Créée en 1976 par Hubert et Isabelle d’Ornano, Sisley fait partie des marques françaises haut de gamme qui brillent par leur savoir-faire et leur histoire. Philippe d’Ornano, leur fils, retrace, le chemin qui l’a mené à la présidence du groupe en 2013.
Philippe d’Ornano (Sisley) : "On ne réussit pas en cosmétique si l’on n’a pas un produit exceptionnel"
Décideurs. Rejoindre l’entreprise familiale était-il une vocation ?
Philippe d’Ornano. À 22 ans, après un double cursus droit-économie à l’université Paris-Panthéon-Assas, j’ai accepté une proposition d’emploi dans la presse aux États-Unis dans une filiale du New York Times à Atlanta. Mais la vie en a décidé autrement. Trois semaines avant le grand départ, mon frère est mort dans un accident de voiture. Je ne voulais pas laisser ma famille dans ces circonstances. C’est ainsi que j’ai rejoint l’entreprise familiale pour ce que je pensais être un temps.
Comment avez-vous vécu les premières années ?
À l’époque, Sisley était une PME réalisant 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, fondée par mes parents Hubert et Isabelle d’Ornano en 1976. J’ai toujours éprouvé une grande admiration pour cette prise de risque. Après avoir créé un premier succès en cosmétique, Orlane, qu’ils ont ensuite vendu, ils sont repartis de zéro - mon père avait alors 48 ans - pour lancer une nouvelle aventure entrepreneuriale. Ils étaient convaincus que les actifs extraits des plantes représentaient une révolution en matière d’efficacité cosmétique.
Travailler à leurs côtés est une véritable aventure humaine. Intégrer une entreprise en croissance m’a très vite permis d’exercer des responsabilités importantes sans être cantonné à des fonctions strictement définies. J’ai d’abord développé l’activité en France, puis, dans les années 1990, à travers l’Europe et, à partir des années 2000, en Asie et dans le reste du monde. Nous avons ainsi créé des filiales et constitué des équipes réunissant plus de 120 nationalités.
En tant que représentant de la seconde génération, qu’avez-vous apporté à l’entreprise ?
J’ai beaucoup appris de mes parents et nous nous sommes vraiment bien entendus dans le travail. Ma sœur Christine et ma nièce Daria nous ont rejoints et notre vision commune est restée la même toutes ces années : créer et développer de la façon la plus efficace possible. On ne réussit pas en cosmétique si l’on n’a pas un produit exceptionnel. Mais le fait que je m’implique activement dans l’entreprise a donné à mes parents - et à Sisley - un nouvel horizon de temps, ainsi que l’ambition de bâtir un leader mondial dans son domaine. C’est là toute la force des entreprises familiales.
"Ces vingt dernières années, nous avons investi plus de 200 millions d’euros et multiplié par six nos effectifs en France"
Que signifie le made in France pour Sisley ?
Nous sommes français, basés à Paris avec un actionnariat 100 % indépendant. Ces vingt dernières années, nous avons investi plus de 200 millions d’euros dans notre pays et multiplié par six nos effectifs en France. Nos centres de recherche sont à Saint-Ouen-l’Aumône, nous produisons dans notre usine ultramoderne de Blois et une nouvelle est en construction à Vendôme. L’entreprise familiale a cette particularité de se projeter sur le temps long, pour se développer et apporter à la collectivité une richesse au-delà des chiffres.
La baseline de Sisley est « une entreprise française, familiale et innovante ». Comment rester innovant sur un segment si compétitif ?
Notre famille travaille dans les cosmétiques depuis près de cent ans et Sisley a toujours été à la pointe de l’innovation cosmétique. Le haut de gamme nous donne beaucoup de liberté. Nous avons entre autres créé les premiers soins solaires traitants en 1990, la première crème anti-âge globale, Sisleÿa, en 1999. En 2018, nous avons lancé Hair Rituel, une marque capillaire haut de gamme conçue à partir d’actifs naturels en nous inspirant du savoir-faire technologique de Sisley, qui a déjà reçu plus de 300 prix de la presse internationale.
En 2024 nous avons lancé notre dernière création, Neuraé, qui explose notamment aux États-Unis. Elle s’appuie sur les interactions entre la peau et le cerveau ainsi que sur des découvertes des neurosciences. Le masque de nuit Neuraé aide à la régénération de la peau tout en améliorant la qualité du sommeil. Nous recherchons toujours l’efficacité !
Propos recueillis par Marine Fleury