Près de 500 000 chefs d'entreprise ont aujourd'hui plus de 60 ans et s'apprêtent à quitter la vie active dans les dix prochaines années. 1 entreprise sur 8 est concernée en France, trois millions d'emplois salariés sont directement impactés. Des commerces de proximité, des entreprises de services, des savoir-faire construits sur des décennies.
500 000 entreprises à transmettre : la franchise peut changer la donne
Quand on parle d'entrepreneuriat en France, on parle presque toujours de création. La start-up, le projet innovant, la rupture technologique. C'est séduisant, c'est vendeur. Mais ce n'est qu'une partie du sujet.
Le vrai sujet entrepreneurial de la décennie
L'autre partie, celle dont on parle peu, c'est la transmission. Elle est en train de devenir le vrai défi économique de la décennie.
Des entreprises saines, rentables, ancrées dans leurs territoires, risquent de fermer faute de repreneur. Pas parce qu'elles ne valent rien, bien au contraire. Mais parce que la transmission est encore trop souvent perçue comme un parcours du combattant : processus long et complexe, banques frileuses, asymétrie d'information entre cédant et repreneur, manque d'accompagnement. Résultat : les entreprises sous-investissent pendant la période de transition, elles attendent, elles vieillissent. Puis, au moment de la vente, les candidats se raréfient.
Ce n'est pas une fatalité. C'est un enjeu d'organisation collective.
Reprendre plutôt que créer : changer de regard
Il ne s’agit pas d’opposer reprise et création. Les deux ont leur noblesse, les deux ont leur logique. Créer, c'est partir d'une page blanche, construire quelque chose qui n'existait pas. C'est une aventure à part entière, et elle mérite tout le respect qu'on lui porte.
Reprendre une structure, c'est une autre forme de courage entrepreneurial, souvent sous-estimée. Vous reprenez un compte d'exploitation existant, une clientèle constituée, des équipes en place, un savoir-faire éprouvé. Cela peut s’avérer plus coûteux à l'entrée, certes. Mais les données le confirment : le taux de viabilité à 3 ans des entreprises transmises dépasse 85 %, contre 81 % pour les créations. Léger avantage pour la reprise.
Pourtant, combien de candidats à l'entrepreneuriat ne pensent même pas à la reprise ? Combien se découragent face à la complexité du processus avant d'avoir commencé ?
La question n'est pas de savoir si des repreneurs existent. Ils existent. La question, c'est de les trouver, de les former, et de les accompagner.
La franchise : un tremplin pour les repreneurs
C'est là que le modèle de la franchise peut jouer un rôle décisif. La franchise, c'est entreprendre avec méthode, accéder à un concept qui a fait ses preuves, à des outils opérationnels, à une formation continue et à un réseau de pairs. Cela permet de partager les risques sans renoncer à l'autonomie du chef d’entreprise.
Dans un contexte de transmission massive, ce modèle prend une résonance particulière. Parce qu'il s'adresse précisément à des profils qui n'ont pas forcément de background entrepreneurial, qui ne viennent pas d'une famille de commerçants ou d'une école de commerce, mais qui ont l'envie, l'énergie, et le sens du commerce. Des profils qui ont besoin d'un cadre pour se lancer : pas d'une béquille, mais d'un tremplin. Une transmission d'intelligence collective, au bénéfice de ceux qui arrivent.
Former, accompagner, transmettre : une responsabilité collective
Dans le réseau que j’ai la chance de présider, j'ai fait le choix, il y a plusieurs années, d'intégrer la formation continue dans le modèle économique : de manière illimitée, pour les franchisés comme pour leurs collaborateurs. Ce choix a eu un impact direct : moins de turn-over, plus de performance, une meilleure qualité de service pour le client.
La formation n'est pas un coût. C'est un investissement dans la pérennité. Et dans le contexte actuel de la transmission, c'est aussi une responsabilité. Celle des franchiseurs, des réseaux, des fédérations professionnelles - dont la Fédération Française de la Franchise - et des pouvoirs publics.
Bercy a annoncé un plan d'action. Des outils existent : garanties financières, prêts d'honneur, plateformes de mise en relation, extension du pacte Dutreil. C'est bien. Mais les outils ne suffiront pas si la culture de la reprise n'est pas valorisée. Or cette culture, en France, elle reste sans doute à construire. On n'apprend pas encore aux gens à reprendre une entreprise comme on leur apprend à en créer une.
500 000 entreprises : c'est maintenant !
Le temps ne joue pas en notre faveur. Chaque mois qui passe sans repreneur, c'est une entreprise qui sous-investit, qui perd de la valeur, qui risque de fermer. C'est un commerce de quartier qui disparaît, un savoir-faire qui s'éteint, des emplois qui s'évaporent.
La franchise peut être une réponse concrète et immédiate. Ce n’est pas la seule bien entendu, mais c’est l'une des plus solides. Parce qu'elle structure ce qui est souvent chaotique dans la reprise : la méthode, la montée en compétences, le partage d'expérience entre pairs. Parce qu'elle transforme l'isolement du repreneur en appartenance à un collectif.
"Se réunir est un début. Rester ensemble est un progrès". Transmettre ensemble : ce sera ça, la réussite.
Stéphane Fritz, Président de Guy Hoquet l'Immobilier, administrateur à la Fédération Française de la Franchise