Pendant des mois, Patrick Sébastien souffle le chaud et le froid. Est-il réellement candidat ? Est-il un troll ? La classe politique et les observateurs semblent perdus… Après Bally Bagayoko, Mathieu Pigasse et Jordan Bardella, nouvel épisode de "Politique fiction", la série de l’été de Décideurs Magazine.
Patrick Sébastien, le nouveau Coluche ?
Patrick Sébastien demeure une énigme. Vu de l’extérieur, il incarne l’archétype du "beauf". Mais ceux qui le côtoient sont unanimes : il s’intéresse de près à la vie politique, connaît très bien les Français, aime le peuple et affiche un patriotisme assumé. Son parcours dans le showbiz lui donne une vraie connaissance de la vie publique. En 2010, il avait d’ailleurs tenté de lancer son propre parti, nommé Droit au respect et à la dignité (Dard). Une aventure qui a suscité l’hilarité et a vite été stoppée.
Vraie idéologie politique ?
En novembre 2026, rebelote. Il officialise sa candidature et publie dans la foulée un livre programmatique de 200 pages intitulé "Promis, ce n’est pas trop long ! Mes propositions pour la France" aux éditions de L'Observatoire.
Au-delà du titre "olé olé", Patrick Sébastien avance des idées structurées. Il explique comment les humoristes peuvent changer les choses, décortiquant l’action de Beppe Grillo en Italie ou de Volodymyr Zelensky en Ukraine. Le "Sébastianisme" est détaillé : sur le plan sociétal, le septuagénaire se veut résolument libéral, compte renouer avec "l’insouciance française". Son programme institutionnel prévoit davantage de référendums, une facilitation de la révocation des élus. Économiquement, il souhaite flécher l’essentiel des investissements publics dans les activités apportant de la cohésion territoriale.
En novembre 2026, il officialise sa candidature et publie dans la foulée un livre programmatique de 200 pages intitulé "Promis, ce n’est pas trop long ! Mes propositions pour la France"
À la surprise générale, l’homme "connaît ses dossiers". Étrangement, il n’attaque guère les autres candidats. Est-ce parce qu’au fond il n’est qu’un amuseur qui ne veut pas se mettre à dos son public en prenant des positions trop tranchées ?
D’étranges meetings
Ses meetings laissent planer le doute sur le sérieux de sa démarche. Bon orateur, aux idées simples et claires, il ressemble à ses modèles Grillo et Zelensky. Mais, une fois le discours terminé, il chante pour "apporter de la joie". Au cours de ses vingt "concerts-meetings", la foule reprend ses plus grands tubes comme "Les sardines", "Ah si tu pouvais fermer ta gueule", "On fait tourner les serviettes". Pour l’occasion, Patrick Sébastien, accompagné de musiciens et de danseurs, dévoile également plusieurs chansons dont il a le secret : "Ils vident nos bourses", "Huilé ça va passer", "La France profonde", "On va bourrer les urnes". Plus le temps passe, plus le discours politique s’efface au profit des chansons.
Hormis Philippe Candeloro, Jean Lassalle, Didier Raoult et le chanteur Théo Lavabo, personne n’a rallié son panache et seuls douze parrainages sur les 500 nécessaires ont été recueillis deux mois après le début de la quête...
"Quand les gens disent non, je me retire"
Nul ne sait ce que veut vraiment faire l’ancienne gloire du PAF. Seule certitude, la flamme ne prend pas. Trois mois après l’annonce de sa candidature, rien ne marche comme voulu. Hormis Philippe Candeloro, Jean Lassalle, Didier Raoult et le chanteur Théo Lavabo, personne n’a rallié son panache et seuls douze parrainages sur les 500 nécessaires ont été recueillis deux mois après le début de la quête.
Dans la classe politique, le rejet est unanime contre le trublion. "La politique n’est pas un jeu", entend-on du côté du RN. Au centre, Edouard Philippe ne souhaite "pas commenter la caricature d’une caricature". La gauche pilonne un homme qualifié de "tonton gênant", "incarnation de la masculinité toxique", ou encore de "VRP de l’extrême droite"
Au centre, Edouard Philippe ne souhaite "pas commenter la caricature d’une caricature". La gauche pilonne un homme qualifié de "tonton gênant", "beauf", "incarnation de la masculinité toxique", ou encore de "VRP de l’extrême droite". Dans les sondages, il ne dépasse pas 1 % des intentions de vote et ne réalise son plus haut pic (2,5 %) qu’auprès des femmes de plus de 60 ans vivant en zone rurale.
Prenant acte de ce manque d’enthousiasme, Patrick Sébastien renonce à sa candidature en février 2027 dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux : "En amour comme en politique, si les gens disent non, je me retire." Élégant jusqu’au bout. Il se consolera à l’été 2027. Son album « France profonde », qui regroupe ses chansons de campagne, connaîtra un certain succès.
Lucas Jakubowicz
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