Et si on balançait des milliards de particules d’aérosols dans l’atmosphère ou de poussières dans l’espace pour bloquer les rayons du soleil et ainsi réduire artificiellement la température de notre planète ? C’est le nouveau rêve démiurgique de certains scientifiques et entrepreneurs : prendre le contrôle de notre climat comme on tournerait de gauche à droite la molette d’un radiateur. Déconstruction d’un concept dangereux à plus d’un titre.

Pourquoi s’enquiquiner à réinventer nos économies et nos sociétés pour les réaligner avec les limites planétaires quand on pourrait juste les repousser ? Au diable les causes, occupons-nous plutôt des conséquences clament donc les tenants de la géo-ingénierie, dans une vision techno-solutionniste poussée à son extrême. Une paresse intellectuelle doublée d’une impasse technique, pratique et philosophique qui doit être combattue alors qu’une start-up américaine se targue d’avoir effectué un premier test grandeur nature, en dehors de tout encadrement, et que des scientifiques viennent de publier une étude visant à mettre entre nous et le soleil, une constellation de poussières.

Le climat est une horloge trop finement réglée, dont nous ne connaissons encore que trop peu les rouages, pour se lancer dans des expériences de savants fous

Volcanique

Pour faire simple, l’idée consiste à reproduire les effets d’une éruption volcanique, à l’image de celle du Tambora en 1815 dont les quantités de poussières propulsées dans l’atmosphère firent chuter la température de 5°C par endroits pendant les trois années qui suivirent. Au-delà de la complexité technique de la reproduction d’une telle entreprise à l’échelle planétaire, les conséquences pourraient être dramatiques. Ainsi, de nombreux experts estiment que les effets climatiques en chaîne de l’éruption du Tambora ont entraîné, pêle-mêle, des répercussions catastrophiques sur l’agriculture européenne avec une explosion du prix des céréales entre 1815 et 1817 provoquant une famine de 200 000 personnes sur le continent ; une perturbation du cycle de la mousson poussant les paysans à remplacer la culture traditionnelle du riz par celle du pavot, prélude à la crise de l’opium ; un dérèglement du pH des eaux du Bengale provoquant une mutation des bactéries du choléra… Le climat est une horloge trop finement réglée, dont nous ne connaissons encore que trop peu les rouages, pour se lancer dans des expériences de savants fous.

Aspirants aspirateurs

L’autre méthode développée pour influer sur le climat, consiste en de grands aspirateurs à CO2 qui extraient le carbone de l’atmosphère pour l’enfouir. Une technologie qui, dans l’état actuel de son développement, confine à l’impasse énergétique. Ainsi, comme le résume Jean-Marc Jancovici : "La seule manière de capter du CO2 qui soit énergétiquement rentable est de le faire à la sortie des centrales électriques et grosses usines (cimenteries), et même là, alors que le CO2 est très concentré dans la fumée, il faut utiliser pour cela de 15%  à 30% de l'énergie de l'usine concernée. Donc une fois que ce CO2 est dilué à 0,04% au-dessus de nos têtes, le rendement doit être bien pire, et possiblement négatif." Cela n’empêche pas les projets de se multiplier avec souvent, en coulisse pour les soutenir, des géants du secteur des hydrocarbures ou de la Silicon Valley.

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Carbonisé

Quand bien même la géo-ingénierie trouverait le moyen de produire une solution efficace pour limiter le réchauffement de la planète, elle n’adresse qu’une infime partie du problème. On a tendance à faire du carbone et de l’élévation des températures qu’il entraîne l’alpha et l’omega de la lutte climatique. Mais le défi est bien plus large : effondrement de la biodiversité, pollution des eaux, appauvrissement des sols, épuisement des ressources… autant de questions qui ne sauraient être résolues par le "simple" règlement de la question du carbone mais qui appellent au contraire à un réalignement global entre nature et culture. Carbonisé, le débat climatique contourne l’essentiel, s’appauvrit intellectuellement, et se condamne à louper sa cible. Ne laissons pas les apprentis sorciers du climat nous faire croire que nous pourrons faire l’économie d’une métamorphose.

Antoine Morlighem

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