à fêter la démission comme une libération.

Alors que la Grande démission connaît une certaine popularité outre-Atlantique, surprise : l’empire du Milieu voit également ses jeunes démissionner en masse. Si le travail est au centre de la vie des anciennes générations, en revanche, pour la nouvelle, il n’en est plus question. Une tendance étonnante dans ce pays connu pour sa fermeté.

GenZ : une rupture avec la valeur "tout travail"

C’est un phénomène plutôt surprenant pour la Chine : la démission devient un acte populaire et célébré comme un événement marquant. Dans un pays qui consacre le rythme de travail 996 (qui consiste à travailler de 9h à 21h, six jours par semaine) les démissions s’accumulent chez les sociétés financières et les géants de la tech pourtant populaires auprès de la GenZ : Alibaba, le géant du commerce en ligne, l’indétrônable Huawei, ou encore ByteDance, le propriétaire de TikTok dont les cadences de travail sont connues pour être particulièrement dures.

Depuis les confinements successifs et malgré la politique du zéro Covid, les employés n’acceptent plus le caractère routinier de leur travail. D’autant plus que l’économie chinoise peine à repartir et que les salaires n’augmentent plus. En juin dernier, le chômage chez les 16-24 ans atteignait le chiffre record de 21,3%, signe d’une crise profondément culturelle qu’économique. Pour ces jeunes, il n’est plus question de se tuer à la tâche. Outre les conditions de travail, les jeunes diplômés cherchent davantage de liberté et de sens. Clamer haut et fort qu’ils sont épuisés par la culture de travail forcené qu’ont connue leurs parents est devenu leur fer de lance, qu’ils expriment notamment… sur TikTok.

Le loud quitting : célébrer son départ à grand bruit

Si le pays est loin de connaître une vague de démissions massives telle qu’aux États-Unis, le phénomène a attiré l’attention de la chaîne de restaurants Haidilao dont le personnel propose désormais de chanter une "joyeuse démission". Il n’est plus question de choisir la discrétion. C’est sur Xiaohongshu, le réseau social des jeunes Chinois urbains, que la "fête de démission" voit le jour. Des centaines de personnes mettent en scène sur les réseaux sociaux leur démission au restaurant, entourées de leurs amis.

Champagne, gâteaux, cadeaux, banderoles accrochées aux murs, pancartes humoristiques : tout laisse à penser qu’il s’agit d’une soirée d’anniversaire. Ornées de messages satiriques pour se moquer de la propagande consacrant le travail comme fin en soi, les banderoles sont avant tout un acte symbolique et collectif contre le régime. Une manière de rejeter le modèle actuel, et de marquer, à travers une forme de contre-culture, une différence nette avec les générations précédentes.

Repenser le marché du travail

Bien que l’acte puisse faire sourire, il est en réalité révélateur d’un mal-être ancré chez les jeunes cols blancs chinois. Début mai, le président Xi Jinping encourageait la jeunesse du pays à établir de "grands idéaux" et à intégrer leurs objectifs personnels dans la "vision" plus large de la nation et du peuple chinois, déclarant que "l’espoir de la Chine réside dans la jeunesse". Mais beaucoup de ces jeunes s’y refusent, frustrés par les incertitudes croissantes et le manque d’opportunités économiques, et appellent à "tǎng píng (rester coucher)" et à "bǎi làn (laisser pourrir les choses)". Des termes volontairement négatifs qui annoncent une nouvelle forme de contre-culture : cette jeunesse refuse la pression, fait des choix aux antipodes de la culture chinoise en préférant un travail moins stressant mais moins bien payé, au profit d’une vie plus équilibrée.

Surveillant de parking, technicien de surface, ou encore critique de produits ont le vent en poupe. Des choix professionnels révélateurs d’une quête de meilleure qualité de vie, leur permettant de mettre leurs hobbies et centres d’intérêt au cœur de leur métier (apprendre l’anglais grâce au contact client, avoir du temps pour soi, etc.). Un mouvement qui, manifestement, n’est pas près de s’arrêter, et doit poser aux entreprises chinoises de nouvelles questions : comment attirer les talents et les retenir, dans quelles conditions, avec quels avantages ? La balle a changé de camp, et il y a fort à parier qu’un nouveau secteur, valorisant l’innovation RH, émerge – contre toute attente – en Chine dans les prochaines années.

Alexis Ellin

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