Prova est un exemple de transmission réussie à la troisième génération, celle qui, selon l’adage, dilapide l’héritage. Pour la suite, Muriel Acat, PDG qui a fait fructifier l’ETI spécialisée dans l’extraction de la vanille, du cacao et du café, envisage de passer les rênes à un opérationnel non familial.

Décideurs. En octobre dernier vous inauguriez un nouveau siège, plus grand, à Montreuil, là où est né Prova. Qu’est-ce que cela dit de votre rapport à l’entreprise familiale ?

Muriel Acat. La construction de ce nouveau siège revêt un aspect purement rationnel, à savoir qu’on manquait de place. Elle avait aussi un aspect irrationnel, car je voulais que l’on reste là où l’entreprise était née. Mon grand-père a créé Prova dans une zone pavillonnaire à Montreuil. Il y avait le pavillon familial, suivi d’une cour et d’un atelier au fond de celle-ci. Quand l’entreprise a grandi, nous avons fait l’acquisition de lots voisins pour étendre notre terrain jusqu’à ce que l’exercice ne soit plus possible. Comme nous avions le droit de construire sur le terrain existant, j’ai décidé d’édifier le nouveau siège à cet endroit.

Avez-vous toujours voulu rejoindre l’entreprise familiale ?

Je ne voulais pas y travailler, ni travailler avec mon père. J’ai tout fait pour le fuir, car, malgré l’amour que nous nous portions, nous avions deux forts caractères. J’avais besoin de me construire en dehors de lui, même s’il voulait que je rejoigne l’entreprise. J’ai fait des études à Toulouse et aux États-Unis avant une première expérience professionnelle en Allemagne, patrie de ma mère, chez Saint-Gobain pendant deux ans. Je m’y suis vite ennuyée, car j’aime ma liberté et pouvoir prendre des initiatives. J’ai intégré alors Prova dont j’ai été la première commerciale, puis j’ai gravi les échelons pendant vingt ans jusqu’à prendre la suite de mon père à sa disparition. La transmission s’est bien passée, notre relation s’était apaisée.

Aviez-vous en tête le dicton qui dit que la troisième génération, dont vous êtes la représentante, dilapide l’héritage familial ?

Oui, on l’a tous en tête quand on reprend une entreprise. On veut faire mentir l’adage. Mon objectif était de développer Prova. En trente et un ans, l’entreprise est passée de 40 à 400 collaborateurs, grâce à une croissance organique qui s’est faite au fil de l’eau. Celleci est portée par des produits innovants qui ont trouvé leur marché, par le développement à l’international et par notre force de vente. Prova est un exemple de transmission réussie à la troisième génération, celle qui, selon l’adage, dilapide l’héritage. Pour la suite, Muriel Acat, qui a fait fructifier l’ETI spécialisée dans l’extraction de la vanille, du cacao et du café, envisage de passer les rênes à un opérationnel non familial.

"Une entreprise familiale peut le rester d’un point de vue patrimonial tout en confiant les rênes à des non-familiaux"

Qu’est-ce qui vous plaît le plus à votre poste ?

La relation humaine, de voir des collaborateurs passionnés bâtir chaque jour un peu plus l’entreprise en apportant leur expertise, leurs envies et leur expérience. C’est une fierté de me dire que j’ai de belles équipes attachées à Prova et que je leur donne les bonnes conditions pour exercer. Comme je suis née dans le commerce, j’aime aussi la relation client et j’ai une passion pour nos produits.

Comment envisagez-vous la suite ?

Nous avons un actionnariat resserré à majorité familiale. J’y ai inclus mes fils. Mon frère, qui a un autre métier, est également actionnaire. Je suis dans un schéma de transmission. Mes enfants ont été coachés pour travailler sur leurs envies et leurs désirs vis-à-vis de l’entreprise. Ils ont déclaré leur amour pour Prova. Je les prépare à devenir des actionnaires éclairés et responsables. Beaucoup de successions dans les entreprises familiales ne se passent pas bien, car les familles cherchent un repreneur avec des fonctions opérationnelles parmi leurs héritiers. Une entreprise familiale peut le rester d’un point de vue patrimonial tout en confiant les rênes à des non-familiaux, notamment à des gens qui ont grandi dans l’entreprise. Cela se fait beaucoup en Allemagne.

Propos recueillis par Olivia Vignaud