La onzième édition du baromètre CEO Outlook mené par KPMG offre un panorama intéressant du moral des patrons de par le monde. Principal enseignement : l’heure est à l’incertitude. Pour y faire face, les dirigeants misent plus que jamais sur l’agilité, la prospective et l’IA. Ce qui n’empêche pas les volontés de recrutement.
Incertitudes : comment les patrons du monde s’adaptent
Dans l’univers de l’entreprise, chaque année ou presque, l’on assiste au même manège : un mot devient à la mode, est utilisé, réutilisé dans les discours des dirigeants, les documents envoyés aux actionnaires ou encore dans les communiqués de presse. Après "inclusif", "résilient" et "holistique", place à "l’incertitude".
Le thème est dans l’air du temps et se justifie par la guerre commerciale, la montée du populisme ou encore les tensions géopolitiques. Mais comment font les chefs d’entreprise du globe pour faire face ? La 11e édition du CEO Outlook menée par KPMG auprès de 1 300 dirigeants à travers le globe permet d’apporter un éclairage bienvenu.
Être agile… ou mourir ?
Plus que jamais, le public interrogé a pleinement conscience que la survie des groupes qu’ils dirigent dépend de leur agilité. C’est ainsi que 72% de l’échantillon a déjà adapté ou prévoit d’adapter leur stratégie de croissance au cours des trois dernières années. Le fameux "plan en cinq ans", réajusté à la marge si besoin, n’est plus d’actualité. La conjoncture renforce la croissance des spécialistes de la prospective. 21% des dirigeants "investissent dans la prospective et la gestion de scénarios".
Si l’agilité est vitale, comment se caractérise-t-elle au quotidien ? Les trois items les plus cités sont une prise de décision plus rapide, une meilleure compréhension du cadre réglementaire et une communication plus transparente.
À ceux qui pensent que le développement de l’intelligence artificielle se traduira mécaniquement par des plans sociaux, un chiffre est susceptible de rassurer : 92% des CEO mondiaux ont l’intention d’augmenter leurs effectifs sur l’année à venir
Miser sur l’IA…
Même si les dirigeants du secteur privé ne savent pas de quoi demain sera fait, une certitude demeure : l’IA chamboule tout et il faut prendre le train en marche. À l’échelle mondiale, 71 % des CEO considèrent l’IA comme une priorité d’investissement pour 2026, et 69 % prévoient d’y consacrer 10 à 20 % de leur budget sur les 12 prochains mois. En France, 84 % des PDG anticipent un retour sur investissement de l’IA sous trois ans (86 % au niveau mondial), et 37 % placent l’IA en tête de leurs priorités d’investissement.
Mais aussi sur l’humain
À ceux qui pensent que le développement de l’intelligence artificielle se traduira mécaniquement par des plans sociaux, un chiffre est susceptible de rassurer : 92% des CEO mondiaux ont l’intention d’augmenter leurs effectifs sur l’année à venir, la France se situant dans la moyenne mondiale. Au-delà du recrutement, la fidélisation des talents à fort potentiel est décrite comme un chantier stratégique sur tous les continents. Comme le commente Marie Guillemot, présidente du directoire de KPMG France, "au niveau des équipes l’IA devient une compétence décisive que chacun doit acquérir ou cultiver ». Mais dans un objectif d’amélioration de la productivité plus que d’un « grand remplacement".
"L’évolution du statut du dirigeant français au sein de sa propre entreprise est concomitante avec la perte de confiance des citoyens dans l’action publique"
Une particularité française
Soulignons que l’incertitude politique qui règne sur la France depuis la dissolution de juin 2024 a une conséquence sur les patrons de l’Hexagone. Le rapport d’étude souligne que "L’évolution du statut du dirigeant français au sein de sa propre entreprise est concomitante avec la perte de confiance des citoyens dans l’action publique : 72 % des chefs d’entreprises français – versus 63 % des dirigeants au niveau mondial – observent qu’au fur et à mesure que la confiance dans les gouvernements diminue, les citoyens se tournent vers les entreprises pour palier une forme de défaut d’initiative ou d’action face aux défis sociétaux".
Lucas Jakubowicz
Méthodologie : Tous les répondants ont un chiffre d’affaires supérieur à 500 millions de dollars US et un tiers des entreprises interrogées a un chiffre d’affaires annuel supérieur à 10 milliards de dollars US. L’enquête a été menée auprès de dirigeants de 11 marchés clés (Allemagne, Australie, Canada, Chine, Espagne, États-Unis, France, Inde, Italie, Japon et Royaume-Uni) et de 12 secteurs d’activité (gestion d’actifs, automobile, banque, consommation et distribution, énergie, santé, infrastructure, assurance, sciences de la vie, industrie, technologies, télécommunications).