Scientifique brillante, reconnue mondialement, Valérie Masson-Delmotte est devenue au fil des années une figure incontournable et respectée de la cause climatique. Une reconnaissance qui l’a conduite à être sollicitée pour former le gouvernement sur ces enjeux.

 Valérie Masson-Delmotte naît à Nancy en 1971 de parents professeurs d’anglais. Diplômée de l’École centrale en 1993, elle intègre le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). L’intitulé de sa thèse : "Simulation du climat de l’Holocène moyen à l’aide de modèles de circulation générale de l’atmosphère ; impact des paramétrisations." Ses recherches portent sur les évolutions du climat passé et futur, participant par exemple à la reconstruction de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère sur les 800 000 dernières années ou à une étude de l’impact du réchauffement climatique sur l’Antarctique en 2070. Fastoche.

Lumière

Mais Valérie Masson-Delmotte n’est pas du genre à s’enfermer dans son labo. Elle prend une part active pour éclairer, arguments scientifiques à l’appui, le débat public. C’est ainsi qu’elle est à l’origine, en 2010, de "l'Appel des 400" qui dénonçait les propos climatosceptiques de personnalités comme Claude Allègre. Elle publie également un livre : Climat : le vrai et le faux, qui démonte un a un leurs arguments et dénonce une croyance excessive, pour ne pas dire idolâtre, dans les capacités de la technologie à nous sortir de l’ornière. Plus tard, elle prend la coprésidence du groupe numéro un du Giec, elle s’implique dans le Haut Conseil pour le climat, instance indépendante qui évalue les actions climatiques du gouvernement, s’engage pour la Convention citoyenne pour le climat, et enchaîne plus largement les apparitions médiatiques afin de faire entendre une voix de raison dans un flot "don’t look upesque" d’informations. De là à faire de la politique ? Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, lui aurait proposé de rejoindre le gouvernement à la suite de la réélection d’Emmanuel Macron. "Je ne veux pas être un prête-nom et, surtout, je ne pense pas avoir les compétences nécessaires. Peut-être aussi que je ne suis pas assez égoïste", confiera-t-elle au Monde.

Elle prend une part active pour éclairer, arguments scientifiques à l’appui, le débat public

Flegme

Dans sa vie personnelle, Valérie Masson-Delmotte tente de mettre ses actes en accord avec ses paroles. Elle fait le bilan carbone de sa famille, est devenue végétarienne, se déplace à vélo, tente de réduire au maximum ses déplacements professionnels… Face aux collapsologues, effondristes et autres diseurs de mauvaise aventure, elle offre, tout en partageant en grande partie leur constat, un engagement sobre, une obstination calme, une raison gardée rassurante. Ils s’étouffent de voir Kylian Mbappé s’esclaffer à l’idée de rejoindre Nantes en train plutôt qu’en avion ? Elle préfère souligner qu’il ferait "un excellent ambassadeur" pour le climat. Car elle l’assure à qui veut l’entendre : "Il n’est pas trop tard !" Nous avons toutes les solutions à notre disposition pour arriver à relever ce défi… à condition de ne plus procrastiner.


Dans ce monde incertain, et face au fatalisme grandissant, Valérie Masson-Delmotte est une présence rassurante dans notre champ de vision. Elle devrait bientôt s’envoler, dès 2023, pour l’Antarctique afin de participer à un vaste projet européen de recherche. Nous pouvons nous en réjouir pour la science, un peu moins pour notre éco-anxiété latente.

Antoine Morlighem 

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