C’est à New York, en pleine ascension professionnelle, que Pauline Duval reçoit un appel qui change le cours de sa vie. Son père, fondateur du groupe Duval, lui propose de le rejoindre au sein de l’entreprise. S’ensuit l’obligation de revoir très rapidement ses plans et de travailler plus que les autres pour tordre le cou aux accusations de népotisme.
Pauline Duval (Groupe Duval) : quitter la famille pour mieux y revenir
Dans la plupart des entreprises familiales, la succession entre le dirigeant et les enfants est programmée des années à l’avance. Ce n’est pas le cas de Pauline Duval, fille d’Éric Duval, fondateur éponyme du groupe. Originellement spécialisée dans l’immobilier, l’entreprise s’est peu à peu diversifiée. Elle est notamment leader européen dans la gestion des golfs, des résidences gérées et premier acteur français des retail parks low cost.
En 2012, en pleine ascension professionnelle, Pauline Duval reçoit un appel inattendu. Son père lui propose de le rejoindre à plein temps dans l’entreprise. À ce moment-là, hormis un siège au conseil d’administration, elle n’occupe aucun rôle opérationnel. Sa réponse ? Oui, mais à condition de prendre un congé sabbatique de six mois pour parcourir l’Asie sac au dos.
Des débuts remarqués…
Une fois rentrée de son périple, elle devient directrice de la stratégie et du développement. Diplômée d’une maîtrise en gestion obtenue à Assas, puis d’un MBA à New York, la jeune femme possède toutes les compétences requises sur le papier. Il lui faut toutefois travailler deux fois plus que les autres pour gagner en légitimité. Une entrée sur le terrain remarquée, parfois source de critiques, mais elle passe outre. Promotion immobilière, foncière, structuration d’activités… Les résultats parlent pour elle et assoient sa légitimité. De plus en plus de missions lui sont confiées, jusqu’à la fusion des deux entités de la société, marquée par la sortie des actionnaires extérieurs. En 2016, elle est nommée directrice générale du groupe unifié.
… Qui lui ont coûté quelques plumes
"Je suis une passionnée d’organisation et de structuration. C’est ma signature." Elle s’impose alors rapidement comme un pilier de la nouvelle structure, une place qu’elle prend plaisir à occuper, mais qui peut lui donner le vertige. À la suite d’un accident de santé, Pauline Duval se remet en question, replaçant l’équilibre personnel-professionnel au centre de ses préoccupations. Un rappel à l’ordre nécessaire, dont elle tire les leçons encore aujourd’hui.
Cette mère de famille jongle avec différentes casquettes, mais profite de moments de calme dans la nature, que ce soit seule en mer, ou à cheval sur la plage.
Aujourd’hui, elle dirige le groupe en famille, aux côtés de son père, toujours président, et de son frère, également directeur général. Une gouvernance familiale fluide qu’elle revendique sans en faire sa prison. "Nous sommes très doués pour séparer les sujets familiaux de ceux de l’entreprise." Une liberté qu’elle souhaite transmettre à son tour à ses deux jeunes enfants, auxquels elle enseigne avant tout la valeur du travail et la capacité à choisir sa propre voie.
La place des femmes, un combat perpétuel
Engagée, Pauline Duval milite pour une meilleure représentation des femmes à des postes de direction. Elle est aujourd’hui chapter chair France du réseau international WPO et siège au board de l’ONG Actives, fondée par Marlène Schiappa. Son combat : faire entrer plus de femmes dans les cercles de pouvoir. "Le plus souvent, elles me répondent :'je n’ai pas le temps' ou 'je n’ai pas les moyens', ce qui m’agace profondément." Avide de calme et de nature, elle aime voyager au propre comme au figuré, à travers la littérature, notamment. Son rêve ? Le Bhoutan, pour sa spiritualité et son engagement écologique.
Marine Fleury