Depuis près de trente ans, Isabelle Ayache-Revah met sa culture juridique et son tempérament opiniâtre au service des entreprises et des dirigeants qu’elle accompagne. Experte en droit social, celle qui est à l’initiative du cabinet Raphaël Avocats est passée maître dans l’art de dénouer des problématiques humaines. Avec une énergie et une élégance hors du commun. Portrait d’une avocate qui décoiffe.

Les apparences sont parfois trompeuses. Physique menu, style classique, bureaux situés au cœur du quartier des affaires, Isabelle Ayache-Revah pourrait passer inaperçue dans le monde des cabinets d’avocats. Ce serait sans compter sur son franc-parler déroutant, son humour décapant et son charme naturel. Sans compter aussi son parcours atypique. Quel autre avocat du barreau de Paris a été élève infirmière et dispose d’une maîtrise d’Histoire ? Quel autre avocat du barreau de Paris a-t-il démarré une carrière dans l’une des structures les plus prestigieuses du pays, tout en assumant pleinement sa vie de mère de famille ?

"Elle connaît la vie, la vraie", témoigne l’ex-bâtonnier Francis Teitgen, ne cachant ni son amitié ni son admiration. Pas question toutefois de mettre en avant ses expériences multiples. Pour cette experte du droit social, réputée pour sa technicité, seule compte la réussite des dossiers. Sur des sujets purement juridiques bien sûr, mais aussi sur des aspects plus stratégiques, humains, culturels... Que ce soit en conseil ou au contentieux. Fine oratrice, celle qui représente principalement des entreprises ou des dirigeants a le verbe haut et le sens de la répartie. "Elle est très puissante lorsqu’elle plaide. Elle a véritablement un impact", note Anne-Catherine Ropers, DRH du Crédit Agricole CIB, qui fait appel à la juriste depuis de nombreuses années. Capable de négocier, d’argumenter, de répondre présent à tout moment, de dénouer des problématiques sensibles, avec une vision globale et humaine sans jamais se laisser impressionner ni déstabiliser, Isabelle Ayache-Revah est une avocate tout terrain. Et si elle est une travailleuse acharnée, cette mère de famille qui aime la culture, l’histoire et la musique sait consacrer du temps à son mari et à ses trois fils, forçant ainsi l’admiration de ceux qui l’entourent. "Elle est partout, poursuit Anne-Catherine Ropers. C’est une lionne à la fois sur le plan professionnel et pour sa vie de famille." "Une femme délicieuse, estime Francis Teitgen. Et une avocate formidable."

"J’aime batailler, j’aime blaguer, j’aime quand ça bouge"

Si elle maîtrise depuis plus de vingt-cinq ans les rouages du métier, rien ne destinait Isabelle Ayache-Revah à arborer la robe noire. "Quand j’étais enfant, je rêvais d’être chef d’orchestre… ou bien chirurgien", explique-t-elle avec le sourire qui la caractérise. Parce qu’elle veut se sentir utile, Isabelle Ayache-Revah choisit de devenir infirmière. Elle découvre alors le système hospitalier, avec sa hiérarchie, son cadre. "Ce n’était pas fait pour moi", reconnaît cet esprit libre qui ne regrettera jamais son choix de vie initial. Mieux encore : elle fera de cet épisode une force. "Pour être infirmière, l’empathie et la distance sont indispensables, note Francis Teitgen. Deux traits de caractère qui sont également essentiels pour un avocat." Décidée à trouver sa voie, Isabelle Ayache-Revah s’inscrit en faculté d’histoire et aspire à devenir professeur. Une expérience de courte durée. "J’aime batailler, j’aime blaguer, j’aime quand ça bouge", explique celle qui bifurquera finalement vers le juridique. Une révélation pour Isabelle Ayache-Revah qui cerne très vite l’utilité de la matière juridique : "C’est un trousseau de clés qui permet de résoudre un grand nombre de situations problématiques". Ses disciplines de prédilection lorsqu’elle est étudiante ? Le droit des affaires et le droit de la concurrence. 

"Depuis toujours, j'aime ferrailler, débattre, convaincre. Ce métier était fait pour moi"

Des rencontres déterminantes

Isabelle Ayache-Revah est déterminée : elle sera avocate. "Depuis toujours, j’aime ferrailler, débattre, convaincre, assure-t-elle. Ce métier était fait pour moi." Une fois son diplôme en poche, ne disposant d’aucun réseau ni d’aucun piston, la jeune femme – qui a donné naissance depuis peu  à son premier enfant – sonne aux portes des maisons les plus prestigieuses. Son parcours atypique et sa maturité interpellent un certain Hubert Flichy, alors associé chargé du département droit social au sein du cabinet Gide. Une occasion en or pour la jeune juriste qui apprendra le métier aux côtés de cette figure du droit du travail. Progressivement, l’avocate forge son analyse, capte les situations, appréhende la relation avec les clients. Si bien qu’elle devient, pour eux, un soutien indispensable. La preuve : certains, comme la société Def, spécialisée dans les systèmes de sécurité incendie, solliciteront encore son savoir-faire vingt-cinq ans plus tard. "C’était une période intense, mais formidable", explique cette indépendante qui, au bout de trois ans, aspire à monter son propre cabinet. Pour répondre aux attentes de ses clients et mener à bien les dossiers qu’ils lui confient, elle redouble d’efforts. Parfois jusqu’à l’épuisement, reconnaît l’avocate, sans fausse pudeur.

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Quelques mois seulement après son installation comme indépendante, Hubert Flichy lui propose de le rejoindre comme associé fondateur. Non pas chez Gide, mais au sein de la structure qu’il souhaite fonder avec deux autres collaborateurs Pascale Lagesse et Philippe Montagnier. Isabelle Ayache-Revah accepte et participe à l’aventure de Flichy et associés, qui deviendra plus tard le cabinet Flichy Grangé. Sans perdre son indépendance, sa méthode ou ses clients. Pendant neuf ans, l’associée pilote son équipe, accompagne des entreprises – des petites comme des grandes telles que la BNP ou le groupe Jean-Louis David – ou des dirigeants, et mène à bout des dossiers "lourds" aux enjeux stratégiques forts. Elle gère également les collaborateurs, les salariés et les finances.

Authenticité et côté "cash"

"J’aime accompagner mes clients, les aider à progresser, à évoluer, à changer de paradigmes", explique celle qui a piloté des restructurations sociales d’envergure dans divers secteurs. Et pour mettre en place des mesures innovantes et dénouer des situations de crise, l’avocate n’hésite pas à bousculer ses interlocuteurs, principalement des DRH :  "Nos clients arrivent avec des problématiques humaines, poursuit-elle. Notre rôle est de leur apporter des réponses juridiques. Les solutions à mettre en œuvre dépassent bien souvent le cadre du droit." 

"Elle ne passe pas par quatre chemins pour dire les choses. Elle sait dire ce qu'on ne veut pas entendre"

La marque de fabrique d’Isabelle Ayache-Revah ? Son authenticité, son style direct, son côté cash. "Elle ne passe pas par quatre chemins pour dire les choses, souligne Anne-Catherine Ropers. Elle sait dire ce qu’on ne veut pas entendre." "Je ne suis pas du genre à hurler avec les loups",affirme celle qui n’a pas peur de déplaire. Lorsqu’un dossier est  "mauvais", elle le dit. Lorsqu’un dirigeant tente de lui cacher des éléments, elle refuse de l’accompagner. "Je suis profondément honnête. Quand je donne ma parole, je m’y tiens. J’attends la même chose de mes clients." Autre marqueur indiscutable de l’avocate : son habileté intellectuelle lorsqu’il s’agit de négocier ou de plaider. "Elle sait dénicher de façon précise ce qui fera vaciller son adversaire et défendre son client avec conviction, témoigne Francis Teitgen. Avant de poursuivre, amusé : "Quand elle tient un argument percutant, on peut le deviner à un petit sourire malin et discret sur son visage." Isabelle Ayache-Revah serait-elle une provocatrice ? "Elle est toujours très respectueuse", complète sans détour l’ancien bâtonnier. "Disons que, lorsqu’elle trouve une braise, elle n’a pas peur de souffler dessus, observe de son côté Anne-Catherine Ropers. Elle est fulgurante."

Creuser son sillon

En 2008, l’intéressée quitte le cabinet Flichy pour monter une nouvelle structure avec Marion Ayadi, sa première collaboratrice depuis plusieurs années. "Nous n’avons pas eu besoin de réfléchir. Nous nous connaissions, nous apprécions humainement et savions que nous étions complémentaires", assure Isabelle Ayache-Revah qui n’a jamais eu l’ambition d’apposer son nom sur une plaque. Mais plutôt de créer une structure solide. Une entreprise susceptible de survivre à ses fondatrices. Son nom ? Raphaël. "C’est un archange guérisseur, cela avait du sens pour nous", précise celle qui continue d’exercer de la même façon depuis des années. Avec, envers ses clients, le même engagement de loyauté. D’agilité aussi. Et pour préserver cette agilité, Isabelle Ayache-Revah sait qu’elle doit conserver une structure à dimension humaine. "J’apprécie particulièrement sa flexibilité et sa disponibilité, confie Anne-Catherine Ropers. J’ai en elle une confiance absolue, lorsqu’il s’agit de répondre rapidement à mes questions ou de parler en mon nom. Elle est absolument irréprochable sur le plan déontologique." Et si, sur son bureau de la rue de la Boétie, la pile de dossiers ne baisse jamais, c’est avant tout grâce au bouche-à-oreille. Isabelle Ayache-Revah n’est pas du genre à écumer les cocktails pour se faire connaître. Cette femme aux goûts simples préfère inviter ses amis, se plonger dans un livre, cuisiner pour ses proches, chanter. "En plus de son rôle d’avocate, de mère, d’épouse, c’est une vraie copine, attentive, fidèle, présente, témoigne Martine Seror, avocate également. Elle est épatante." Comme si rien, ni les hommes ni la charge de travail ni le temps qui passe, ne pouvait empêcher Isabelle Ayache-Revah de creuser son sillon. Avec finesse et panache. 

Capucine Coquand

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