Héritier d’un groupe industriel né dans les caves de Paris, Thomas Derichebourg aurait pu rejoindre très tôt l’entreprise familiale. Il choisit pourtant de faire un détour par le théâtre, avant de revenir, à 30 ans, prendre sa place dans l’histoire familiale et incarner la troisième génération d’un empire du recyclage.
Thomas Derichebourg, l'art de se recycler
Des milliers d’employés, plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 250 sites en France, une présence dans 13 pays, 5 millions de tonnes recyclées chaque année… Voilà, sur le papier, de quoi définir la réussite de la famille Derichebourg. Mais ces chiffres, à eux seuls, ne racontent en rien le cœur du groupe familial. Lorsque nous rencontrons Thomas Derichebourg, ses premiers mots le ramènent à son grand-père : "Un petit ferrailleur, un chiffonnier sillonnant les ruelles de Paris dans sa modeste estafette, vidant les caves à l’aide de sa lampe frontale pour revendre les métaux et faire vivre sa famille."
Après avoir quitté l’école en troisième, le père de Thomas Derichebourg décide de suivre les pas de son propre père. Ensemble, ils franchissent une étape majeure pour le groupe : l’acquisition d’une seconde estafette. L’arrivée de cette nouvelle génération se révèle pourtant décisive : "Mon père a eu l’ambition de vouloir faire plus que ça", raconte-t-il. Il entreprend alors de développer l’activité en décrochant des contrats réguliers avec des institutions, comme les aéroports et les hôpitaux de Paris. Portée par le bouche-à-oreille, l’entreprise se professionnalise et déploie rapidement ses capacités au-delà de l’Île-de-France.
"On ne m’a jamais demandé de prendre place dans l’entreprise. Mais j’ai finalement choisi ma famille"
Oser prendre le temps
À sa majorité, un dilemme s’impose à Thomas Derichebourg. Faut-il rejoindre le groupe ou doit-il faire un pas de côté pour explorer d’autres chemins ? "J’étais avant tout passionné de littérature, d’art, de théâtre, de cinéma… J’ai donc choisi de rejoindre les bancs du cours Florent", confie-t-il. Pendant huit ans, il vit de sa passion. Alors qu’il commence à travailler de plus en plus dans ce métier et que son talent est remarqué, le doute s’installe : "Est-ce que ma vie, c’est vraiment ça, ou est-ce l’histoire de ma famille et du groupe ? J’aurais pu continuer. On ne m’a jamais demandé de prendre place dans l’entreprise. Mais j’ai finalement choisi de rejoindre ma famille."
Entrer par la petite porte
Son arrivée dans le groupe, en 2007, se fait avec humilité. Même si son père le préside, il débute à un poste dans une branche du groupe Servisair, service d’aéroport à Orly et Roissy. Pendant trois ans, il travaille aux côtés des différents directeurs pour "apprendre tous les rouages". Conscient que sa légitimité se construit pas à pas, il choisit de gravir les échelons un à un. Thomas Derichebourg a une pensée pour ceux qui l’ont accompagné : "J’ai été élevé sur les chantiers avec les salariés venus de tous les horizons, et ce qui fait battre le cœur de notre entreprise, ce sont nos collaborateurs pour lesquels, j’ai le plus grand respect."
Lorsqu’il prend la direction de la branche Environnement quelques années plus tard, Thomas Derichebourg en est convaincu : son métier est devenu une "passion". Une voie choisie sans pression familiale ni précipitation. Sa famille n’y est pas pour rien, confie-t-il. "Mon père ne m’a jamais forcé à rejoindre le groupe ni fait de différence entre mon frère et moi. Aujourd’hui, nous formons tous les trois une équipe solide." Une équipe dans laquelle la gouvernance est bien rodée : le père, Daniel, préside encore l’ensemble du groupe. Son second fils, Boris, dirige la branche Elior Groupe, spécialisée dans la restauration collective et les services. Thomas, lui, pilote l’activité historique de la famille, le recyclage. Il y imprime sa marque : une vision résolument tournée vers l’économie circulaire, où le déchet devient ressource et où l’industrie s’inscrit dans une responsabilité environnementale nouvelle.
Clara Lelièvre