La cofondatrice de la marque spécialiste des probiotiques pour le ventre mise sur le digital. Pour autant, Anouk Le Terrier n’est pas une entrepreneuse de la "start-up nation". Elle suit son propre chemin en essayant de faire le moins de compromis possible entre ses vies professionnelle et familiale.

Anouk Le Terrier et Lisa Souloy sont amies d’enfance. Elles se sont connues grâce à l’équitation qu’elles pratiquaient toutes les deux à Chinon. "Nous étions de bonnes élèves. On a coché toutes les cases : prépa et écoles de commerce. Mais je ne m’étais jamais posé la question de ce que je voulais faire." Alors qu’elle doit entamer son stage de fin d’études en finance, Anouk Le Terrier apprend qu’elle a une maladie auto-immune, la thyroïdite d'Hashimoto, qui rejette sa thyroïde. "C’est le parcours du combattant. Malgré le traitement, les symptômes me gâchent la vie." Elle annule son stage, prend du temps pour sa convalescence, cherche des solutions et découvre le pouvoir du système digestif sur le reste du corps. "À partir du moment où j’ai rééquilibré mon microbiote, j’ai revécu." Elle partage ses découvertes avec Lisa, qui vient de quitter son entreprise.

Pivoter

En 2019, les deux amies lancent Dijo. "La première année, nous nous sommes concentrées sur la création de la meilleure cure de probiotiques possibles, à une époque où personne ne savait ce que c’était. En France, comme les soins sont remboursés, on s’intéresse peu à la prévention." La marque utilise le procédé de la lyophilisation à très basse température qui permet de conserver les propriétés des souches et explique un prix plus élevé que la concurrence. Malgré 300 000 euros de chiffre d’affaires, "le message n’est pas le bon et ne séduit pas". Les associées décident de devenir les "expertes du ventre, créent des diagnostics en ligne" et s’appuient sur l’histoire d’Anouk qui parle aux 85 % de Français souffrant de maux de ventre. Le sujet n’est pas glamour, mais la marque emprunte ses codes à la cosmétique et Internet offre un anonymat que ne permet pas un achat – parfois gênant – en pharmacie.

Dijo affiche 5 millions de chiffre d’affaires et reste détenu à 100 % par ses cofondatrices

Dijo décolle sur les réseaux sociaux et élargit sa gamme. L’entreprise réussit en 2022 le casting de l’émission "Qui veut être mon associé ?", mais refuse les propositions d’entrée au capital des investisseurs. "À nos débuts, lever des fonds était la voie royale, mais on n’a jamais réussi à le faire, notamment parce que nous n’avions pas d’expérience et que notre vision de l’entrepreneuriat était désalignée avec celles des fonds. Cela nous a poussées à nous concentrer sur la rentabilité du projet, ce qui était le meilleur exercice possible." Aujourd’hui elles n’ont aucun regret, car Dijo affiche 5 millions d'euros de chiffre d’affaires et reste détenu à 100 % par ses cofondatrices. "On ne croyait pas en nous. On nous disait de viser les réseaux de distribution physique. Écouter les gens autour, c’est déjà être en retard."

Partage d’expérience

Dijo fait aujourd’hui 90 % à 95 % de son chiffre d’affaires en ligne. Même si les dirigeantes souhaitent se développer en pharmacie, le digital reste au cœur de leur modèle. L’entreprise, qui a commencé dans le salon de la mère d’Anouk Le Terrier, se développe aujourd’hui dans des bureaux à Miromesnil (Paris). "C’est un peu ma revanche. Nous sommes dans le quartier de la finance. On côtoie des personnes en costume cravate alors qu’on est en jean basket !"

En 2024, elle tombe enceinte de son deuxième enfant, tout comme Lisa. La dirigeante partage régulièrement sur les réseaux son aventure entrepreneuriale et ce qu’elle implique dans la gestion de sa vie personnelle. "C’est précieux d’être deux. Nous avons eu une croissance accélérée. Il fallait rester concentrées sur notre objectif, à savoir servir au mieux nos clients." La marque qui avait recruté pour internaliser certaines fonctions a récemment resserré son équipe afin de rester sur ce qu’elle fait de mieux. "Il n’est pas naïf de penser que le meilleur moyen d’être excellent est d’être aligné avec ce qu’on fait. Ce ne sont pas les difficultés qui font que les entrepreneurs craquent, car il y en a toujours, c’est la perte de sens", affirme Anouk Le Terrier. Le succès de Dijo permet à ses dirigeantes de moins douter : "Étant les bonnes élèves qui rentraient toujours dans les clous, on s’affirmait assez peu. Aujourd’hui, les résultats nous donnent plus confiance en nous. Il n’y a pas une façon de réussir. La start-up nation, ce n’est pas notre modèle. Nous avons construit le nôtre." Un conseil qui leur avait été donné par l’entrepreneur Jean-Pierre Nadir, ex-jury de QVEMA ?.

Olivia Vignaud