Un certain nombre d’entreprises étrangères sont dirigées par des personnalités nées et formées dans l’Hexagone. Leurs parcours très divers prouvent qu’il n’y a pas qu’une seule trajectoire pour atteindre le haut d’un organigramme à l’international.

Certains esprits (chagrins ?) s’offusquent de voir des étrangers arriver à la tête de grandes entreprises françaises. Mais les sociétés étrangères ne se gênent pas non plus pour débaucher nos talents. L’un des départs qui ont marqué le plus ces derniers mois est celui de Marguerite Bérard, partie diriger en avril dernier la banque néerlandaise ABN Amro, alors que son CV en faisait une dauphine qualifiée pour prendre un jour la suite de Jean-Laurent Bonnafé chez BNP Paribas.

Les dirigeants français à l’étranger n’ont pas forcément suivi le parcours plus classique des patrons du CAC 40, où polytechniciens, centraliens et diplômés de grandes écoles françaises se bousculent. La liste des établissements qu’ils ont fréquentés est plus hétérogène (voir infographie). Pour la suite de leur carrière, les dirigeants expatriés peuvent avoir passé du temps dans des groupes français ou avoir été formés à l’étranger.

Certains patrons ont fait leurs armes dans des entreprises hexagonales. C’est le cas du Franco-Libanais Rami Baitiéh, désormais à la tête de Morrisons, ou de Thierry Garnier, DG de Kingfisher, tous deux passés par Carrefour. D’autres ont grimpé les échelons au sein de leur entreprise, comme Ariane Gorin chez Expedia ou Christophe Fouquet chez ASML.

Santé, luxe, finance

Les Français sont davantage représentés dans des secteurs où la France brille. On retrouve dans la santé un nombre important de patrons nés en France, comme chez AstraZeneca, UCB, LEO Pharma ou Takeda. Le luxe est également très bien représenté avec Richemont, Ralph Lauren, Tory Burch et Estée Lauder. La finance n’est pas en reste avec Marguerite Bérard, donc, mais aussi Philippe Donnet pour Generali.

"Il y a une “French Touch” dans le monde managérial"

Du côté de la tech, les Français ne trustent pas la tête des plus grandes entreprises. En revanche, ils n’ont pas à rougir quant à leur place dans le monde des start-up puisqu’ils ont lancé 46 licornes aux États-Unis entre 1997 et 2021. Des exemples de très belles réussites, comme celle de la Sétoise Fidji Simo, ancienne dirigeante d’Instacart, à la tête d’Open AI, prouvent que le vivier de talents français est bien réel.

Shadow CAC 40

En avril dernier dans Le Monde, le fondateur du cabinet de conseil Sia Partners, Matthieu Courtecuisse, répertoriait plus d’une trentaine de grands groupes étrangers, supérieurs en valorisation à 10 milliards de dollars, emmenés par des Français. Une liste qu’il intitule le "shadow CAC 40", et dont la valorisation totale des sociétés atteint l’équivalent de celle de l’indice parisien. "Cela démontre qu’il y a bien sûr une “French Touch” dans le monde managérial, confirmé par la qualité académique et scientifique des grandes écoles françaises. Cela démontre qu’il y a aussi un marché mondial des patrons, pour ceux qui s’offusquent régulièrement des rémunérations des dirigeants, explique-t-il sur LinkedIn. Plus préoccupant, cela ouvre enfin un autre débat sur (…) le processus de détalentisation de l’économie française, parallèle à celui de désindustrialisation." Tant qu’on nous envie nos talents, il reste de l’espoir ?

infographie patrons français etranger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivia Vignaud