Être l’avocat de référence des entreprises de croissance lorsqu’elles réalisent leurs opérations financières : le rêve de tous les cabinets. Certains ont développé des programmes d’accompagnement juridique, dispensés gracieusement, ou presque, à une poignée d’entrepreneurs en devenir. Retours d’expérience avec August Debouzy et DS Avocats.

Début juillet, une opération faisait grand bruit dans le petit milieu de la legaltech : l’éditeur de logiciels pour les directions juridiques DiliTrust achetait la start-up Hyperlex, spécialisée dans la gestion des contrats. La transaction, survenue à peine quelques semaines après l’annonce d’une levée de 130 millions d’euros par Dilitrust, n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans le coup de pouce d’un cabinet installé rue de Téhéran

Car quelque part, l’histoire d’Hyperlex commence chez August Debouzy. La start-up fait partie des sociétés qui ont bénéficié du programme d’accompagnement juridique Start You Up, mis en place en 2013. Chaque année, le cabinet accompagne entre cinq et sept aspirantes start-up. Il n’est pas le seul : depuis six ans, les jeunes pousses en devenir peuvent aussi passer les portes du cabinet DS Avocats. Son programme We Law You sélectionne une fois par an trois start-up parmi une quarantaine de candidatures, proposées notamment par l’incubateur de HEC et ensuite confrontées à un jury composé d’avocats du cabinet et de professionnels externes – dont le fondateur de made.com, par exemple. Il y a deux ans, le programme s’est ouvert aux candidats africains. Les deux cabinets sont clairs : ni Start You up ni We Law You ne se définissent comme des incubateurs. En tout cas, "pas au sens strict du terme, développe Laure Khemiri, counsel en coporate chez August Debouzy. On fournit des conseils juridiques. Mais il y a une dimension proche de celles d’un incubateur, car nous sélectionnons les dossiers sur la base de leur potentiel." À l’automne, les candidats envoient au programme un dossier qui présente leur activité et un business plan – "les mêmes documents que ceux envoyés à des investisseurs". L’équipe business development effectue un premier tri, affiné ensuite par un jury d’avocats. Une journée de pitch face au jury plus tard, les cinq heureux élus sont identifiés.

Prêt à lever

Qu’August Debouzy ait lancé ce programme n’a rien d’un hasard. "Au moment de sa création, le cabinet était presque une start-up du droit, fondée notamment grâce à la confiance de grands groupes, qui a connu une croissance fulgurante, explique Laure Khemiri. Les associés voulaient redonner ce qu’eux avaient reçu." À leur façon : avec du temps de conseil juridique pour les sociétés qui en ont le plus besoin, les start-up. Le sujet est crucial pour ces structures, bien qu’elles ne le voient pas nécessairement comme une priorité. Bonus, si l’une des jeunes pousses accompagnées développent une synergie avec un client du cabinet, les cabinets peuvent jouer les entremetteurs. Chez August Debouzy comme chez DS Avocats, le principe est le même : le programme est gratuit, ou presque. Deux cents euros par mois pour deux cents heures d’avocats pendant un an chez le premier (levées de fonds non comprises), des médailles offrant des prestations juridiques chez le second – 15 000 euros d’équivalent honoraires pour l’or, 10 000 euros pour l’argent, 5 000 pour le bronze. 

Grâce aux avocats, les start-up peuvent préparer leurs contrats de travail, mettre à jour leur propriété intellectuelle, peaufiner les documents sur leur actionnariat. Faire en sorte que tout soit immaculé le jour où elles seront auditées en somme. Les lauréats demandent aussi à être accompagnés sur les volets contentieux ou réglementaires. En fin de programme, l’objectif est qu’ils aient réussi à structurer les sujets juridiques les plus importants et puissent se construire sur des bases solides, propices à des levées de fonds plus sereines.

Coup de jeune

Évidemment, les projets accompagnés ne sont pas les seuls à y trouver leur compte. Laure Khemiri pense même qu’August Debouzy "a aussi tout intérêt à aider les start-up". Start You Up et We Law You permettent aux cabinets de se faire un nom au sein de cet écosystème en plein essor, de se présenter aux acteurs de la tech et autres jeunes promesses du milieu. La stratégie semble fonctionner : August Debouzy reçoit un nombre croissant de candidatures, "car les start-up communiquent beaucoup entre elles". We Law You, chez DS Avocats, attire régulièrement des candidats qui ont déjà levé 3 ou 4 millions d’euros. Sans compter l’après-programme : "Une start-up qui aura réussi sa levée de fonds avec notre aide pourrait s’appuyer sur notre expertise dans les autres domaines du droit des affaires pour l’accompagner dans son développement, à l’international, en environnement, immobilier, IPIT, fiscal, droit social…"", explique Bernard Tézé, associé en droit des sociétés chez DS Avocats. L’initiative plaît aussi aux clients des cabinets, "notamment les grands groupes qui investissent eux-mêmes dans les start-up", déclare Laure Khemiri.

Les équipes d’avocats en tirent aussi de nouvelles méthodes de travail. "Les start-up attendent des réponses très pratiques et rapides, précise la counsel. On apprend à leurs côtés, on forme nos jeunes avocats." DS Avocats, explique Arnaud Burg, associé et membre du comité de direction du cabinet, mise sur son programme, attractif auprès des jeunes collaborateurs, pour "rajeunir l’image du cabinet d’affaires classique". We Law You est un vecteur de communication interne positive. Et pour ne rien gâcher, "la journée est généralement un très bel événement, qui apporte une énergie stimulante. Les jeunes sont enthousiasmants et enthousiasmés, dynamiques et inspirants." Peut-être une piste, parmi d’autres, pour raviver la flamme entre les cabinets d’avocats et les jeunes collaborateurs, lesquels se montrent ces dernières années plus difficiles à recruter et à fidéliser.

Olivia Fuentes

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