Diplômée de HEC, jeune pousse prometteuse de la finance… L’avenir paraissait tout tracé pour Clémentine Piazza. La Bordelaise a pourtant choisi une autre voie en entreprenant dans un secteur tabou : les pompes funèbres.

À première vue, Clémentine Piazza était destinée à suivre le chemin tout tracé de l’excellence à la française. Diplômée de HEC, elle débute en 2011 chez Unibail-Rodamco-Westfield où elle pilote la gestion d’un portefeuille de 10 milliards d’euros à l’échelle internationale. "J’avais eu beaucoup d’idées d’entrepreneuriat, aucune ne s’était imposée avec une évidence particulière", confie-t-elle.

Partagée entre une belle carrière en entreprise et l’envie de créer, elle opte pour la seconde voie. En 2016, elle lance une maison de pompes funèbres à Bordeaux, sa ville natale. Sa mission : prendre soin de l’hommage aux défunts, avec une touche de créativité et beaucoup d’empathie. Elle en est persuadée : "Il faut prendre soin des familles en honorant leur histoire". De là vient le nom de la structure : inmemori.

Une affiche de film en guise de faire-part

Si le secteur a en général une image très feutrée, inmemori va plus loin que l’hommage traditionnel. L’entreprise dépoussière et réinvente un métier trop souvent perçu comme mécanique, commercial et entouré de tabous. Objectif : se concentrer sur l’accompagnement humain. "Rien n’est industrialisé. Chaque cérémonie est singulière, liée à l’histoire de la personne disparue." C’est avec le sourire aux lèvres que la fondatrice nous raconte comment elle a rendu hommage à un cinéphile en organisant le rite funéraire dans une salle de cinéma, une affiche de film en guise de faire-part.

Essaimer partout

La formule prend rapidement et la société se développe dans les grandes métropoles françaises avec pour objectif de moyen terme d’être présente dans les vingt plus grandes villes de l’Hexagone. En ce début d’année 2026, la société est déjà présente dans 4 et compte 50 collaborateurs. Clémentine Piazza ne s’arrête pas là et envisage une expansion internationale. Mais l’internationalisation prend du temps, plus qu’elle ne l’aurait imaginé, d’autant que les codes funéraires varient d’un pays à l’autre.

Derrière cette volonté de développement, on retrouve une volonté de croître propre à chaque entrepreneur, mais aussi des raisons plus humaines, plus intérieures : "Dans l’entrepreneuriat, il y a toujours cette insatisfaction permanente : comment faire quelque chose qui a une vraie valeur ? Comment rendre ce service visible pour qu’il soit choisi ? C’est un échec de ne pas pouvoir prendre soin des familles d’autres villes, de ne pas être implanté dans certaines régions", explique la dirigeante.

Lucide, l’entrepreneure reconnaît que la vitesse est son principal point de friction mais refuse la précipitation au détriment du sens. Elle s’interroge souvent sur les croyances limitantes, les injonctions à la réussite rapide, et cherche à se recentrer. Ce regard introspectif, elle l’applique à sa vie tant professionnelle que personnelle.

Lorsqu’elle n’est pas aux côtés des familles endeuillées, elle reste en mouvement en pratiquant la natation et la boxe. Clémentine Piazza avance ainsi, portée par une conviction simple, mais qui la guide depuis plusieurs années maintenant : "Mieux parler de ses obsèques, c’est mieux se soutenir."

Marine Fleury