KPMG France se sépare de son activité de conseil aux entrepreneurs. Deux cent cinquante associés du cabinet la reprennent aux côtés de TowerBrook Capital Partners sous une marque nouvelle, Rydge Conseil. Retour sur cette nouvelle organisation avec Jérôme Kieffer, directeur général de KPMG en France à la tête de Rydge Conseil.

Décideurs. Pourquoi KPMG crée-t-il une nouvelle entité pour ses activités de conseil aux entrepreneurs ?

Jérôme Kieffer. Ces activités sont centenaires, puisqu’elles datent de Fiduciaire de France, qui a été créé il y a un siècle à Grenoble et a été intégré au réseau mondial de KPMG. Depuis que Marie Guillemot a pris la présidence du directoire de KPMG France avec à ses côtés deux directeurs généraux dont je fais partie, il a été décidé d’instruire une réflexion stratégique sur les perspectives de l’activité de conseil aux entrepreneurs. Celle-ci pouvait soit continuer en parallèle de celle des grands comptes et des ETI, soit se développer en dehors du groupe. En 2023, 500 associés ont été invités à trancher cette question et 96 % ont voté en faveur de l’autonomie et du recentrage de KPMG sur les grandes entreprises. En juin dernier, avec les 250 associés de KPMG France de l’activité entrepreneurs, nous nous sommes mis à la recherche d’un partenaire pour nous aider à racheter les parts de KPMG. TowerBrook Capital Partners nous accompagne sur le lancement de Rydge Conseil qui a eu lieu le 13 janvier. Depuis, la dynamique est bonne.

Quel est le positionnement de Rydge Conseil ?

Notre cible, ce sont les entrepreneurs, les dirigeants de PME. C’est-à-dire des personnes qui mettent souvent leur vie, leur patrimoine et leur santé dans leur entreprise. Ce sont fréquemment des patrons trop seuls qui ont besoin d’être accompagnés pour aller au bout de leurs projets, surtout dans le contexte économique actuel souvent âpre. Avec Rydge Conseil, nous partirons leaders sur notre marché avec 200 implantations, 100 000 clients et 4 500 collaborateurs. Nous nous attendons à 440 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année. Rydge Conseil propose quatre types de services : de l’expertise-comptable, du droit (avec 15 avocats associés), du soutien opérationnel en finance et RH ainsi qu’une activité de conseil pour l’évaluation, le financement, la restructuration ou encore la gestion de patrimoine. Nous proposons un guichet unique afin d’aider les sociétés à faire tourner leur activité.

"L’actuelle génération d’entrepreneurs ne se contente pas d’experts-comptables qui remplissent des déclarations" 

Pourquoi séparer ces activités de celles de KPMG ?

Aujourd’hui, le marché du service aux PME se structure de manière extrêmement rapide. Des cabinets d’expertise-comptable, dirigés par des entrepreneurs, se rapprochent et créent de véritables concurrents. Ces derniers peuvent aussi monter en puissance grâce au digital. En tant que numéro un, nous sommes challengés et ne pouvons rester les bras croisés. D’ici à 2030, le marché aura significativement bougé. Ensuite, l’actuelle génération d’entrepreneurs ne se contente pas d’experts-comptables qui remplissent des déclarations. Ils ont besoin de conseil, ce qui demande un changement de culture. Il nous fallait pouvoir mobiliser des moyens financiers nouveaux et disposer d’une gouvernance adaptée aux enjeux. À noter également que, dans le monde, seul KPMG France détenait encore l’activité liée aux entrepreneurs. 

Comment les associés partants vivent-ils cette évolution ?

La plupart ont fait toute leur carrière chez KPMG pour qui ils ont de la reconnaissance. C’est un solide bagage pour un nouveau voyage entrepreneurial. Mais, à un moment donné, il faut prendre les décisions stratégiques qui s’imposent. Les 250 associés ont investi personnellement dans la nouvelle marque. Ils entreprennent comme leurs clients. C’est un risque, mais cette nouvelle aventure crée de l’enthousiasme et nous espérons contribuer à faire croître les entreprises de nos territoires. Rydge Conseil a déjà fait l’objet de marque d’intérêt de la part d’autres professionnels de notre secteur, ce qui nous envoie un signal rassurant.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

crédit photo : Pauline de Courrèges