Depuis plusieurs années, le pari est devenu un incontournable des rencontres sportives. Si les opérateurs du secteur capitalisent sur un marché florissant, de multiples parties prenantes y trouvent aussi leur intérêt.

Suivre les confrontations de son équipe fétiche, en tirer les grandes dynamiques puis disséquer chaque cote : l’exercice a de quoi électriser. Un passe-temps d’autant plus attractif que les gains, non taxés dans la majorité des cas, peuvent s’avérer considérables. Pourtant, rares sont les parieurs à tirer le gros lot et nombreux sont les acteurs à se partager le gâteau.

Un pour tous, tous pour un

En 2025, seize bookmakers se partagent le marché florissant des paris sportifs en ligne, longtemps trusté par la Française des jeux. L’attractivité du marché ne cesse de croître, avec un montant total des mises établi à 6 milliards d’euros au premier semestre 2025, soit une hausse de 15 % par rapport à la même période en 2024. Début 2025, le produit brut des jeux (PBJ) avait également augmenté de 10 % pour atteindre 961 millions d’euros. Une croissance portée par une année riche en compétitions. Mais les gains générés par les bookmakers se répartissent entre de nombreux acteurs.

Pour obtenir le droit d’exploiter les matchs, les bookmakers négocient directement avec les ligues et fédérations professionnelles. Si elles percevaient auparavant 1 % des mises engrangées par les bookmakers – autant dire pas grand-chose –, elles peuvent désormais négocier des sommes plus avantageuses, à condition de disposer d’une forte présence sur le marché. Un business potentiellement juteux pour les ligues à l’origine de nombreux matchs. Grâce à une taxe de 10,6  % des recettes générées, l’État récupère également sa part au profit de l’Agence nationale du sport. Sans oublier les prélèvements fiscaux (33,7 %) et ceux pour la sécurité sociale (taxe de 10,6 %) qui, paradoxalement, ne financent pas forcément des projets relatifs au sport. Ces nombreux impôts grignotent une large part des revenus des bookmakers, soumis à l’obligation de redistribuer aux joueurs 85 % des montants perçus selon le principe du « taux de retour au joueur ». Pendant ce temps, les sportifs restent hors jeu.

Triptyque gagnant

Pour enrayer les risques de tromperie et de corruption, le Code du sport interdit aux athlètes de parier sur les événements auxquels ils prennent part. Pourtant, les sportifs et les clubs peuvent tirer parti des paris en ligne, en particulier en matière de visibilité. En effet, à chaque victoire, leur valeur marchande sur le plan marketing grimpe. Au bord des terrains ou sur les maillots, les noms des plus importants opérateurs s’affichent en grand. Leurs actions de sponsoring et de naming gonflent les revenus des clubs, dont une part revient aux joueurs en matière d’équipements, de qualité de structures, mais aussi – et surtout – de rémunération. Outre les partenariats avec les organisations sportives et les grandes compétitions, les bookmakers mettent le grappin sur les joueurs les plus en vogue pour booster leur communication. À titre d’exemples, Cyril Gane aux côtés du bookmaker suédois Unibet, ou encore Antoine Griezmann, égérie du PMU. Les spots publicitaires en collaboration avec des stars du sport servent ainsi la cote de popularité des bookmakers, sans garantir aux parieurs de remporter le jackpot.

À chaque victoire, la valeur marchande des sportifs et des clubs grimpe sur le plan marketing 

Entraînement intensif

À première vue, les paris sportifs rassemblent des profils aussi divers que variés. À la différence des jeux de hasard, qui reposent principalement sur la chance, les paris sportifs sont réputés pour relever des compétences d’analyse du parieur. Rien n’est moins sûr. En septembre 2025, l’Association Addictions France dénonçait « la banalisation des paris sportifs sous l’effet d’un marketing agressif, omniprésent et largement hors de contrôle ». Les potentiels gains ont de quoi griser l’esprit de plus d’un parieur, quitte à s’en prendre directement aux joueurs en cas de défaite. Dans le tennis, le football ou le basketball, les cas de harcèlement envers les athlètes ne manquent pas. Nombreux sont les sportifs à dénoncer ces comportements, qui découlent d’un modèle de promotion agressif. Fin 2024, la joueuse de tennis française Alice Tubello portait plainte pour cyberharcèlement après avoir reçu 300 messages de haine de parieurs sportifs suite à une défaite. « Des tournois continuent de nouer des partenariats avec des entreprises de paris sportifs qui [entraînent] des gens vers l’addiction aux paris », déclarait sur ses réseaux sociaux la tenniswoman Caroline Garcia, elle aussi victime de ces débordements. La culture du sport en prend en coup. De son côté, l’Autorité nationale des Jeux rapporte que plus de 85 000 personnes sont inscrites au fichier des interdits de jeux, soit une progression de 25  % ces deux dernières années.

Sorties de route

Si les opérateurs cherchent à enregistrer un fort taux de parieurs pour sécuriser leur rémunération, ils ont surtout besoin d’une importante part de perdants. Pour l’atteindre, tous les moyens sont bons. Les offres financières – tels que les bonus à l’inscription, les codes promotionnels ou les crédits au jeu – sont monnaie courante. Chaque année, les témoignages de parieurs floués s’enchaînent et plusieurs cas de matchs truqués sont dévoilés. Certaines organisations représentatives font le choix de l’intransigeance à coups de lourdes sanctions disciplinaires. C’est le cas de l’Agence internationale pour l’intégrité du tennis (ITIA), qui a infligé de lourdes amendes et prononcé une peine de bannissement à vie des manifestations professionnelles de tennis pour Yannick Thivant, tout en suspendant Thomas Brechemier jusqu’en août 2032 pour avoir contribué à un réseau de trucage de matchs en Belgique. Aujourd’hui, le marché du pari se concentre sous l’effet d’opérations d’ampleur. FDJ United a notamment racheté en 2023 l’acteur du pari hippique Zeturf, ainsi que le géant suédois Kindred, propriétaire d’Unibet, en 2024. Si la plateforme sportive Dazn a lancé son offre de paris fin octobre 2025 pour affermir sa position, les célèbres casinotiers Joa, Barrière et Partouche ont dû déclarer forfait face à la concurrence. De quoi faire un peu plus de place aux mastodontes du secteur. 

Léa Pierre-Joseph