Créé en 2020, l'assurtech Acheel s'attache à proposer des prix attractifs, en misant notamment sur la tech et des équipes resserrées. Avec l'inflation, les profils de particuliers qui s'intéressent à ce type de solutions sont de plus en plus divers.

Décideurs. Comment votre parcours vous a-t-il conduit à créer Acheel ?

Ralph Ruimy. Après un début de carrière dans l’assurance, j’ai été COO d’Empruntis, cédé à Covéa, puis j’ai monté Misterassur, comparateur d’assurances revendu à BlackFin, et enfin j’ai fondé Place des Leads (devenu TimeOne), cédé en 2017 à Rothschild. Puis j’ai décidé d’arrêter de travailler. Mais j’ai vite compris que le travail était la santé. Deux événements m’ont poussé à remonter une entreprise. Lors d’une soirée en 2020 entre spécialistes de l’assurance, alors que j’avais quitté le secteur depuis dix ans, je me suis rendu compte que rien n’avait changé dans les discours ou en termes d’innovations. J’ai également parlé avec mon ami Jean de La Rochebrochard, le bras droit de Xavier Niel pour la partie investissement, de mon idée de monter un projet dans l’assurance. Ils m’ont présenté Francky Défossé, et au bout d’une demi-heure, nous étions associés. Dans la foulée, nous avons levé 29 millions d’euros.

Quelle est votre stratégie ?

Elle est la même depuis le départ. Acheel redonne du pouvoir d’achat aux particuliers, avec moins d’intermédiaires, en faisant bouger une industrie qui était en manque d’innovation. Les personnes qui faisaient de l’assurtech venaient soit de la tech mais pas de l’assurance, soit de l’assurance mais pas de la tech. Chez Acheel, nous avons les deux pour réussir. Nous nous sommes immédiatement positionnés sur le multiproduit, car l’assurance c’est de la mutualisation de risques. Outre les offres aux particuliers, Acheel s’est lancé dans le BtoBtoC. Alors que les assureurs créent des produits en dix-huit mois, nous sommes capables de le faire en deux mois. Actuellement, 50 % de nos contrats se font en BtoC et 50 % en BtoBtoC même si le chiffre d’affaires sur le second segment est plus important, puisque les primes s’avèrent plus élevées.

Comment garder des prix attractifs dans un monde où assurer le risque est de plus en plus cher ?

Nos prix doivent être attractifs par rapport aux autres assureurs. Bien sûr que les coûts de l’assurance habitation vont augmenter chez tous les assureurs, avec le dérèglement climatique. Si les assureurs font bien leur travail, la prime de risque ne devrait pas être différente d’une société d’assurance à une autre. Néanmoins, nous avons moins de frais de gestion et de personnel que les groupes historiques, ce qui réduit le coût global de la prime pour le client final. Nous n’avons pas de filiales qui travaillent différemment les unes des autres ou de systèmes informatiques vieillissants et qui ne seraient pas homogènes. Ensuite, nous ne faisons pas du 100 % habitation puisque nous proposons 60 produits. Dans certaines parties du monde, s’assurer devient difficile. En Californie, avec les incendies, des maisons s’assurent pour 5 % du prix du bien par an.

Vous avez demandé à l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) un agrément pour devenir compagnie d’assurance. Pourquoi ? Est-ce difficile de l’obtenir ?

C’est très compliqué. Cela faisait plus de trente-cinq ans qu’il n’y avait pas eu d’agrément aussi large octroyé. La plupart des courtiers sont dépendants des assureurs, car ils ne disposent pas de ces agréments. Pour que les choses changent, il faut que cela parte de la base. Les assurtech qui s’appuient uniquement sur du marketing pour afficher un beau formulaire font du neuf avec du vieux.

"L’assurtech n’est pas réservée aux jeunes urbains parisiens ou aux retraités"

Les entreprises tech sont parfois critiquées pour leur service client. Quelle importance lui donnez-vous ?

Il suffit de voir notre répartition des salariés pour comprendre l’importance qu’on lui a donnée avec le temps. Nous avons 60 personnes en France et 76 personnes au Maroc dédiées au service clients. 70 % de nos nouveaux clients souscrivent de façon autonome sur notre site, mais ils nous sollicitent ensuite pour nous poser des questions. Nous sommes ouverts de 9 h à 23 h y compris le dimanche, ce qui est assez rare dans notre secteur. La seule chose sur laquelle nous sommes intransigeants c’est le 0 papier. Acheel est B Corp depuis deux ans.

Quelle est votre typologie de clients ?

Elle est très différente selon les produits mais on retrouve tous les profils. L’assurtech n’est pas réservée aux jeunes urbains parisiens ou aux retraités qui ont le temps de s’intéresser au sujet. Les gens voient leur pouvoir d’achat baisser et cherchent des solutions de garanties équivalentes moins chères.

Comment s’est construite votre croissance ?

Acheel a connu une croissance par paliers : 12 millions d’euros la première année, 80 millions la deuxième, 157 millions la troisième et 200 millions la quatrième. Nous devrions dégager 250 millions cette année. Nous aurions pu faire 500 millions mais nous refusons quatre sollicitations sur cinq pour les produits pour compte de tiers. Le plus difficile c’est de savoir à quelle vitesse aller. Je fais la chasse aux bonnes idées et n’hésite pas à dire non lorsqu’il le faut. Nous connaissons notre métier. Nous sommes rentables depuis notre deuxième année.

En mai 2021 vous avez levé 29 millions d’euros. Un autre tour de table est-il prévu ?

Nous gérons notre entreprise en bon père de famille. Des 29 millions levés, nous n’avons dépensé "que" 8,5 millions. Si notre croissance continue à ce rythme, nous aurons besoin de plus de fonds propres pour satisfaire aux réglementations. Ce qui pourrait aboutir à une levée de fonds ou à un rapprochement d’ici un an.

Propos recueillis par Olivia Vignaud