En France, l’intelligence artificielle reste avant tout l’apanage de la jeune génération et des CSP+. Mais cela a déjà des conséquences sur les manières de s’informer, révèle l’étude "Les Français et l’IA" réalisée par Opinionway et Orisha.
Qui utilise vraiment l’IA en France ?
L’IA nous est aujourd’hui servie à toutes les sauces ! Optimistes ou pessimistes, spécialistes ou experts autoproclamés, salariés devenus accros ou collègues encore méfiants… Chacun a son opinion. Restent deux questions centrales : En France qui utilise l’IA, et dans quel but ? Un sondage publié ce 19 juin 2026 par Opinionway et Orisha permet d’en savoir un peu plus.
L’IA, un "truc de jeunes"
Selon cette étude menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français majeurs, 48 % des personnes interrogées utilisent l’IA plusieurs fois par mois, tandis que 36 % n’y recourent jamais. Le reliquat de 16 % est composé d’internautes ayant eu recours aux services de ChatGPT, Claude, Grok et autres Le Chat moins d’une fois par mois.
Point notable, il existe un fort clivage générationnel. Si 73 % des 18-24 ans déclarent s’appuyer sur l’IA plusieurs fois par semaine, la proportion diminue progressivement avec l’âge : 55 % pour les 25-34 ans, 45 % pour les 35-49 ans, 27 % chez les 50-65 ans et 15 % chez les plus de 65 ans. 54 % dans cette dernière tranche d’âge affirme ne jamais avoir eu affaire à l’IA.
Clivage social
Le sondage fait toutefois ressortir un paradoxe. Les concepteurs d’outils d’IA mettent en avant la dimension "inclusive" de leurs offres. Selon eux, les connaissances sont accessibles à tous. Or, il existe une inégalité sociale en matière d’usage de ces technologies : 52 % des CSP+ consultent une IA plusieurs fois par semaine, contre 33 % des CSP- et seulement 28 % des inactifs.
Pour reprendre les propos de l’économiste Olivier Babeau dans Décideurs Magazine, "Jamais le savoir n’a été aussi accessible. Cependant, l’IA semble cristalliser les positions sociales. Les personnes capables d’en tirer efficacement profit possèdent déjà des soft skills répandues chez les classes dirigeantes. Pour parler crûment, les qualités qui vous faisaient dominer autrefois sont celles qui vous font dominer aujourd’hui et demain."
Les principales victimes de l’IA sont…
Si la presse économique et LinkedIn fourmillent de posts et de tribunes pour traiter sous tous les angles la manière d’intégrer l’IA dans sa vie professionnelle, pour le meilleur comme pour le pire, l’étude Opinionway-Orisha fait ressortir un point saillant : l’IA s’invite désormais dans tous les pans de notre quotidien. Ainsi, 60 % de ses utilisateurs s’en servent avant tout dans leur vie privée, 25 % aussi bien dans leur sphère professionnelle que dans leur vie quotidienne.
Et cela fait des "victimes". 33 % des usagers de l’IA utilisent moins les moteurs de recherche, 24 % consultent moins les blogs et les forums, 20 % diminuent leur lecture de la presse. En somme, l’IA remplace la bonne vieille recherche Google et la consultation des journaux. Pour les groupes de presse dont le modèle économique dépend souvent du nombre de pages lues, le choc s’annonce rude. Il en est de même pour les moteurs de recherche qui perdent leur utilité première. Désormais, les recherches se font directement à l’aide de prompts. Du reste, des données extraites par Chartbeat et reprises par le Reuters Institute font état d’une baisse annuelle d’un tiers du trafic Google vers les éditeurs de presse à l’échelle mondiale sur un an.
Chez les 18-34 ans, "le premier réflexe pour rechercher une information sur un sujet particulier" est l’IA avec 38 %, soit deux points de plus qu’un moteur de recherche
Le grand remplacement
Les chiffres recueillis par Opinionway montrent bien que l’IA est progressivement en train de remplacer les autres sources d’information. Chez les 18-34 ans, "le premier réflexe pour rechercher une information sur un sujet particulier" est l’IA avec 38 %, soit deux points de plus qu’un moteur de recherche ; la consultation d’un site ou d’un média n’étant qu’à 11 %. À l’inverse, les plus de 65 ans sont 65 % à passer par un moteur de recherche contre 12 % à plébisciter l’IA.
Comme souvent lors de l’émergence d’une rupture technologique, la trajectoire est la même : les plus jeunes sont les early adopters, puis les plus âgés suivent le mouvement. Il arrive même que certaines innovations plébiscitées par la jeunesse finissent par être abandonnées par celle-ci et adoptées par les plus chenus. Cela a été le cas pour Facebook. Qui sait, en 2040 taper un prompt sur ChatGPT sera peut-être considéré comme un "truc de vieux" …
Lucas Jakubowicz