Comment un pays qui prélève autant réussit-il si peu ? À force de brandir l’impôt comme la seule réponse aux fractures françaises, on en oublie de s’interroger sur l’essentiel : que faisons-nous vraiment de cette manne d’argent public. Et surtout, pourquoi les résultats ne suivent-ils pas ?

La France se déchire autour de la surenchère fiscale et le débat sur la fiscalité des ultra-riches revient plus que jamais au premier plan. Une fois encore, l'impôt est convoqué comme outil de justice sociale. Mais derrière cette focalisation sur les « 1 % » se cache une question plus profonde : Comment un pays qui prélève autant réussit-il si peu ? À force de brandir l’impôt comme la seule réponse aux fractures françaises, on en oublie de s’interroger sur l’essentiel : que faisons-nous vraiment de cette manne d’argent public. Et surtout, pourquoi les résultats ne suivent-ils pas ?

De tous les pays de l’OCDE, la France détient le triste palmarès d’être championne des prélèvements obligatoires, avec 46,1% du PIB contre 34% en moyenne dans les autres pays. Pourtant, près de 10 millions de nos concitoyens vivent toujours sous le seuil de pauvreté (15,4 % de la population selon l’Insee) et la qualité perçue des services publics s’effondre. Selon une étude publiée l’an dernier par l’Ifop, 74% des Français estiment que l’hôpital s’est dégradé, 67% pour l’école, 73% pour la justice Partout, grandit le sentiment que les efforts imposés ne sont plus récompensés. En somme, les Français paient toujours plus, mais reçoivent toujours moins.

Autre record européen : la France dépense chaque année près de 59% de sa richesse nationale tout en affichant un endettement public qui dépasse désormais les 110% du PIB. Dans le même temps, l’État peine à se doter d’un budget, faute de majorité stable, et multiplie les expédients fiscaux pour combler des déficits qu’il ne sait plus maîtriser. Surtout, il continue d’esquiver la seule réforme structurelle qui s’impose : celle de son propre fonctionnement.

La France tente de rattraper son retard industriel et technologique, elle devrait plus que jamais protéger ceux qui prennent des risques et investissent dans l’avenir, et non les pénaliser

Taxer l’innovation et l’entrepreneuriat : une faute stratégique

C’est dans ce climat budgétaire et politique sous tension que la taxe dite Zucman, finalement rejetée par le parlement, a refait surface : un impôt mondial sur les très hauts patrimoines, présenté comme la solution-miracle pour financer les transitions et corriger les inégalités. Mais une fois encore, l’impôt est invoqué comme réponse par défaut. L’intention peut sembler louable, mais elle est symptomatique d’un système où l’impôt est devenu le réflexe automatique d’un pays qui ne croit plus en sa propre efficacité publique. Un pays qui persiste avec constance à fuir ce qu’il ne veut pas affronter : une action publique qui, malgré des moyens colossaux, ne tient plus ses promesses.

Taxer l’innovation, c’est une faute stratégique. La France tente de rattraper son retard industriel et technologique, elle devrait plus que jamais protéger ceux qui prennent des risques et investissent dans l’avenir, et non les pénaliser. D’autant que nous disposons d’atouts exceptionnels : un écosystème de start-up dynamique, une excellence académique en intelligence artificielle, des ingénieurs et des chercheurs reconnus dans le monde entier. Mais l’accumulation de prélèvements et de taxes sur le capital entrepreneurial menace cet élan. En fragilisant ceux qui innovent, on freine les investissements, on ralentit la croissance, et l’on compromet nos ambitions de souveraineté numérique.

Derrière les chiffres, ce sont des femmes et des hommes qui innovent, entreprennent, exportent, créent des emplois. Ils ont besoin de stabilité, de visibilité et d’un État qui favorise la prise de risque plutôt que de la décourager. L’avenir de la compétitivité française se joue ici : dans la capacité à créer un environnement propice à l’innovation sans punir ceux qui en sont les moteurs.

Le vrai enjeu n’est pas de savoir si les plus aisés doivent contribuer davantage ; il est de comprendre ce que devient l’argent collecté

L’efficacité de l'action publique, la clé pour renouer avec le consentement à l’impôt

Le vrai enjeu n’est pas de savoir si les plus aisés doivent contribuer davantage ; il est de comprendre ce que devient l’argent collecté. À quoi sert-il ? Avec quels résultats ? Ce sont ces défauts de transparence et de performance qui alimentent la défiance. Payer toujours plus pour des services qui se dégradent, c’est la double peine et c’est aussi l’assurance de voir s’effriter le consentement à l’impôt à mesure que grandit l’impression de payer à fonds perdus.

Réformer la fiscalité, oui. Mais réformer la dépense, d’abord. Cela suppose de réévaluer les priorités, de mesurer l’impact réel des politiques publiques, de simplifier ce qui peut l’être. Il faut rompre avec la culture de l’empilement : aides, dispositifs, normes, statuts qui se superposent sans jamais être évalués. Il ne s’agit pas de moins de solidarité mais de plus de justice, de rigueur et d’efficacité. Car au fond, la question n’est pas l’impôt : c’est sa performance. Taxer sans garantir la contrepartie, c’est miner la confiance, affaiblir notre modèle social et compromettre notre souveraineté économique. La France doit renouer avec une culture de la dépense utile. C’est ainsi qu’elle retrouvera une véritable justice fiscale. Celle qui ne punit pas la réussite, mais récompense la responsabilité.

Par Mickael Finel et Erwan Herault, Co-fondateurs de WOLD