Présent sur le continent africain depuis plusieurs années, le groupe Duval y accélère aujourd’hui son développement, à contre-courant d’un mouvement de désengagement observé chez certains acteurs internationaux. Promotion immobilière, microfinance, assurance, retail ou encore agribusiness… Laureen Kouassi-Olsson, secrétaire générale Afrique du groupe Duval basée à Abidjan, revient sur la stratégie multisectorielle du groupe familial français, structurée autour d’une conviction forte : l’Afrique est un moteur de croissance durable.
Laureen Kouassi-Olsson (Groupe Duval) : "En Afrique, notre ambition est de créer de la valeur durable, avec et pour les territoires"
DÉCIDEURS. Pouvez-vous revenir sur votre rôle et l’organisation du groupe Duval en Afrique ?
Laureen Kouassi-Olsson. Je suis secrétaire générale Afrique du groupe Duval depuis un peu plus d’un an. Mon rôle consiste à superviser l’ensemble des activités africaines du groupe, tant sur les aspects stratégiques qu’opérationnels. Je fais le lien entre les différentes business units, les équipes locales et la holding familiale, afin de garantir la bonne mise en oeuvre des orientations stratégiques, le suivi des opérations, les levées de fonds et les relations avec nos investisseurs et partenaires locaux. L’Afrique représente aujourd’hui environ 1 500 collaborateurs répartis dans 11 pays, autour de trois grands métiers : les services financiers avec Finafrica, la promotion immobilière, cœur historique du groupe, et le retail, avec l’exploitation directe de centres commerciaux et le développement d’enseignes comme Super U ou La Foir’Fouille. Quels sont aujourd’hui vos principaux pays d’implantation en Afrique ? Notre organisation repose sur deux pôles régionaux. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire constitue le cœur de notre dispositif, avec le siège Afrique du groupe. Depuis Abidjan, nous rayonnons vers le Sénégal, la Guinée, le Togo, mais aussi l’Afrique centrale, notamment le Cameroun et le Congo. Le second pôle est situé en Afrique de l’Est, avec le Rwanda comme plateforme régionale. Ce pays est emblématique de notre stratégie, tant par sa stabilité que par la profondeur des projets que nous y développons. À cela s’ajoute une présence à São Tomé sur la partie agribusiness. Nos pays prioritaires aujourd’hui sont la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Sénégal et la Guinée, avec une volonté assumée de poursuivre notre expansion là où notre savoir-faire est le plus utile.
Pourquoi le groupe Duval continue-t-il d’investir en Afrique quand d’autres se retirent ?
Notre implication relève avant tout d’une conviction profonde. Nous croyons à une croissance africaine endogène, portée par ses propres dynamiques économiques et démographiques. Avec les 54 pays qui la composent, l’Afrique est l’un des principaux réservoirs de croissance mondiale. Notre positionnement est clair : nous ne sommes ni dans une logique philanthropique ni dans une approche purement développementale. Nous cherchons à bâtir des projets économiquement viables, créateurs de valeur à long terme, en partenariat étroit avec les acteurs locaux. Le fait que le groupe Duval est une entreprise familiale privée nous permet de nous inscrire dans le temps long et de construire une véritable relation de confiance avec les territoires africains.
La microfinance est un pilier central de votre stratégie avec Finafrica. Pourquoi ce choix ?
Parce que l’inclusion financière est un levier essentiel du développement économique africain. Une grande partie des entrepreneurs reste exclue du système bancaire classique, notamment en Afrique de l’Ouest, où les taux de bancarisation demeurent faibles. Finafrica répond à cette problématique en combinant microfinance et assurance, afin d’accompagner les petits entrepreneurs tout en les protégeant des risques. Aujourd’hui, Finafrica est présent dans cinq pays, compte 1 200 collaborateurs, 195 agences et sert plus de 1,3 million de clients, dont 60 à 65 % sont des femmes. C’est un outil puissant de structuration du tissu économique local qui permet également de formaliser une partie de l’économie, jusqu’ici en grande partie informelle, avec ce que cela représente de recettes fiscales.
Comment se traduit votre engagement ESG sur le terrain ?
Le groupe Duval est une entreprise à mission, et cela transparaît très concrètement dans nos activités africaines. Chez Finafrica, nous mesurons précisément nos impacts : nombre de femmes financées, part des prêts en zone rurale, secteurs soutenus comme l’agriculture, la santé ou l’éducation. Nous privilégions une finance responsable, notamment en soutenant l’agribusiness durable ou des solutions d’irrigation solaire. La présence de Proparco à notre capital renforce encore cette exigence. Au-delà des indicateurs, notre action contribue à la formalisation du secteur informel, un enjeu clé pour les économies africaines.
Vous êtes également actifs dans l’agribusiness. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous avons commencé à São Tomé, avec Valúdo. Nous avons développé une filière coco 100 % biologique et équitable, qui emploie 75 personnes et fait vivre près de 600 familles. Cette première réussite nous permet aujourd’hui d’envisager d’autres filières, comme le karité ou l’ananas, dans différents pays africains, toujours avec une forte dimension d’impact. Le but est de structurer et d’industrialiser des filières agricoles locales.
Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années en Afrique ?
L’Afrique représente aujourd’hui 10 % du chiffre d’affaires du groupe, avec un objectif clair : atteindre 20 % dans les cinq prochaines années. C’est d’autant plus ambitieux que le reste du groupe ne compte pas ralentir sa croissance en attendant : il va falloir surperformer ! Cela passera par l’expansion géographique de Finafrica, le développement de nos trois métiers – microfinance, assurance vie et non-vie – dans chacun de nos pays, mais aussi par des projets immobiliers et commerciaux structurants, comme Village Notre Père en Côte d’Ivoire, mené avec des partenaires publics et privés locaux. Notre ambition est simple : croître durablement en Afrique, avec des équipes locales renforcées, des partenariats solides et une contribution réelle au développement économique des territoires.
Quel conseil donneriez-vous aux entreprises souhaitant se développer en Afrique ?
L’Afrique a démontré sa résilience et affiche les taux de croissance parmi les plus élevés au monde. Elle ne doit plus faire peur. Mais réussir suppose une connaissance fine du terrain, de l’humilité, des équipes locales compétentes et une vision de long terme. Ainsi, les investissements peuvent être encadrés du point de vue du risque opérationnel. Investir en Afrique, c’est avant tout contribuer à la création de valeur pour les populations locales, dans toute leur diversité.
Propos recueillis par François Arias